« Où voulons-nous être dans dix ans? » C’est la question que le père Arturo Sosa avait posée aux jésuites et à leurs collègues et amis en 2017 au moment de lancer le processus de discernement de nouvelles Préférences apostoliques universelles (PAU) pour la Compagnie de Jésus. Quand ces préférences furent rendues publiques en février 2019, le père Sosa demanda à toutes les communautés, les œuvres et les provinces jésuites d’amorcer une démarche d’appropriation de ces préférences dans leurs milieux respectifs. 

C’est ainsi que du 1er au 3 mai quelques dizaines de directrices et de directeurs d’apostolats se sont réunis au centre de retraites de la Villa Saint-Martin à Montréal. Ils ont d’ailleurs commencé par se poser la même question : comment nous approprier les PAU dans nos différents contextes au Canada ?   

Pour Jenny Cafiso, directrice de Canadian Jesuits Internationalla question des PAU a été au cœur de la rencontre de deux jours« Cette réunion a été l’occasion d’approfondir le sens de la communion entre les personnes et les institutions de la Province, qui ont toutes des histoires, des langages, des perspectives et des points de vue différentsEt la richesse de la réflexion sur les PAU nous offre une trame pour tisser une seule tapisserie aux motifs différents, dans laquelle nous cherchons tous à nous reconnaître. »  

 À l’écoute des cris du monde  

« Les Préférences sont une voie de renouveau pour la Compagnie de Jésus. Elles peuvent nous aider à participer au renouveau de l’Église aujourd’hui en tant que mínima Compañía colaboradora. »   Le père Arturo Sosa, SJ, supérieur général de la Compagnie de Jésus  

La deuxième journée de la rencontre comportait un exposé sur les PAU et un exercice de réflexion, avec des périodes de prière personnelle et d’échanges spirituels.  

La communication, qui sera bientôt offerte à toutes les provinces en format webinaire, a duré une trentaine de minutesOn y expose d’abord la démarche de discernement communautaire d’où sont nées les quatre préférences; suivent une description attentive de chacune des préférences et des pistes pour leur mise en œuvre 

Le père Gilles Mongeau, socius de la Province et responsable du contenu, a souligné avec insistance qu’il ne faut prendre les préférences « ni pour des priorités, ni pour les éléments d’une liste de choses à expédier, ni pour une liste d’apostolats à choisir au détriment des autres, ni pour des tâches à accomplir ». Les verbes sont le noyau, l’élément essentiel de chaque préférence. Il s’agit plus en fait du comment que du quoi. 

  1. Montrer la voie vers Dieu à l’aide des Exercices spirituels et du discernement 
  2. Faire route avec les pauvres et les exclus de notre monde ainsi qu’avec les personnes blessées dans leur dignité en promouvant une mission de réconciliation et de justice;  
  3. Accompagner les jeunes dans la création d’un avenir porteur d’espérance;  
  4. Travailler avec d’autres pour la sauvegarde de notre « Maison commune » 

En fait, a-t-il continué, il faut plutôt voir dans les PAU des orientations, « un itinéraire pour notre pèlerinage, un horizon vers lequel progresser, quatre vecteurs de croissance, quatre cris du monde auxquels nous devons porter de plus en plus d’attention ». 
Avant d’ajouter: « chacune de ces images capture l’intention fondamentale des préférences, qui est de vivre le Magis aujourd’hui ».  

 « Nous sommes appelés à nous rapprocher du Christ… À aller plus profond, personnellement, en communauté et dans notre apostolat, pour rechercher la volonté de Dieu les uns avec les autres. » 

 Après avoir étudié le contenu de l’exposé, et après un temps de prière personnelle, les participants se sont répartis en petits groupes. Ce fut l’occasion de partager leurs consolations, leurs désolations et leurs premières intuitions 

 « La rencontre a offert un espace physique et mental où réfléchir aux quatre préférences apostoliques de façon personnelle et existentielle, où considérer ce qu’elles signifient en tant qu’orientations pour le ministère, et où prier avec elles ensemble, en tant que corps de croyantes et de croyants ignatiens », relève le père John O’Brien, SJ, assistant provincial pour les vocations 

 « La planification apostolique doit incarner l’inspiration de l’Esprit. » 
Le père Arturo Sosa, SJ— 

 « En un sens important, les préférences reformulent la question: où et quand est-ce que j’accompagne le Christ qui porte sa croix en ce monde? Pour ma part, j’ai déjà procédé à quelques corrections de parcours à la suite de cette réflexion. Je pense que cette rencontre a déclenché un mouvement de discernement spirituel qui va se déployer sur une dizaine d’années », ajoute le père O’Brien.  

 La Province compte utiliser les Préférences dans le cadre de sa planification apostolique à compter de cet automne. Les jésuites et leurs collègues et amis de tout le Canada vont commencer à s’approprier ces préférences dans le cadre d’un webinaire organisé par la Province et visant à aider chacune et chacun à participer au processus de planification avec plus de profondeur et de liberté.   

 La 36e CG demande aux supérieurs majeurs de veiller à ce que le discernement et la planification apostoliques dans leur province ou région se tiennent en cohérence avec les préférences apostoliques universelles de la Compagnie et avec le discernement et la planification apostoliques de leur conférence; les choix préférentiels de l’ensemble de la Compagnie pour la mission seront ainsi pris en compte dans les ministères de leur province ou région. » (Décret 2, n22) 

Diversité, dons, union, communion  

Greg Kennedy, assistant pour l’apostolat de la spiritualité, et le père Erik Oland, provincial des jésuites au Canadafont ressortir la nature communautaire de la rencontre de deux jours.   

 « Les Préférences apostoliques universelles n’ont pas seulement été présentées; elles ont pris chair. La fluidité de nos échanges en réponse à l’appel à une plus grande intégrité écologique en tant qu’individus, que partenaires et que collectifs, à célébrer l’histoire qui nous unit autour de la justice sociale et environnementale, à apprécier en quoi nos investissements non négligeables sont mis au service du bien commun, dont nous faisons aussi partie, montre que nous com

mençons déjà à communiquer et à fonctionner d’une manière préférentielle, qui est aussi existentielle (l’être) que pragmatique (l’agir)L’Esprit a été généreux (il l’est toujours), et nous avons pu en bénéficieren nous et entre nous », de souligner le père Kennedy.  

 Un autre moment important de la rencontre aura été la célébration du jubilé d’or du Secrétariat pour la justice sociale et l’écologie, fondé par le père Pedro Arrupe à Rome en 1969. « Cela signifie 50 années de mission à promouvoir la justice sociale et écologique et la réconciliation. Ensemble, nous avons créé une remarquable flèche du temps pour illustrer la riche portée de ces années. Puis nous avons tourné nos regards vers les prochaines années et mis l’accent sur la lettre du Provincial, Mettez en pratique la Résurrection! explique Anne-Marie Jackson, directrice du Forum jésuite pour la foi sociale et la justice 

 Pour le père Oland, « le contenu de la réunion a été très riche, mais ce qui est encore plus précieux, c’est la chance que nous avons de nous retrouver et d’entrevoir ensemble un peu mieux qui nous sommes, en particulier, notre diversité et les dons que nous avons reçus. »  

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