Leonard Atilia, S.J.

«On a recalibré le projet», résume d’emblée le P. Leonard Altilia, SJ, directeur du Projet Nouveau Gesù. Rappelons que cette initiative apostolique a comme mission de faire du Gesù un lieu de rencontre qui répond aux besoins de la population du centre-ville de Montréal et d’ailleurs dans quatre grands domaines d’intervention, quatre modules : spiritualité et pratique religieuse, arts et culture, éducation, et justice sociale. À la suite de nouveaux développements avec la Ville de Montréal, l’ampleur du projet a dû être révisée, et de nouvelles pistes sont désormais envisagées, en synergie avec les Préférences apostoliques universelles. Voyez comment.

Comment le projet Nouveau Gesù a-t-il évolué dans la dernière année?

Originellement dans l’étude de faisabilité du projet Nouveau Gesù (PNG) on voulait construire un édifice d’environ 22 étages à côté de l’église en réclamant un terrain qui appartient aujourd’hui à la Ville de Montréal. Ce terrain avait été cédé à la Ville par les jésuites dans les années 1970 pour 1$. Cet édifice aurait été à usages multiples, pour réaliser le PNG dans la plénitude de sa vision avec les quatre modules. Dans l’édifice, on avait envisagé que presque la moitié des étages serviraient à l’hébergement (logement social, pour des artistes, pour une communauté de jésuites) et l’autre moitié servirait de bureaux ou d’espaces utiles pour les organisations partenaires comme le Centre de jour St-James, le Centre Afrika, l’Orchestre métropolitain de Montréal, etc. En effet, ces OSBL fonctionnent dans l’une ou l’autre de nos dimensions apostoliques. Toutefois, nos conversations avec la Ville nous ont indiqué qu’elle n’a pas la volonté de nous retourner le terrain, sauf si on veut l’acheter au prix du marché, ce qui est impossible. C’est pour cela qu’il nous faut maintenant réimaginer le PNG, tout en respectant l’intention originelle de l’étude de faisabilité.

Une représentation volumétrique d'une nouvelle construction au Gesù

Une représentation volumétrique d’une nouvelle construction au Gesù

Nous sommes donc arrivés en octobre à la réalisation que le processus avec la Ville n’allait pas avancer et depuis, on a commencé les conversations et réflexions nécessaires pour discerner la manière dont on va avancer dans le futur. Il faut trouver comment incorporer les quatre dimensions apostoliques (spiritualité et pratique religieuse, arts et culture, éducation et justice sociale) dans la nouvelle vision du travail du Gesù, mais aussi trouver comment intégrer les Préférences apostoliques universelles (PAU) dans cette planification apostolique. Nos quatre modules et les quatre préférences s’intègrent sans difficulté, mais on doit rester conscient des PAU, parce qu’elles constituent la base apostolique de tout le travail de la Compagnie de Jésus autour du monde. Avec cette fondation, nous essayons maintenant de rendre concrètes les préférences dans la situation actuelle du Gesù.

Qui est impliqué dans le processus de discernement du PNG?

Il y a plusieurs personnes qui participent au processus. Le Provincial et sa consulte sont évidemment impliqués, puisque le PNG est une initiative de la Province jésuite du Canada. Le conseil d’administration du PNG participe aussi au discernement, tout comme le centre de créativité du Gesù et le préfet de l’église. On veut aussi engager dans le processus de discernement les partenaires qui étaient intéressés par le grand projet. Je prépare une réunion pour janvier lors de laquelle on va leur expliquer que la situation a changé et qu’il faut recalibrer le projet dans les installations qui existent déjà.

Il faut établir des relations avec les personnes qui vivent à Montréal, notamment les universitaires, et déterminer avec elles quels sont leurs besoins, ce qu’elles veulent recevoir d’un endroit (comme le Gesù).

C’est un processus d’imagination et d’exploration où il faut se poser plusieurs questions. Qu’est-ce qui existe en ce moment qu’on peut exploiter et développer pour le futur? Comment peut-on réaliser les désirs de l’étude de possibilité dans ces activités? C’est un processus lent et qui doit être respectueux de l’histoire de l’église et du centre de créativité.

Quelles sont les autres possibilités envisagées?

On peut imaginer quelque chose d’un peu plus grand avec une nouvelle construction qui se fait à côté du Gesù, sur le terrain de l’ancien collège. Un regroupement de différentes compagnies d’assurance y fait une tour de logements. Nous sommes en conversation avec eux pour déterminer si c’est possible d’obtenir deux étages dans l’édifice qui pourraient servir de résidence communautaire jésuite ou alors de bureaux pour des jésuites ou pour nos partenaires. Et si la communauté jésuite y déménage… ça peut libérer de l’espace au Gesù pour les activités apostoliques!

On voudrait aussi insonoriser le plancher entre l‘église et le Centre de créativité, c’est essentiel en fait. Pour le moment, il ne peut pas y avoir d’activité dans l’église en même temps qu’au centre de créativité à cause du bruit. Il faut réanimer la vie de l’église et pour cela établir un espace qu’on peut mieux utiliser.

Peut-être pourrait-on aussi ouvrir à nouveau la conversation avec la Ville concernant le terrain, mais on ne peut pas attendre en ce moment un changement de leur part: il faut avancer avec ce qu’on a.

J’invite d’ailleurs nos compagnons à appuyer le projet avec leur prière et à m’envoyer leurs suggestions pour le rayonnement de la présence des jésuites au centre-ville de Montréal.

Quelle est votre plus grande consolation dans ce processus?

Ma consolation est l’énergie et le dévouement des gens impliqués dans le processus. Il y a beaucoup de personnes qui croient en ce projet, qui ont confiance et qui veulent y contribuer. Ça me donne beaucoup de consolation, car ce n’est pas un travail que je fais seul, mais avec plusieurs autres collaborateurs impliqués et engagés. Je coordonne, mais le travail est celui d’un grand groupe très impliqué.

Et comment comptez-vous revitaliser la présence du Gesù, d’une église, dans une société sécularisée?

Il faut établir des relations avec les personnes qui vivent à Montréal, notamment les universitaires, et déterminer avec elles quels sont leurs besoins, ce qu’elles veulent recevoir d’un endroit dédié à la formation personnelle des personnes de Montréal selon la perspective de l’histoire, de la tradition et de la manière de procéder de la Compagnie de Jésus. On a ainsi la tradition du théâtre, des arts et de la culture, des Exercices spirituels, d’éducation, d’implication dans le travail social et pour la justice.

Nous pouvons offrir par exemple des sessions sur la vie personnelle, pas nécessairement de manière religieuse, mais spirituelle: le respect pour le silence, pour la transcendance qui existe dans l’expérience humaine. On peut explorer la connexion avec cette expérience transcendantale dans la vie d’un individu. Que pouvons-nous offrir de notre tradition d’éducation, ancrée ici même au Gesù d’ailleurs? On peut penser à une formation de la personne entière; une formation morale dédiée au service des pauvres, des marginalisés; une éducation qui est dirigée vers l’enrichissement de la société humaine.

Ils veulent avoir l’opportunité d’expérimenter personnellement ce niveau d’expérience qui touche la vie spirituelle. Les jeunes adultes cherchent quelque chose qui donne de la signification à leur vie et ils savent bien que les choses matérielles ne les servent pas bien, il faut quelque chose de plus significatif. On veut avancer peu à peu sans pression, sans force, sans demande… et on peut imaginer que leur désir va s’approfondir et qu’ils pourraient voir dans la tradition religieuse — distincte de la tradition spirituelle — quelques réponses importantes à leurs besoins et leurs désirs. Le désir de communauté par exemple, une communauté qui partage la foi, la célébration de l’existence de Dieu et l’amour de Dieu dans la vie humaine. Mais au début, ils cherchent quelque chose de moins défini, moins religieux. On peut alors offrir une expérience de communauté comme en méditation, en conversation, qui va les faire avancer peu à peu vers la réalisation que cette communauté peut célébrer ensemble l’existence de Dieu. Ça, c’est notre espoir.

 

 

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