Le Provincial de la Province jésuite d’Haïti, Jean Denis Saint-Félix, SJ, a rapporté la semaine dernière des nouvelles de la situation en Haïti, où des manifestants protestent entre autres pour obtenir la démission du président Jovenel Moïse. «Nous avons cette amère impression d’avoir épuisé toutes les grilles d’analyse nous permettant de saisir avec acuité la teneur, la complexité et les nuances de la catastrophe humanitaire que connaît actuellement notre pays, et ceci depuis plusieurs années déjà», se désole le P. Saint-Félix.

Jovenel Moïse a été accusé de détournement de fonds dans un rapport de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif sur l’utilisation des fonds Petrocaribe de l’aide du Venezuela. Le programme Petrocaribe permettait à Haïti d’avoir un tarif préférentiel sur le pétrole vénézuélien, contre remboursement à terme de ce prêt.

Malgré ce rapport, Le Club des ambassadeurs des pays dits « amis d’Haïti » soutiennent toujours M. Moïse affirmant qu’il doit respecter son mandat. «Du point de vue politique c’est le marasme, c’est l’impasse», d’écrire le P. Saint-Félix. Scandales, discrédit, division et sclérose caractérisent la classe politique.

Mais plusieurs acteurs essaient de trouver des solutions. Une vingtaine de députés réclament la mise en accusation du chef de l’État, abandonné par le secteur privé haïtien. L’Église s’implique aussi, en se positionnant également contre M. Moïse, l’inaction et la violence.

L’archevêque métropolitain de Port-au-Prince, Max Leroy Mesidor, s’est récemment insurgé contre ce mutisme et cette inaction révoltante du gouvernement en scandant : « Qui dirige ce pays ? » Il dit ne pas croire en la spontanéité de cette violence. « Elle est organisée », maintient-il. Et c’est l’avis de quasiment toute la population, grands penseurs ou simples citoyens. Outre les voix des évêques, nous assistons à de nombreuses initiatives venant du secteur protestant comme des notes de presse où il invite les parlementaires à arrêter de ne prendre soin que d’eux-mêmes au détriment des votants.

Cette situation entraîne des troubles dans les rues de Port-au-Prince et des principales villes de la région. Les manifestants en colère «s’en prennent à presque tout sur leur parcours : autobus, véhicules, magasins, résidences privées, institutions publiques.» Les écoles sont donc fermées en pleine période d’examen, des cas de viols, de vols à main armée et d’incidents criminels graves et des enlèvements sont signalés. Plusieurs personnes ont même été assassinées, dont Rospide Pétion, journaliste présentateur de Radio Sans Fin. «Une violence gratuite et uniquement dirigée contre le petit peuple qui peine déjà à avoir accès aux services sociaux de base.» L’économie est également affectée: toutes les activités économiques sont en berne, les marchés publics sont majoritairement désertés, le tourisme (l’un des secteurs les plus porteurs du pays) est presque arrêté.

Depuis février le pays n’est pas gouverné. La société est gangstérisée. La violence physique et morale, la faim  s’installent dans nos quartiers et salons. La peur est palpable. La sécurité des vies et des biens des citoyens et citoyennes est très loin d’être garantie. La liberté de la presse est gravement menacée. Pour paraphraser Marie-Vieux Chauvet, nous avons l’impression de danser sur un volcan.

 

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