Dans son plus récent numéro, le bulletin Open Space du Jesuit Forum for Social Faith and Justice nous invite à tisser de nouvelles solidarités à l’aide d’une très vieille idée, tout droit sortie du Moyen Âge: celle des communs. Voyons de plus près de quoi il s’agit, en tâchant de sortir des… lieux communs!

La définition de Wikipedia est simple: « Un commun est une ressource partagée, gérée, et maintenue collectivement par une communauté ; celle-ci établit des règles dans le but de préserver et pérenniser cette ressource tout en fournissant la possibilité le droit de l’utiliser par tous ». Pourtant, les communs, c’est beaucoup plus que cela.

Les communs, d’hier à aujourd’hui

Quiconque s’est déjà arrêté dans la vieille ville de Boston a sans doute marché dans cet immense espace vert appelé le Boston Common. Quiconque a voyagé en France ou s’est intéressé à son histoire a tôt ou tard lu ou entendu le mot commune. Ce terme désigne tantôt un village ou une municipalité, tantôt cette utopie révolutionnaire et socialiste que fut la Commune de Paris en 1871. De quoi parlons-nous au juste?

Le mot commune nous ramène au Moyen Âge et à ce qu’on appelait alors les biens communaux, c’est-à-dire ces prés et pâturages qui appartenaient à l’ensemble de la communauté paysanne, échappant ainsi au contrôle et à la fiscalité du seigneur. Chaque paysan confiait à un berger ses quelques vaches ou moutons. Responsable de faire paître ce troupeau collectif, le berger devait les escorter vers les alpages ou les prés communaux, puis les ramener sains et saufs, mais gras et repus, à chaque paysan. Pour les communautés de paysans écrasées par des redevances seigneuriales et tenaillées par la faim, l’accès à ces biens communs était une question de vie ou de mort. Jusqu’à ce que le capitalisme agraire et le mouvement des enclosures ne sonnent l’arrêt de mort de ces biens communaux. Ils furent transformés en propriété privée, entourés de clôtures et surveillés par des chiens de garde…

Le mouvement des communs contemporain est apparu à la faveur du mouvement Occupy, dans le sillage de la crise économique et financière de 2008. Il invite les citoyens à reprendre le contrôle de leur destin collectif. Comment? Tantôt en occupant pacifiquement des places publiques en guise de protestation contre les injustices sociales, tantôt en s’engageant dans l’arène politique locale et municipale afin de lutter contre le néolibéralisme ambiant. Pourquoi? Pour retisser des liens entre les citoyens et mettre en place des alternatives au capitalisme, à l’individualisme et au chacun pour soi. Pensons ici à l’occupation spontanée et à la mobilisation citoyenne à Notre-Dame des Landes, en France. Ou encore aux élans de solidarité entre migrants et citoyens français dans la tristement célèbre “jungle” de Calais – ce camp de fortune où se sont entassés des réfugiés africains et moyen-orientaux désespérés, fuyant les violences et la misère. La résistance pacifique des Sioux à Standing Rock (Dakota du Sud) et celle de la nation Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique, en sont aussi de bons exemples.

Ce numéro d’Open Space permet donc d’explorer le potentiel prophétique de ces communs, de même que leur capacité à créer des alternatives au capitalisme néolibéral, d’un bout à l’autre de la planète. Cet enjeu a fréquemment été abordé par la revue Relations, notamment par Jonathan Durand-Folco, professeur à l’Université Saint-Paul et membre du comité de rédaction de la revue. Mais aussi par l’économiste et jésuite français Gaël Giraud SJ.

 

 

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