Le 8 mai 2014, dans le cadre d’une rencontre communautaire, les membres de la communauté jésuite du Gesù ont vécu un temps de conversation spirituelle autour du document portant sur les orientations apostoliques de la Province. La réunion a été animée par Marco Veilleux, membre du Comité d’appui au discernement. Les jésuites présents, ce soir-là, étaient : P. Pierre Bélanger (supérieur), P. Jean-Louis D’Aragon, P. Marc Brousseau, F. Armand Bélanger, P. Daniel LeBlond et P. Roger Nadeau.

Lettre des Provinciaux sur la création d’une nouvelle Province

Cette lettre du 28 février dernier, adressée conjointement par les deux Provinciaux « aux jésuites des deux Provinces du Canada et à leurs collaborateurs et collaboratrices dans la mission », est une donnée nouvelle et importante dans le processus de discernement apostolique engagé dans la Province depuis plus de 3 ans. Cette lettre annonce la création d’une seule et nouvelle Province au Canada, à l’horizon de 2018, et elle situe cette échéance dans son contexte plus large.

Pour les jésuites présents à la rencontre, cette lettre vient jeter un nouvel éclairage sur la démarche. Nous arrivons maintenant à une étape très concrète. On voyait cela venir, des pas significatifs en ce sens avaient été faits depuis quelques années, mais nous arrivons maintenant à un passage décisif.

Le risque, avec cette lettre, pourrait-être de nous démobiliser par rapport au processus de discernement vécu ensemble depuis plus de 3 ans, en disant « voilà, la décision est prise par les autorités, on n’a plus rien à faire ». Mais en fait, il faut plutôt reconnaître que cette annonce de la création d’une nouvelle entité pour la Compagnie de Jésus au Canada s’inscrit dans une continuité logique avec le processus amorcé. Ce n’est pas une surprise. Et notre travail de discernement sur notre vision apostolique, au Canada français, nous a bien préparés pour arriver à cette création d’une nouvelle Province en sachant mieux qui nous sommes et quelle est la vision apostolique avec laquelle nous voulons nous engager dans cette entité nouvelle.

Le dialogue de la vie

Cet échéancier colore la première partie de la discussion communautaire. Des questions légitimes se posent, pour lesquelles il n’y a pas encore de réponses claires : quel sera l’organigramme de cette nouvelle Province? Comment pourrons-nous conjuguer nos « différences psychoculturelles » entre jésuites du Canada français et du Canada anglais? Nos sensibilités « politiques », « ecclésiales » et « spirituelles » ne sont pas toujours les mêmes : cela représentera aussi un réel défi. Les jésuites espèrent que les membres de la Province seront tenus informés, au fur et à mesure que les choses prendront forme au niveau des Provinciaux, de leurs consultes ou des éventuels comités en charge de cette transition.

On souligne ensuite qu’une manière de dépasser les peurs ou les préjugés, par rapport au rapprochement avec le Canada anglais, c’est de se donner et de multiplier les occasions de discussions informelles avec des membres de l’autre Province. Ces expériences de dialogue ou de conversation sont souvent très riches. On parle du « dialogue de la vie ».

Ce dialogue se vit, par exemple, lorsque des novices viennent collaborer à la vie pastorale du Gesù et partager des projets apostoliques avec la communauté. Ce « dialogue de la vie », dans la collaboration concrète, apporte souvent d’heureuses surprises et permet de dépasser les stéréotypes.

C’est la mission qui importe

Plus que les orientations apostoliques proposées, c’est finalement l’énoncé de vision qui occupe davantage la seconde partie de la rencontre et de la conversation ce soir-là. Parler autour des orientations apostoliques semble un peu abstrait. C’est l’énoncé de vision qui donne de la vie. Les jésuites présents y trouvent encore de la « saveur » et de la « profondeur ».

On rappelle qu’au fond, c’est la mission qui importe (aussi modeste soit-elle, à cause de nos humbles moyens ou de notre moyenne d’âge élevée). On est très lucide : nos « institutions jésuites » au Canada français (de la même façon que les institutions de l’Église québécoise en général) sont en déclin. Il ne faut pas que le maintien des structures entrave ou écrase la vie.

Par ailleurs, tant que ce sera possible de maintenir un lieu comme l’église du Gesù, c’est appréciable, car c’est un oasis spirituel au centre-ville. On y pratique l’accueil et l’écoute des personnes, et une réelle (quoique discrète) présence aux pauvres.

Proximité quotidienne avec la pauvreté urbaine

En effet, les membres de la communauté du Gesù sont en contact quotidien avec la pauvreté urbaine : personnes itinérantes, exclus, « quêteux »… On souligne : on n’est peut-être pas dans le « militantisme » direct, mais ce n’est pas moins un engagement social. La vie quotidienne au contact de personnes pauvres (sur le trottoir de la rue Sainte-Catherine, couchées sur le perron de l’église le matin lorsqu’on ouvre les portes, ou encore venant frapper à la communauté pour demander un peu d’argent) : tout cela fait partie de notre quotidien, disent les jésuites. Être accueillante, respecter la dignité des gens en leur parlant, en les saluant, en donnant parfois aussi un peu d’argent, c’est une forme d’engagement social. C’est, surtout, le contact direct avec le « Jésus humble et pauvre » qui n’est pas que des beaux mots en l’air. C’est peu connu que la vie quotidienne, dans la communauté du Gesù, est colorée par cette proximité réelle avec des pauvres et des exclus. Cela marque la vie spirituelle des membres de la communauté qui ont chacun leurs expériences à raconter au sujet de rencontres, de conversations et de gestes de solidarité vécus avec des personnes itinérantes.

En ce sens, la mission de la communauté du Gesù est « modeste » (surtout à cause de l’âge de plusieurs de ses membres), mais on se reconnaît vraiment dans la ligne d’un appel à continuer à vivre « à la manière de Jésus humble et pauvre » – dont le visage est très concret dans le quartier.

Un oasis spirituel au centre-ville

On souligne aussi avec fierté que des membres du personnel diocésain de Montréal sont récemment venus vivre une formation sur le lien entre art et spiritualité. Cela montre que l’expertise du Gesù est reconnue en ce domaine.

L’église est aussi très visitée. On essaye vraiment d’accueillir les visiteurs et de leur faire découvrir la richesse architecturale et spirituelle du lieu en répondant à leurs questions, en leur proposant des visites guidées, etc. On a aussi une belle équipe d’animation de l’église. C’est une richesse. Tant que l’on pourra, il y a un réel désir de maintenir cet oasis spirituel au centre-ville, et d’y transmettre quelque chose de la spiritualité ignatienne et de l’histoire de la Compagnie de Jésus.

En ce sens, la communauté du Gesù contribue modestement, mais bien réellement, à mettre en œuvre plusieurs des orientations découlant de la vision apostolique de la Province.

Poursuivez votre lecture
Article précédent :
Article suivant :
Tous les articles