Il y a environ vingt ans, j’étais en visite au camp de réfugiés de Kakuma au Kenya et j’y ai rencontré le représentant d’une agence intergouvernementale. Il m’a lancé qu’il en avait assez de toutes ces demandes des réfugiés: « Ils font des demandes comme si c’était leur droit. »

J’en étais bouche bée. Je ne pouvais pas croire qu’une personne responsable de protéger les droits des réfugiés ne comprenait pas que leurs demandes – nourriture, abri, toutes ces choses qui permettent de vivre dans la dignité – n’étaient pas des privilèges, des dons ou des faveurs, mais un droit humain fondamental.

Cette conversation m’a profondément impressionnée. J’y repense chaque fois que je vois un père réfugié qui confie son enfant à quelqu’un de l’autre coté d’une barrière pour assurer sa sécurité ou qu’une mère choisit de jeûner pour que ses enfants puissent aller à l’école. C’est comme si le fait de fuir sans risquer sa vie ou de s’éduquer constituaient un privilège réservé à quelques-uns, plutôt qu’un droit pour tous.

Aujourd’hui, les droits humains de base sont bafoués dans le monde: des millions de personnes n’ont pas accès à la nourriture, aux services de santé, à l’éducation ou à la propriété. Pour contrer cette tendance, les ONG ont troqué l’approche traditionnelle qui s’appuie sur une réponse aux besoins ou une prestation de services à une approche fondée sur les droits humains (AFDH).

Selon cette approche, la paix et le développement ne seront possibles que si on redonne du pouvoir aux personnes exclues et marginalisées. On s’éloigne de la charité et des aumônes pour s’intéresser aux changements dans les rapports de pouvoir afin que tous puissent développer leur plein potentiel et vivre dans la dignité. L’approche AFDH est parfaitement en phase avec les valeurs de l’Évangile et avec la mission jésuite de réconciliation avec Dieu, avec les autres et avec la création. Nous croyons que les êtres humains sont créés à l’image de Dieu et nous sommes appelés à la protection de la dignité humaine et à la défense des droits humains.

À Canadian Jesuits International (CJI), nous appuyons nos partenaires jésuites des pays du Sud qui s’appuient sur une approche fondée sur les droits humains. L’AFDH touche des dimensions aussi variées que le droit aux femmes indiennes de se nourrir et de défendre leurs droits, le droit à la terre et à l’autonomie pour les autochtones du Chiapas au Mexique, le droit à environnement propre et à la justice économique dans les régions d’extraction minière en République démocratique du Congo ou le droit à la liberté d’expression et à l’implication politique au Honduras. Au Canada, c’est sur l’AFDH qu’on s’appuie pour toutes nos interventions dans les écoles, avec les organismes et les individus. Il nous permet d’ancrer nos interventions dans la conviction profonde que nous sommes tous également dignes devant Dieu et que cette dignité nous s’accompagne de droits.

Nous sommes reconnaissants à nos partenaires et à nos collègues qui nous accompagnent dans notre approche fondée sur les droits humains. Pour en savoir plus sur notre approche, consultez notre dernière édition du CJI Newsletter (anglais).

Ce billet a été d’abord publié d’abord dans igNation a Jesuit blog.

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