En allant à Rome j’étais sceptique et critique. Je me disais: « voilà encore une célébration pour enfler notre ego et justifier notre impuissance. » Je me consolais à l’idée que j’allais profiter du tourisme. J’ai été surpris! Il ne s’agissait pas de présenter nos grands projets et des activités apostoliques et il n’y a pas eu de « Tour de Rome ».

Le travail était plutôt intensif, énergisant et source d’Espérance.

Il s’agissait de prendre conscience de ce qui nous caractérisait comme apôtres du social et de la politique. Pour cela, il fallait revenir à notre « principe et fondement », remonter notre tradition et nous laisser guider par les pères fondateurs, les témoins, les martyrs. Nous avons découvert que l’implication sociale et politique pour la transformation écologique du monde n’est autre que le fruit de la rencontre bouleversante avec le Christ blessé, humilié, persécuté et crucifié.

Ce congrès de l’apostolat social, comme toute intuition humaine profonde, exigera beaucoup de temps pour qu’il soit assimilé et prenne forme concrète dans le réel. Mais cela ne nous dédouane pas de nous mettre déjà au diapason avec les valeurs qu’il promeut. Dans le cadre restreint de cet article, je retiens seulement deux points qui m’apparaissent essentiels pour Haïti et pour notre Province Canada-Haïti.

Conversion profonde ou l’aspect mystique de l’apostolat social. Faire route avec le pauvre implique qu’on se laisse toucher par lui. Faire l’expérience de l’humanité blessée, c’est rentrer dans un healing process qui nous fait découvrir notre propre pauvreté, l’assumer, la porter. Au-delà d’une relation romantique et des amitiés personnelles avec les pauvres ou avec la pauvreté, cette expérience nous pousse à l’engagement concret pour une profonde transformation des conditions de l’appauvri.

L’engagement concret et sincère pour sauver la planète et libérer les peuples requiert humilité et radicalité. L’humilité, c’est la conscience que cette mission nous dépasse. Reconnaître nos limites, c’est la condition pour pouvoir nous ouvrir à la collaboration et au réseautage avec les autres ad intra et ad extra. Cela exige aussi que nous allions à la racine des problèmes. Cela requiert une capacité d’analyse intellectuelle en profondeur des causes de la pauvreté dans le monde pour soutenir des actions radicales visant à provoquer un changement réel et durable au profit de notre « maison commune » en passant par une libération intégrale du pauvre.

La Compagnie de Jésus en Haïti a l’avantage d’être dans une phase de structuration. C’est l’occasion pour elle de s’approprier les grandes lignes de ce congrès en se laissant nourrir par la conviction que l’option pour marcher de façon concrète aux côtés des exclus haïtiens, qui sont la grande majorité du peuple, est, de mon point de vue, l’appel le plus radical à l’heure actuelle en Haïti et dans ma Province jésuite, parce que cela implique un « dérangement » total dans notre style de vie et dans nos options apostoliques.

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