Le pape François a clôturé dimanche, devant 190 évêques catholiques, quatre jours de « Rencontre pour la protection des mineurs dans l’Église » en jurant que l’Église « s’attaquera résolument » à l’abus des personnes mineures. Si le sommet se termine au Vatican, le travail à faire pour que des lois et des mesures concrètes soient mises en place ne fait que commencer, a déclaré le père jésuite Federico Lombardi, qui a agi comme modérateur du sommet.

En conférence de presse, le 24 février, le père Lombardi a annoncé trois initiatives concrètes. D’abord « un nouveau Motu Proprio du Pape sur « la protection des mineurs et des personnes vulnérables”, pour renforcer la prévention et la lutte contre les abus au sein de la Curie romaine de l’État de la Cité du Vatican ». Ce document « accompagnera une nouvelle loi de l’État de la Cité du Vatican et les Lignes guides pour le Vicariat de la Cité du Vatican sur le même sujet&nbsp».

Le père Lombardi a annoncé par ailleurs que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi publiera un guide pour les évêques afin de préciser les devoirs et les responsabilités de tous les évêques face aux allégations d’abus.

Enfin, le pape François a l’intention de créer des groupes de travail de « personnes compétentes » afin de venir en aide aux diocèses et aux conférences épiscopales « qui ont du mal à s’attaquer aux problèmes et à prendre des initiatives pour la protection des mineurs », notamment lorsque leur font défaut les ressources nécessaires et le personnel qualifié.

Ce sommet historique réunissait les présidents de 114 conférences épiscopales du monde entier, ainsi que des responsables d’instituts religieux, des cadres de la Curie et des laïcs pour discuter des péchés de l’Église et entendre directement les victimes.

La journaliste mexicaine Valentina Alazraki a interpellé les responsables rassemblés : « Si vous ne décidez pas de manière radicale de vous tenir du côté des enfants, des mères, des familles, de la société civile, vous avez raison d’avoir peur de nous, car nous autres journalistes qui recherchons le bien commun, nous allons être vos pires ennemis. »

Elle a lancé à la fois une invitation et un avertissement aux évêques, nous explique le site de nouvelles du Vatican: « Nous pouvons être alliés, pas ennemis. Nous vous aiderons à trouver les brebis galeuses et à vaincre les résistances […] Mais si vous ne vous décidez pas de manière radicale à être du côté des enfants, des mères, des familles, de la société civile, vous avez raison d’avoir peur de nous, car nous les journalistes, qui voulons le bien commun, serons vos pires ennemis. »

En couvrant « cinq pontificats différents, très importants pour la vie de l’Église et du monde, avec des lumières et des ombres », Valentina Alazraki a souvent entendu des hommes d’Église se montrer méprisants vis-à-vis des journalistes. « Combien de fois ai-je dû entendre que le scandale des abus est “la faute de la presse, que c’est un complot de certains mass media pour discréditer l’Eglise, que derrière il y a des pouvoirs occultes, pour mettre fin à cette institution” ». Mais sans les journalistes, ces drames se seraient perpétués dans l’indifférence générale.

Le cardinal colombien Ruben Salazar Gomez, archevêque de Bogota, a réfuté ceux qui prétendent que le problème est pire ailleurs. « Le fait qu’il y ait des abus dans d’autres institutions et au sein d’autres groupes ne peut absolument pas justifier les abus commis dans l’Église, a-t-il rappelé aux évêques. Nous devons reconnaître que l’ennemi est à l’intérieur. »

D’autres évêques ont traité des changements pratiques qui s’imposent dans l’administration, en droit canonique et au niveau des relations entre les évêques, tant sur le plan personnel qu’à l’intérieur de leurs diocèses et de leurs conférences.

Sœur Veronica Openibo, religieuse nigériane supérieure de la Compagnie du Saint-Enfant-Jésus, a déclaré que les responsables ecclésiastiques ne doivent pas penser qu’ils peuvent « se taire jusqu’à ce que la tempête soit passée. Cette tempête ne passera pas. »

Soeur Veronica Openibo s’est exprimée avec passion au Sommet au Vatican. À sa gauche le cardinal Reinhard Marx de Munich. (CNS photo/Paul Haring)

« Le premier pas vers une véritable transparence consiste à reconnaître les faits et à expliquer les mesures prises depuis l’époque du pape Jean-Paul II pour remédier à la situation, a déclaré Sœur Openibo. Ce ne sera peut-être pas suffisant aux yeux de bien des gens, mais cela montrera au moins que l’Église n’a pas été totalement silencieuse. »

Le père jésuite Hans Zollner, président du Centre de protection de l’enfance de l’Université pontificale grégorienne de Rome, dit que « l’attitude au début [du sommet] était différente, et qu’à la fin du sommet, elle était certainement très différente. J’ai eu des échos de plusieurs groupes de travail et j’ai entendu nombre de personnes dire qu’elles repartaient transformées. » Le père Zollner estime que cette transformation vient de ce qu’on a écouté des victimes avant et pendant la rencontre.

Lors de son allocution de clôture, le pape a qualifié d’« instruments de Satan » les clercs qui abusent des enfants et il a déclaré qu’un comportement criminel comme celui-là est « totalement incompatible avec l’autorité morale et la crédibilité éthique [de l’Église] ».

« L’Église est déterminée à entendre les enfants maltraités, exploités et oubliés, où qu’ils se trouvent, elle va veiller sur eux, les protéger et en prendre soin », a dit le pape.

Lisez intégralement le discours final du pape François

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