Au début, la Compagnie de Jésus comprenait des pèlerins, des prédicateurs et des prêtres. Il y avait des mystiques et des missionnaires… mais pas de menuisier ou de cuisinier. Les premiers compagnons déployaient des talents variés pour chercher à rapprocher les âmes de Dieu, mais ils étaient assez démunis quand venait le temps de préparer un repas, de tailler un vêtement ou de construire une école.

C’est ainsi qu’à peine six ans après avoir fondé la Compagnie de Jésus, Ignace de Loyola demanda au pape la permission d’admettre des coadjuteurs laïcs – des adjoints – qu’on appelle communément les frères. La permission fut accordée et les frères entreprirent de construire la Compagnie.

« Même si saint Ignace avait fondé un ‘ordre sacerdotal’, on eut tôt fait de comprendre que pour que les prêtres puissent exercer leur ministère… il leur faudrait des coadjuteurs ou des auxiliaires afin de construire et d’entretenir les édifices, et de subvenir aux nécessités de la vie quotidienne », écrit le père Jérôme Neyrey, SJ, dans Indispensable Companions : Jesuit Brothers of the South from Colonial Times to the Present [Compagnons indispensables : les frères jésuites du Sud, de l’époque coloniale à nos jours].

Saint Ignace indique dans l’Examen général que les frères apporteront leur aide pour les « nécessités extérieures », ce qui désigne généralement les tâches plus pratiques. Mais Ignace note aussi que les frères « pourront être employés à des choses plus importantes selon le talent que Dieu leur a donné ». Nombre d’entre eux, en fait, ont été d’authentiques artisans, des architectes et des artistes notamment, dont nous admirons les œuvres encore aujourd’hui. Mais d’autres candidats entraient avec une formation limitée, et les Constitutions de l’époque interdisaient aux frères de chercher à s’instruire davantage.

Même après la restauration de la Compagnie en 1814, le rôle des frères jésuites resta de nature subalterne. Pourvoyant aux besoins matériels et terrestres de la communauté, ils étaient cuisiniers, jardiniers, tailleurs et infirmiers. Avec le temps et l’évolution des besoins, ils sont devenus mécaniciens, plombiers et électriciens. Pendant une bonne partie du 20e siècle, le travail du frère jésuite demeura caché : les prêtres étaient des personnalités publiques, et les frères assuraient discrètement ce qu’il fallait aux prêtres pour accomplir leur travail sacramentel. Aujourd’hui cependant, les études qu’on demande à un frère jésuite sont comparables à celles d’un jésuite prêtre. Comment ces ouvriers d’après la Suppression sont-ils devenus les hommes de la Renaissance que nous connaissons aujourd’hui ?

Le rôle du frère a commencé à subir des changements importants — on ne s’en étonnera pas — dans les années 1960. La 31e Congrégation générale de la Compagnie, convoquée en 1965, a cherché à éliminer les distinctions sociales entre frères et prêtres dans la vie communautaire en affirmant que les frères « participent pleinement » avec les prêtres à la vocation apostolique de la Compagnie. Aujourd’hui encore, il y a des frères jésuites qui s’occupent de jésuites malades. Mais on trouve aussi des enseignants au secondaire, des aumôniers universitaires, des chercheurs et des scientifiques.

On dit parfois des frères qu’ils sont des « religieux laïcs ». Ils vivent dans des communautés religieuses et prononcent les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, mais ils ne sont pas ordonnés prêtres et ne se préparent pas à l’ordination. Ils ont une vocation distincte, une vocation qui, pour nombre d’entre eux, leur va comme un gant.

Le frère Dan Leckman, SJ (à gauche)

Fr. Dan Leckman, SJ, est l’un de ceux qui se sont sentis appelés à être frères à cause de la flexibilité et de la disponibilité qu’offre cette vocation. « Dieu m’a révélé dans la prière qu’il ne veut pas que je sois un père pour l’humanité. Il veut que je sois un frère », dit-il. Cette perspective apporte la paix au frère Leckman : « peu importe qui a besoin de mon aide, je suis toujours disponible avec amour ».

Le frère Guy Consolmagno, SJ, près de l’accélérateur de particules du CERN, gigantesque machine conçue pour tester les théories de la physique des particules.

Directeur de l’Observatoire du Vatican, Guy Consolmagno, SJ, est un chercheur réputé. Il estime que son rôle de frère jésuite stimule son travail de scientifique. « J’adore la science, mais je déteste la politique des subventions et de la concurrence qui gangrène trop souvent le monde universitaire, dit-il. En tant que membre d’un ordre religieux, je suis libre de pratiquer la science pour la seule raison qui compte vraiment : parce que c’est amusant ! D’où une joie que je tiens pour un marqueur de la présence de Dieu. » Son collaborateur le frère Robert Macke, SJ, est probablement l’un des grands spécialistes mondiaux des météorites.

Le frère Robert Macke, SJ, prend des mesures dans le laboratoire de météorites de l’Observatoire du Vatican.

 

Le frère Chris Derby, SJ, professeur chevronné et directeur spirituel, attribue à son frère Brian l’appel qu’il a reçu à servir les autres comme frère jésuite.

Le frère Christopher Derby, SJ, estime que sa vocation de frère jésuite remonte pour une part aux soins que, tout jeune, il prodiguait à son frère Brian, atteint de paralysie cérébrale. « Comme Brian ne parlait pas, il fallait traduire aux personnes extérieures à la famille ce qu’il ressentait et ce dont il avait besoin. Il fallait le nourrir, le changer, le transporter, et je contribuais à toutes ces opérations, explique le frère Derby. Quand j’ai découvert que la Compagnie avait aussi des frères, j’ai commencé à réfléchir à la façon dont Dieu avait façonné ma vie à travers mes rapports à mon propre frère. Le rôle de frère a toujours été incroyablement riche de sens pour moi, car il ouvre à l’humilité du service et au compagnonnage. »

Le frère Glenn Kerfoot, SJ, fait de la pastorale dans une communauté jésuite, il dresse des plans et répond à divers besoins.

Le frère Glenn Kerfoot, SJ, a rencontré les jésuites au collège Regis de Denver (Colorado), aujourd’hui l’université Regis. « Quand je songe à l’histoire de ma vocation, j’y vois moins un appel qu’une invitation, dit-il. Dieu m’a envoyé une invitation, il s’agissait pour moi d’y répondre. » Or il arrive qu’une invitation évolue. Le frère Kerfoot a demandé de changer d’état pour devenir frère. Il invoque l’exemple d’un ancien frère jésuite, George Williams, qui est devenu prêtre : aumônier de prison, le père Williams savait qu’il pourrait mieux servir le peuple de Dieu s’il pouvait donner l’absolution.

Le frère Ken Homan, SJ (troisième à partir de la gauche)

Dans les premières années de la Compagnie, jusqu’à 25% des jésuites étaient frères. Aujourd’hui, on compte un peu moins de 100 frères aux États-Unis, soit moins de 5% de l’ensemble des jésuites américains. Heureusement, il y a encore des hommes qui entendent l’invitation à servir comme frères jésuites. Ceux qui sont entrés dans la Compagnie de Jésus ces dernières années sont aussi lucides que déterminés dans leur vocation ; ils optent pour l’état de frère parce qu’il leur convient, et non en fonction de contraintes relatives à l’âge ou aux études.

Le frère Ken Homan, SJ, dit se sentir appelé à être frère à cause de l’histoire des frères et de leur avenir. « Les frères ont une longue histoire de travail pratique et de service concret, ce que j’aime beaucoup. Mais à mesure que les jésuites évoluent, que leurs effectifs fluctuent et que change ce que le monde attend d’eux, le rôle du frère change, lui aussi. Et comme j’adore l’aventure, je ne me fatigue pas d’apprendre et de réapprendre à être frère. »

Le frère Matt Wooters, SJ, avec des étudiants de la Nativity Jesuit Academy à Milwaukee

Le frère Matt Wooters, SJ, est professeur et conseiller à la Nativity Jesuit Academy de Milwaukee. « Pour le meilleur ou pour le pire, il peut être intimidant de parler à un prêtre (surtout pour quelqu’un qui se sent loin de l’Église), mais en tant que frère, je me vois comme une sorte de pont. J’ai entendu dire à des collègues et à des clients, catholiques et non catholiques, qu’ils sentent qu’ils peuvent baisser la garde et redevenir eux-mêmes quand ils sont avec moi parce que je suis pour eux comme un frère. »

« Au cœur même de l’état de frère, dit le frère Derby, il y a l’idée d’accompagner les gens d’égal à égal. Quand nous disons mon père à un prêtre, nous lui reconnaissons une certaine autorité; mais quand nous traitons quelqu’un de frère ou de sœur, nous parlons à un proche et à un égal. Quelle joie de se faire héler : Hé, frère ! »

Hier, aujourd’hui et demain — Les frères jésuites vont partout où on a besoin d’eux pour faire ce qu’il y a à faire, comme « frères » de leurs compagnons jésuites et de tous ceux et celles d’entre nous qui cherchent à trouver Dieu en toutes choses.

Des frères remarquables

Le frère James Kisai est l’un des 26 premiers martyrs du Japon. Il fut canonisé en 1762 avec ses compagnons, les six premiers frères jésuites à être déclarés saints par l’Église.

Le frère Nicholas Owen construisait des cachettes pour les prêtres dans diverses régions de l’Angleterre quand les catholiques étaient persécutés sous les règnes d’Élisabeth 1re et de Jacques 1er. Martyrisé à la Tour de Londres avec Edmund Campion, il fut canonisé en 1970.

Le frère Andrea Pozzo fut un maître-architecte spécialiste de la perspective : il a créé la coupole en trompe-l’œil qui orne le plafond plat de l’église Saint-Ignace, à Rome.

Saint Ignace Rodriguez était le portier de la communauté jésuite de Majorque, mais sa profonde spiritualité incitait les gens, dont saint Pierre Claver, à rechercher ses conseils et à demander ses prières. Il mourut en 1617 et fut canonisé en 1888.

Auteurs: Therese Fink Meyerhoff, Mike Gabriele et Doris Sump. Pour en savoir plus sur les vocations à la Compagnie de Jésus, visitez beajesuit.org.
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