Saviez-vous qu’un musée avait été mis sur pied par un jésuite au XXe siècle pour, entre autres, permettre aux Québécois de mieux comprendre et apprécier la culture chinoise et leur art? L’un des artéfacts de ce musée trône d’ailleurs dans le corridor du deuxième étage de la Maison Bellarmin, le quartier général des Jésuites du Canada. Cet imposant panneau de bois sculpté en bas-relief intitulé « Saint Pierre et la Catholicité de l’Église » montre le saint entouré de 22 cathédrales. Une notice indique qu’il fut exécuté à Zikawé, ville chinoise, et que cet exemplaire est unique, mis à part un autre qui se trouve au Vatican. Mais comment cette pièce s’est-elle rendue à Montréal?

Tout commença par les premiers jésuites canadiens à aller en Chine, en 1918. En 1923, trois scolastiques (Gagnon, Côté et Marin) furent de retour au Canada avec plusieurs artéfacts qui soulevèrent partout un grand étonnement, à tel point que l’on songea à les rassembler et les exposer au public. Ces premières pièces furent donc suivies de plusieurs autres, qui étaient soient collectionnées, soit vendues.

Une partie de ces objets voyagea en 1929-1930 dans une exposition qui s’arrêta au collège Brébeuf à Montréal ainsi qu’à Kahnawake. En 1931, le P. Jospeh-Louis Lavoie (fondateur de la revue Le Brigand) mit sur pied un Musée chinois à Québec, à la fois pour des questions financières et apostoliques, mais aussi pour changer la mauvaise perception des Chinois par les Canadiens-français.

Mais pourquoi un Musée chinois annexé a la Procure des Missions de Chine? Disons le donc en toute franchise: nous avons pour soutenir et développer notre Mission besoin de beaucoup d’argent. Un Musée a des chances d’attirer plus de visiteurs qu’une Procure, ne croyez-vous pas? Et parmi ces visiteurs, il peut s’en trouver qui joignent un excellent coeur une grosse bourse. Qui sait alors? Et puis l’entrée sera payante: petite source qu’il ne faut pas mépriser. […] Mieux connue, jugée à sa juste valeur, sur des documents qui prouvent de façon indéniable le goût artistique et la haute culture d’un peuple innombrable, la Chine n’en deviendra que plus intéressante du point de vue apostolique, et c’est que l’on voit comment un Conservateur de Musee peut être en même temps Procureur de Missions. (Le Brigand, no. 6, février 1931)

La plupart des objets du Musée chinois étaient fabriquées par orphelins. Cet artisanat était de facture chinoise, mais certaines oeuvres étaient adaptées au goût et au style occidental.

Mais qu’en est-il du tableau de saint Pierre? Il fut la pièce de résistance de l’exposition de Montréal de 1930, où il côtoya d’autres objets fabriqués en Chine comme des bénitiers et des crucifix. Ce fut une oeuvre coûteuse : environ 220$ de l’époque (soit 1 745,64$ aujourd’hui)! Selon Le Brigand d’août 1968, il s’agissait de « l’une des plus belles pièces du Musée chinois du P. Lavoie que l’on peut toujours admirer à la procure des missions de Montréal. »

Intérieur du Musée chinois de Québec. Le Brigand, juin 1936.

En effet, le musée déménagea à Montréal en 1946. En 1990, à la faveur du 450e anniversaire de la fondation de la Compagnie de Jésus et du 500e anniversaire d’Ignace de Loyola, la plupart des pièces du Musée chinois furent cédées au Musée de la Civilisation de Québec. Mais pas le tableau de saint Pierre, qui siège désormais au deuxième étage de la Maison Bellarmin, où on peut encore l’admirer.

En plus d’avoir une histoire fascinante, ce panneau s’inscrit aussi dans le cadre de l’exposition du rez-de-chaussée de la Maison Bellarmin, Missio Sinensis Süchowensis, sur la mission chinoise des jésuites canadiens-français à Süchow, que je vous invite à visiter. Cette exposition est basée sur les collections des Archives des Jésuites au Canada.

Les informations de ce billet proviennent surtout de : France Lord, La muette éloquence des choses: collections et expositions missionnaires de la Compagnie de Jésus au Québec, de 1843 à 1946thèse, Université de Montréal, 1999.

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