L’été dernier, l’organisme québécois de solidarité internationale Mer et Monde a fêté ses 20 ans. Inspirée par l’idée de Michel Corbeil, SJ, l’organisme initie chaque année quelque 300 stagiaires à la coopération internationale et appuie des partenaires au Sénégal, au Nicaragua et au Costa Rica dans leurs projets de développement. Tout le processus de stage repose sur une solide formation des stagiaires les incitant à développer leur discernement et leur sens critique, ce qui fait toute la différence sur le terrain. Quelques stagiaires livrent leurs réflexions sur leur stage.

Aude Roy BlanchetteParticipante QSF, Sénégal  

Avant mon départ pour le Sénégal, une femme m’a dit que cette expérience changerait ma vie. J’étais loin de me douter que ce serait à ce point, même si je savais pertinemment que je ne reviendrais pas au Québec tel que j’étais partie. Je suis tombée en amour avec le Sénégal. J’y ai découvert tant de beauté. J’y ai fait des rencontres qui m’ont marqué à tout jamais, dont celle de Thérèse, ma petite sœur d’accueil. Dès mon arrivée dans ma famille sénégalaise, Anna, ma maman d’accueil, me donna le nom sérère de ma petite sœur : Ndiarmaye. Entre elle et moi, ce fut une véritable histoire d’amitié. Du haut de ses 11 ans, elle a su gagner mon cœur et rendre mon séjour exceptionnel. Ma séparation avec elle fut déchirante, mais je savais que ce n’était qu’un au revoir.

Le retour au Québec m’a amené à devoir faire des choix. J’ai, entre autres, fait un virage dans mon parcours en débutant une maîtrise en développement international. Tous les jours, cela m’amène à établir des liens avec l’expérience que j’ai vécue au Sénégal. En février dernier, j’ai eu l’occasion de saisir une opportunité: vivre une deuxième expérience de solidarité internationale en étant, cette fois-ci, responsable d’équipe d’un groupe QSF. À la fin du mois de mai, je m’envolerai donc à nouveau vers le pays de la teranga pour y vivre une nouvelle aventure. Je profiterai également de ce moment pour revoir ma belle Thérèse – On est ensemble.

Samuel Racette – participant au projet Québec sans frontières – QSF La basura que no es basura, Costa Rica

Le projet sur lequel nous collaborons est un projet de sensibilisation du public sur la gestion des déchets, puisque le recyclage est quelque chose de relativement récent en région rurale au Costa Rica. Nous travaillons avec de nombreuses personnes afin de mener ce projet à bien.
Au début, il fut difficile de voir quelle direction nous allions prendre. Nous n’étions pas habitués au rythme d’ici, qui est plus décontracté, plus relax et ce fut un obstacle pour beaucoup d’entre nous de vivre avec un horaire moins stable, de ne pas forcément savoir ce qui nous attendait le lendemain, ce fut un exercice de lâcher-prise vraiment enrichissant qui nous a permis de prendre les choses avec un peu plus de recul. Il y a plusieurs moments où finalement les plans ont changés à la dernière minute ou quelques fois où nous avons eu à attendre, mais tous ces moments nous ont appris à rebondir sur nos pattes, à mieux nous connaître en tant que groupe et finalement, nous a fait tout de même fait gagner un peu de sagesse.
Le partenaire a trouvé des façons vraiment intéressantes de nous inclure dans le projet et nous sommes toujours bien entouré(e)s, peu importe les circonstances extérieures. Ce fut difficile parfois de comprendre pourquoi nous faisions telle ou telle activité, car en apparence cela ne semblait pas relié au projet, mais comme des détails peinturés de jour en jour sur une toile, cela finit par faire un magnifique portrait; difficile à voir à petite échelle, mais une œuvre d’art avec le recul.
Nous avons eu l’occasion de contribuer à la semaine de l’environnement dans la ville voisine, ramasser plusieurs kilos de déchets, rencontrer des héros et héroïnes de l’environnement dans divers lieux du Costa Rica, planter des centaines d’arbres, composer une chanson sur le thème de l’environnement en plus d’en apprendre énormément sur la gestion des déchets au Costa Rica.

Certes, le pays n’en est pas au même point dans la gestion de ses déchets qu’au Canada, mais s’il y a une chose que j’ai apprise ici, c’est que tout est possible.

Il y a un enthousiasme que je trouve formidable, que plusieurs personnes ont, par exemple pour la reforestation. Ici dans le canton de Hojancha, il ne restait presque plus d’arbres il y a 40 ans, à cause de la déforestation et d’une mauvaise gestion des ressources. Ce ne sont qu’une poignée d’individus qui à eux seuls ont lancé nombre de mouvements, sensibilisé les gens à faire attention à l’environnement et impliqué l’ensemble de la communauté dans la reforestation. Ainsi, ces personnes ont planté des milliers d’hectares d’arbres dans cette région verdoyante où il n’y avait avant que des champs à perte de vue.

Cela me fait prendre conscience de l’impact que chacun(e) d’entre nous peut avoir sur son environnement et que le pouvoir que nous avons individuellement est beaucoup plus grand que ce que nous pouvons imaginer : il suffit de croire en nos projets, de se faire confiance et de donner le temps aux idées de prendre place. Le changement ne se fait pas du jour au lendemain, il prend du temps à pousser, mais un seul moment suffit pour qu’une idée germe et qui sait jusqu’où cette idée pourra nous mener!

Catherine Marcotte et Étienne Dorval – stagiaires à l’organisme Ker Yaay, la Maison de la Mère – Sénégal 

CATHERINE Je suis étudiante en service social à l’Université Laval à Québec. Je m’intéresse beaucoup au domaine interculturel et à la solidarité interculturelle. J’ai choisi de faire un stage au Sénégal justement pour ouvrir mes horizons.  

ÉTIENNE Moi, avant d’étudier à l’Université Laval en travail social, j’ai fait une technique en éducation spécialisée. Je m’intéresse beaucoup au domaine de la relation d’aide, mais il me manquait un aspect plus communautaire dans le travail que je voulais faire et l’aspect international m’intéressait beaucoup. Le travail social allait, pensais-je, me permettre de faire ce lien.  

L’intérêt de la formule Mer et Monde

CATHERINE On nous avait proposé deux pays africains pour le stage, le Mali et le Sénégal. J’ai compris que pour le Sénégal, l’organisme Mer et Monde offrait des formations pré-départ et un encadrement sur place. C’est pour ça que je l’ai choisi. Pouvoir se fier à quelqu’un qui serait interprète, acteur mitoyen, si certains problèmes de communications survenaient, je trouvais que c’était excellent. Je pensais aussi qu’une bonne préparation avant de partir valait la peine : bien comprendre la réalité, la culture, ce qui assure le respect de la communauté qui nous reçoit. 

ÉTIENNE Le choix de Mer et Monde, pour moi, n’a pas été aussi délibéré. J’avais décidé d’aller au Mali. Malheureusement, à cause du climat sociopolitique, le stage n’a pu avoir lieu. On m’a proposé de me joindre au groupe qui venait au Sénégal et j’ai adhéré à la philosophie de Mer et Monde.  

Le travail avec Ker Yaay

CATHERINE L’organisation est ouverte à toutes les dimensions de la famille. Tout ce qu’on fait part des besoins exprimés à la base par la communauté. Et la construction de la communauté, par la valorisation des femmes et des familles, vient en aide aux enfants qui sont les plus déshérités. 

ÉTIENNE On favorise les échanges et notre technique est celle de l’animation des communautés. On leur présente des manières de faire qui viennent de notre expérience et de notre savoir, mais on est aussi réceptif à leurs propres intuitions et traditions. Ainsi, nous construisons quelque chose ensemble.  

Les leçons du stage

ÉTIENNE  Je vois maintenant comment l’inégalité entre le Nord et le Sud est vécue par des personnes que j’aurai connues. C’est quelque chose qui est devenu concret et je pourrai en parler en connaissance de cause. J’aurai un message à porter à ce niveau.  

CATHERINE Un exemple de ce qui va me rester, c’est le souci des gens les uns pour les autres. Un des jeunes de notre groupe a exprimé son inquiétude pour un autre parce qu’il n’avait pas accès à l’éducation. Il ne s’attardait pas d’abord à ses propres problèmes mais à ceux de son ami.  

ÉTIENNE Ça me fait penser que j’ai dû m’adapter au rythme de travail. On le sait, en Afrique, le rythme est différent. Mais c’est en bonne partie parce que ce n’est pas la tâche qui a toute la priorité, c’est la personne. Je pense que c’est important de conserver cette perspective dans le cadre de mon activité de travailleur social. 

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