Samedi 1er novembre, Louis-Martin Cloutier, Gabriel Côté, Bernard Hudon et Marc Rizzetto ont prononcé leurs derniers voeux dans la Compagnie de Jésus. Selon la tradition jésuite, les “premiers voeux” perpétuels sont prononcés dès la fin des deux années de noviciat. Ce n’est qu’au terme des études de philosophie et de théologie, des stages de formation et d’une troisième année de noviciat (Troisième An) que les Jésuites prononcent les voeux qui les incorporent définitivement à la communauté.

HOMÉLIE DU P. JEAN-MARC BIRON, supérieur provincial.

Homélie pour la célébration de la Toussaint

le 1er novembre  2014

Heureux les pauvres de cœur… Heureux les doux… Heureux les cœurs purs… Heureux si l’on vous insulte…

Cette célébration qui nous rassemble autour de la fête de tous les saints prend un caractère particulier et exceptionnel puisque qu’elle sera le cadre d’un engagement de quatre jésuites, qui prononceront ce que nous, jésuites, nous appelons les derniers vœux.

Les textes de la liturgie nous invitent d’abord à prendre conscience de ce «peuple immense» de croyants et de croyantes qui ont mis leur confiance en ce Dieu Trinité au cours de leur vie terrestre et qui jouissent du bonheur d’être habités éternellement par son amour.

La Parole des Béatitudes proclamée par Jésus prend tout son sens en cette célébration puisque qu’elle a marqué la vie de cette multitude de croyants et de croyantes : Heureux-heureuses vous les pauvres de cœur, vous les doux, vous qui pleurez, vous qui avez faim et soif de justice.

Nous avons du mal à parler aujourd’hui du bonheur, alors que beaucoup d’êtres humains et de peuples s’entre-tuent et que notre vie et celle de nos proches est souvent faite de petits bonheurs dont l’addition ne constitue pas LE BONHEUR (avec des lettres majuscules).

Être heureux c’est pourtant la préoccupation que porte la plupart de nos contemporains. Mais il existe, à leurs yeux, bien des chemins pour y arriver qui n’aboutissent pas nécessairement là où ils voudraient arriver. Jésus, lui, ouvre un chemin à ses disciples que la plupart des gens ne sont pas disposés à emprunter. Nous savons, cependant, que beaucoup de croyants et de croyantes ont trouvé leur bonheur dans le service des autres.

Ce sont les disciples rassemblés autour de Jésus qui entendent ce mot « heureux » et qu’ils vont apprendre à en faire leur projet de vie, en y intégrant le manque, la souffrance, le désir de travailler à changer le monde, en acceptant de ne pas toujours être compris et de connaître parfois la persécution.  Comme les disciples, nos quatre compagnons jésuites qui feront leurs derniers vœux ont entendu, au cours de leur vie, l’appel à devenir compagnons de Jésus. Ils ont entendu cet appel comme  une promesse et une invitation à se déplacer.

Il est intéressant de voir comment un traducteur de la Bible, André Chouraqui, à compris, dans l’esprit de la langue araméenne que parlait Jésus, le terme «heureux» des Béatitudes. Il le traduit par «en marche» : «en marche, les humiliés du souffle, en marche les endeuillés, en marche les humbles». Les Béatitudes invitent à un déplacement.  Quand Jésus dit « heureux », il ne désigne pas les voies et les moyens d’un bonheur à construire, chacun pour soi et selon ce qu’il est. Il oblige à regarder autrement et le monde et les personnes vers lesquelles nous sommes envoyés et à nous regarder autrement nous-mêmes.

Les Béatitudes se vivent dans un combat de l’esprit et du cœur, ici et maintenant – un combat qui se déroule en chacun de nous, car il s’agit d’accepter de voir le monde, les personnes que nous côtoyons et  nous-mêmes avec ce regard intérieur qui prend forme en nous dans la mesure où nous laissons  le Christ nous regarder et nous révéler sa manière de voir le beau et le bon en chaque personne. C’est le Christ en marche qui nous dit: « Accepte d’avancer derrière moi et de découvrir pour toi-même comment vivre le bonheur au quotidien, même s’il se présentera souvent sous le signe de la croix ».

Quatre jésuites, qui ont répondu à l’appel  du Seigneur, dont deux d’entre eux il y a plus de vingt ans, vont exprimer tout à l’heure leur ferme volonté de s’engager définitivement dans ce chemin de service au moment de la communion. Ils ont choisi de vivre ce moment dans une église consacrée aux martyrs canadiens, des jésuites comme eux, et en cette fête de la Toussaint, qui nous rappelle que nous sommes tous et toutes appelés à partager le bonheur d’être disciples du Christ.

Nous demanderons au Seigneur, par l’intercession de tous ces saints et saintes qui ont vécu leur vie dans la suite de Jésus et dont plusieurs ont été pour nous des témoins de l’amour de Dieu au quotidien, de nous accorder la grâce d’être, comme eux et elles,  des fidèles du Christ, et des témoins joyeux et crédibles de l’Évangile pour notre monde.

(Voir les photos … et d’autres suivront)

 

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