Notre monde n’a jamais eu autant besoin d’artisans de paix et aussi de bâtisseurs de ponts de fraternité, pour reprendre ici la belle formule du pape François. Plus encore dans le sillage des terribles attentats perpétrés contre deux mosquées de la ville de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Mais aussi à la suite de plusieurs attentats perpétrés contre des communautés chrétiennes, du Nigeria aux Philippines. Condamnant fermement tous ces attentats, le pape à invité les chrétiens à prier pour les victimes musulmanes des attentats de Christchurch, non sans avoir invité l’humanité à mettre un terme à la persécution des chrétiens persécutés d’un bout à l’autre de la planète.

Aux yeux du pape, la solution à ces tensions interreligieuses passe par le dialogue et la diplomatie — et non pas par la lutte armée. Inutile de rappeler ici son parti-pris en faveur de la paix, que ce soit entre Cuba et les États-Unis, entre la Russie et l’Ukraine, ou entre Israël et la Palestine. De même que ses nombreuses visites officielles dans le monde arabo-musulman où il a plaidé en faveur de la paix et du dialogue interreligieux.

Son plus récent voyage au Maroc est très éloquent à ce propos, François ayant encore une fois plaidé en faveur du dialogue et à la fraternité entre les trois religions abrahamiques (judaïsme, christianisme, islam), seule issue à la haine et à la division. De grands moments de communion spirituelle ont d’ailleurs eu lieu lors de ce voyage, dont ce concert de l’Orchestre symphonique du Maroc au cours duquel les prières musulmanes (Allahu akbar), juives (Adonaï) et chrétiennes (Ave Maria) ont été chantées à l’unisson:

Le dialogue interreligieux a une très longue histoire dans la vie de la Compagnie de Jésus. Les jésuites se sont en effet distingués de certains de leurs confères missionnaires par une pratique parfois radicale de l’inculturation du christianisme. Et par un désir de mieux comprendre la culture et l’univers religieux des peuples qu’ils tâchaient (certes) d’évangéliser.

Cette tradition d’inculturation s’est aussi conjuguée à un désir de rompre avec l’attitude méprisante et intolérante de l’Église d’autrefois avec les traditions religieuses non-catholiques et non-chrétiennes, particulièrement les juifs, et plus encore au lendemain de la Shoah. L’époque du Concile Vatican II a ici été essentielle dans le rejet de ces attitudes méprisantes et mortifères.

Outre l’engagement personnel du pape Jean XXIII sur la délicate question de la lutte à l’antijudaïsme et l’antisémitisme catholiques, signalons le rôle décisif de deux jésuites dans l’élaboration de la déclaration Nostra Aetate de Vatican II : le cardinal Augustin Bea SJ et le théologien John Courtney Murray SJ. Auquel on peut également joindre le théologien canadien Gregory Baum qui bien de non-jésuite, a joué un rôle-clé dans l’élaboration de ce texte fondateur.

Promoteur du dialogue entre juifs et chrétiens au Canada, notre regretté compagnon Stéphane Valiquette est aussi un illustre représentant de cette tradition de dialogue interreligieux. Tout comme d’ailleurs le jésuite italien Paolo dall’Oglio, promoteur du dialogue islamo-chrétien et fondateur du monastère de Mar Moussa, en Syrie. Mais aussi le P. Frans van der Lugt qui a vécu cet engagement pour la paix et le dialogue jusqu’au martyre. 

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