Ce billet est écrit à l’occasion de la fête des martyrs canadiens qui était soulignée le 26 septembre 2018. Il a d’abord été publié en anglais dans le blogue igNation.

Franchement, je n’ai pas vraiment aimé mon passage à l’école secondaire. Disons que j’ai trouvé cela légèrement… traumatisant. Je me rappelle la fois où j’étais amoureux d’une fille de ma classe. Elle était gentille et on s’entendait bien. On avait de belles conversations ensemble, avant, après et durant la classe. Bientôt, elle a commencé à m’attirer et je songeais à lui demander de sortir avec moi lorsqu’un de mes chums m’a raconté qu’au fond, elle profitait de moi et que je ne s’intéressais pas vraiment. Je l’ai cru. Pire, je me suis complètement détourné d’elle.

Ce n’est que plusieurs années plus tard, lorsque je l’ai croisé de nouveau, que j’ai compris que mon chum avait tout faux. Je l’attirais elle aussi, mais pour une raison que j’ignore, j’avais choisi de croire au mensonge de ce chum.

C’est trop facile de se laisser berner par de fausses croyances. On ne les questionne jamais assez. Et on a tendance à se laisser aller à dismiss, ridiculiser ou ignorer les croyances des autres qui viennent contredire les nôtres.

C’était le cas de Jean de Brébeuf, par exemple.

Il était jeune et prospère. Il avait tout pour lui, ayant grandi dans une famille proche de la noblesse. À 24 ans, il a choisi de tout abandonner et de devenir jésuite. Il a laissé son pays, ses amis, sa famille pour le Canada. Il ne les reverrait jamais.

Et qu’a-t-il fait quand il est arrivé ici? Il s’est aventuré dans des territoires inconnus, sans chauffage central, sans air climatisé ou supermarchés, là où rongeurs et insectes vous mordaient la nuit, là où il faisait froid. Un endroit où on risquait la mort si on perdait de vue ses compagnons.

Les Hurons avaient donné au Père Brébeuf le nom de Échon, qui veut dire « l’arbre qui guérit » ou « celui qui porte de lourdes charges ». Cela nous montre le respect que cet homme inspirait aux autochtones.

Et il les aimait tout autant. Ce même Brébeuf nous a légué le seul et unique dictionnaire de la langue huronne et de ses coutumes, un peuple décimé par les maladies venues d’Europe et la guerre d’extermination menée par les Iroquois.

Brébeuf a lui-même été sauvagement torturé. Or, il n’a jamais maudit ses ravisseurs. Il ne les a pas insultés, ni même souhaité se venger.

Pourquoi a-t-il fait cela? Pourquoi tout laisser derrière? Pourquoi choisir un pays et y souffrir au point d’y laisser sa vie? Voyons voir quels sont ses propres mots.

« Vers minuit ce jour-là, comme je me préparais à ma méditation sur le Christ… je réalisais que toutes choses se ramenaient à une seule: son merveilleux amour pour nous. »

Que Jésus aime chacun d’entre nous. Que Dieu aime chacun d’entre nous. Chacun est digne d’être aimé. C’est cette profonde croyance qui a motivé Brébeuf à venir au Canada donner sa vie au peuple huron. « Noble idée », direz-vous. Mais encore…

Et s’il avait raison? Et si, dès notre jeune âge, chacun de nous s’était mis à croire un mensonge, qu’on n’était pas vraiment aimé? Brébeuf avait la foi dans l’amour de Dieu pour chacun de nous. Il y croyait avec tant de conviction qu’il était prêt à tout miser sur cette foi.

Dieu, aide-nous à voir et à reconnaître la vérité dans la vie et la vérité en nous. Aide-nous à voir que chacun d’entre nous, nous sommes aimés et que nous méritons cet amour. Nous faisons cette prière au nom du Christ notre Seigneur… Amen.

Raj Vijayakumar, SJ, est un scholastique jésuite qui étudie la philosophie à Toronto.


NB: D’autres lectures de Jacques Gauthier et un peu d’histoire.

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