L’énoncé de vision issu du discernement de Barkmere a fait l’objet de deux sessions d’appropriation au cours desquels l’équipe du Centre justice et foi a pu exprimer la résonnance dans son travail du passage « à l’écoute du Souffle de vie au cœur du monde », le défi que renferme pour elle l’interpellation à oser et les difficultés dans l’appropriation des termes « réconciliation » ainsi que « humble et pauvre ». Dans le cadre d’une rencontre du comité de planification, le 1er mai 2014, nous avons poursuivis cette réflexion à partir du document sur les orientations apostoliques. La rencontre a été animée et guidée par Hélène Laflamme-Petit. Cette dernière a d’abord rappelé l’origine du document et sa forme de « document de travail» (à s’approprier et à enrichir). Ensuite, elle nous a invités à concentrer nos échanges davantage sur l’orientation concernant la mission – sans occulter les trois autres. Enfin, elle nous a redit l’importance de demeurer dans un partage sous le mode de conversation.

Bloc « Notre relation avec les autres »

Notre effort de proximité passe par des liens avec des organisations qui œuvrent auprès des personnes marginalisées. Exemple: notre présence à la coalition « Un Québec sans pauvreté » où des personnes appauvries participent. Ces initiatives sont moins faciles pour l’équipe de Relations, mais il faut être attentif à l’inclure dans la réorganisation actuelle de la production de la revue. Prendre soin, se soucier des personnes, amène à vivre une interaction qui nous bouscule.

Dans la foulée d’une conversation d’équipe antérieure sur notre proximité avec le « terrain », il est possible d’approfondir l’exemple de la présence que nous aurions pu avoir lors d’un événement comme « Occupons Montréal », en lien avec l’orientation 1.1 (proximité avec les personnes marginalisées). Cet exemple est pertinent car c’est un espace où il est possible de prendre la parole et de débattre… une place publique où on peut mettre au jeu notre analyse. La résistance face à cette orientation tient au choix de travailler à l’écrit plus qu’à l’animation. L’orientation 1.2 sur l’accompagnement est moins près de notre mission comme CJF.

Dans les milieux intellectuels, on perd de vue comment les politiques publiques ont une empreinte sur les vies humaines, que ce sont des personnes concrètes qui en vivent les conséquences. Les liens entre écologie et migration devraient nous préoccuper davantage (besoin de protection, déplacement des populations et empreinte écologique). Il y a ici une façon de prendre soin des personnes.

L’analyse sociale repose sur une démarche d’écoute de la réalité, des personnes dont on veut se préoccuper. Les rencontres avec les personnes marginalisées sont essentiellement des démarches d’écoute. Il me semble qu’il y a une résistance au CJF face à cette démarche. On n’a pas d’instances formelles d’écoute.

Nous sommes pris dans la méta-analyse plus que dans l’analyse sociale. La production de la revue, qui est très prenante, peut devenir un frein. Le public des jeunes est difficile à rejoindre à cause de plusieurs facteurs, dont notre façon de fonctionner. Par contre, le fait de pouvoir les entendre nous apporterait un autre son de cloche sur l’avenir.
Il y a une difficulté à résoudre concernant le fait « d’être à l’écoute » dans le cadre des activités publiques. Nos exigences de contenu rendent parfois difficiles de faire de la place à la parole des personnes marginalisées ou concernées par les enjeux dont nous traitons. Y a-t-il une inertie à dépasser?

Il y a un nœud au plan de la proximité dans une œuvre comme la nôtre. Comme centre d’analyse sociale, on est dans un monde d’idées et de positionnements. Comment se mettre à l’écoute dans un tel contexte? La question est à porter ensemble. Nous sommes aussi très perfectionnistes et organisés. Cela ne permet pas de vivre des failles par lesquelles s’exprime le cri de l’humble et pauvre. Comment laisser un espace pour que les deux, la rigueur et l’écoute ou l’inattendu, soient possibles? Il faut aussi parfois savoir reconnaître que nous ne savons pas…

Même si l’orientation 1.2 (accompagnement) est moins le propre du CJF, il arrive que nous ayons à exercer une certaine forme d’accompagnement des personnes, un accompagnement au plan collectif. Un exemple récent est le rôle qu’une membre de l’équipe est appelée à jouer dans un groupe de dialogue féministe islamo-chrétien.

L’analyse sociale n’est pas un concept des sciences sociales, mais il est issu des milieux de chrétiens engagés socialement pour qui la proximité avec les personnes marginalisées menaient à un engagement socio-politique. Après tant d’engagement du CJF sur la question de la diversité culturelle et religieuse, il est désespérant de voir nos publics encore très homogènes, composée essentiellement de personnes blanches et francophones.

Bloc « Enjeux sociaux et ecclésiaux »

Les orientations 1.3, 1.6 et 1.7 (recherche, migration ainsi que croyance et athéisme) sont les forces du CJF. C’est moins le cas pour 1.11 portant sur les nouvelles formes de vie communautaire.

L’orientation 1.8, concernant la proposition de démarches pour connaître ou approfondir la foi chrétienne, pour une équipe comme la nôtre, pourrait sembler relever du prosélytisme. Or, au contraire, cet élément nous concerne aussi dans notre effort de réfléchir la quête spirituelle et les approches pour y répondre. Nous pouvons apporter quelque chose, par exemple à travers un numéro de Relations qui porte sur un thème religieux ou sur l’expérience religieuse. Le Centre offre aussi un espace de rassemblement communautaire alternatif pour des personnes engagées socialement. Il y a définitivement une attente et une identification des gens au CJF en ce sens.

Nous sommes invités à répondre à de nouveaux besoins (1.10), même si nous sommes très organisés. Des imprévus surviennent toujours dans notre programmation et il y a souvent de nouvelles demandes qui nous arrivent. Il s’agit ici davantage d’un critère de discernement pour nous quand on doit choisir les questions à traiter. Il faut se demander ce que d’autres ne font pas ou ne peuvent pas faire mais dont la société ou l’Église auraient besoin. Ce fut le cas avec le travail que nous avons fait sur l’islamophobie, par exemple.

Le CJF est un moteur actif dans la Province sur l’ensemble des questions sociales. Concernant le défi d’avoir plus des jeunes et des personnes de la diversité, il y a peut-être un lien avec le défi des médias sociaux. Les personnes que nous rejoignons par Facebook sont plus jeunes et plus diversifiées. Qu’est-ce que cela vaut? Est-ce là une nouvelle frontière où il faut s’engager? En lien avec 1.8, il faut aussi souligner le rôle des circuits de l’Autre Montréal qui en est un de transmission d’un héritage chrétien encore vivant. C’est une façon de rendre compte et d’honorer la présence des communautés religieuses dans les mouvements sociaux.

Sur l’orientation 1.3, il faudrait parler d’un regard approfondi sur les enjeux du monde (et non sur le monde). De plus, notre compréhension de l’exclusion n’est pas seulement économico-politique et sociale. On doit en faire une lecture plus large qui englobe le sens de l’humain lui-même. Concernant l’orientation 1.4 sur Haïti, faut-il être plus proactif ? Concernant l’urgence écologique, quel est notre apport spécifique alors que plusieurs organismes spécialisés y travaillent? Pour l’orientation 1.6, il faudrait détailler les enjeux de migration dont on parle : réfugiés, diversité, etc. sont-ils inclus dans ce terme? Nos activités publiques devraient aussi traiter des enjeux de croyance et d’athéisme.

Nous devons davantage nous impliquer en regard de l’urgence écologique. Il ne faut pas laisser cette question aux seuls écologistes. Quelle intervention pour le CJF? Nous pouvons jouer un rôle plus politique, prendre davantage position, faire un mémoire sur des projets de loi, des lettres ouvertes. Mettre plus d’énergie dans un esprit de décloisonnement des domaines d’expertise. Il faudrait ajouter le mot « politique » dans ce bloc sur les « enjeux sociaux et ecclésiaux ».

Les orientations 2-3-4

Les orientations 2.2 (parole libre) et 4.3 (prendre la parole sur les enjeux sociaux et ecclésiaux) sont nos forces. Par contre, 2.3 (relation personnelle et communautaire avec Jésus) concerne moins le rôle du CJF. Ces orientations sont de différents niveaux : 2.3 rejoint davantage les collaborateurs chrétiens et les jésuites.

L’orientation 3.1 (l’insertion aux frontières) concerne davantage la Province, même si nous pouvons être impliqués en accueillant des jésuites en formation dans notre équipe. L’orientation 3.4 (la manière de Jésus) est de l’ordre de la posture : ne pas être dans le contrôle de l’analyse, se mettre en mode écoute du pauvre et demeurer humble. Il y a plein de questions concernant le « comment » dans cette « manière de Jésus ». C’est de l’ordre du fondement. Quel que soit le lien de foi qu’on entretient ou pas avec le Jésus humble et pauvre, c’est une posture qui doit tous nous interpeller. Si on fait de la posture « humble et pauvre » seulement un discours, on va tuer ce qu’il y a d’inspirant en elle.

Dans l’orientation 2.7 (relation au Canada anglais), le terme «interdépendance» est à préciser. Il est peut-être un peu fort? On en est davantage à renforcer les collaborations.

Dans ces orientations, on utilise le terme « non-jésuites », pourquoi? Les termes comme laïc ou collaborateur posent chacun des problèmes. Celui de non-jésuite permet d’englober tous les états de vie, les modalités de croyance, mais il a le désavantage de se présentant comme une négation.

Créativité et rêves

• Nous voulons continuer à réfléchir aux médias sociaux comme à une nouvelle frontière.
• Il nous faut mieux cerner la forme de proximité avec les personnes marginalisées qui doit être celle du CJF.
• Ce serait bien pour la revue de rayonner davantage : amener la revue et les activités publiques ailleurs. Aller plus à la rencontre des gens.
• Rejoindre des personnes qui ont d’autres moyens que nous d’agir. Bonifier nos moyens de communication. Être plus présent et plus souvent dans l’espace des débats.
• Favoriser une dynamique d’implication avec d’autres organisations dans le cadre des activités publiques, même à Montréal. Tisser des liens qui peuvent être productifs de d’autres façons de faire.
• Il nous faut développer de nouvelles formes de rencontres, de nouvelles approches. Peut-on donner la parole aux personnes de la base avec l’aide du travail que peuvent faire des cinéastes ou documentaristes?
• L’orientation 3.2 sur la valorisation de l’expertise des œuvres est importante. Il est étonnant que notre expertise, comme celle de d’autres œuvres comme Manrèse, soient utilisées par d’autres mais peu au sein-même de la Province.
• Les liens internationaux sont importants, mais demande un soutien financier de la Province et une volonté que la Province soit représentée à l’international.
• Essayer des lancements de numéros de la revue pour nous rapprocher de nos auteurs.
• Le « osons » pourrait nous inviter à être plus audacieux dans l’explicitation de notre inspiration de foi.
• Considérer la production de réflexions vulgarisées dans d’autres publications chrétiennes (Notre-Dame du Cap, par exemple) pour rejoindre d’autres publics chrétiens, des personnes qui ne liront pas Relations mais que nous pourrions aider à faire cheminer sur les questions sociales.

Quelques éléments de synthèse

À la suite de nos échanges, quelques convergences et questions à continuer de porter ensemble dans des rencontres du comité de planification du CJF :

• Découvrir le mode de proximité qui serait approprié au CJF;
• Trouver des façons de mieux saisir la posture du Jésus « humble et pauvre »;
• Réfléchir les nouveaux médias comme nouvelle frontière;
• Décider d’un ou deux rêves que l’on tente de réaliser de façon expérimentale;
• Continuer à rêver et à être créatif.

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