Le 17 septembre dernier, le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec (MIDI) a mis un terme à son moratoire qui interdisait aux groupes et aux organismes voulant parrainer à titre privé des réfugiés de présenter de nouvelles demandes aux autorités et ce, afin de « désengorger » le système et d’optimiser le traitement des dossiers. Mais c’est largement insuffisant, nous explique Mario Brisson S.J., responsable du parrainage au Bureau des missions des jésuites du Canada.

Mario Brisson, S.J.

En quoi ce nouveau mécanisme est-il insuffisant?

MB: Les demandes n’ont pas cessé depuis l’imposition du moratoire, au contraire. Aux demandes de Syriens, Afghans et Érythréens se sont ajoutées des demandes en provenance de la Somalie et de l’Afrique des Grands-Lacs (Burundi, Rwanda, Ouganda, RDC). Les groupes et les organismes ont alors eu la possibilité de présenter de nouvelles demandes, mais en fait, on devrait plutôt parler de chance, car cette réouverture du parrainage privé a hélas pris la forme d’une loterie. En effet, les groupes de deux à cinq personnes, les organismes communautaires et les paroisses devront se « partager » les 150 parrainages privés que vient d’autoriser le MIDI, et ce, pour l’ensemble du Québec. Les groupes expérimentés ont quant à eux dû se partager 350 parrainages. Dans le meilleur des scénarios, un organisme comme le nôtre ne pourrait présenter que 30 dossiers. À titre de comparaison, en 2015, c’est 400 demandes de parrainages qui avaient été autorisées.

Pis encore, les demandes devaient être présentées par le biais d’un messager, et ce, en l’espace d’une seule journée, en vertu d’une logique de premier arrivé, premier servi. Ce qui était très irrespectueux à l’égard des organismes œuvrant auprès des réfugiés. Et sans le moindre égard pour les drames humains bien réels qui se cachent « derrière » ces cibles, ces directives et ces statistiques bureaucratiques.
C’est quoi l’impact pour le Bureau des missions des jésuites du Canada?
Les organismes de parrainage sont contraints de faire des choix éthiques déchirants et ils sont confrontés à des dilemmes cornéliens. Comment répondre à la détresse bien réelle des réfugiés avec de tels quotas? Qui choisir et au détriment de qui d’autre? Que fera-t-on de la délicate mais essentielle question des réunions familiales? Va-t-on être contraint à séparer des familles de migrants? Si on n’augmente pas les seuils, comment pourra-t-on faire face à cet afflux de demandes d’asile?
Les gouvernements fédéral et provincial ont sous-estimé la générosité des Québécois et des Canadiens en matière d’accueil des migrants et réfugiés. On devrait miser sur les parrainages privés : tissés serrés, solidaires, galvanisés et très bien organisés, ces petits groupes peuvent jouer un rôle clé dans l’accueil et l’intégration des réfugiés. C’est encore plus vrai dans les petites communautés rurales où les agents de transformation sociale dans leurs milieux, ces parrains et marraines vivent une expérience interculturelle forte, tous en transformant le regard que jettent leurs voisins et leurs concitoyens sur les migrants et réfugiés.
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