En novembre dernier, le Secrétariat pour la justice sociale et l’écologie à Rome a souligné ses cinquante premières années par une rencontre jubilaire. Plus de deux cents délégués représentant chaque province de la Compagnie de Jésus se sont réunis pour une semaine de célébration, de réseautage et de discernement. Chaque jour était consacré à l’une des Préférences Apostoliques Universelles (PAU), avec des présentations en plénière, une prière guidée et un partage en petits groupes. Pendant ce temps passé ensemble, quatre thèmes clés ont émergé comme étant importants pour notre processus d’appropriation des PAU.

Premièrement, nous nous sommes sentis appelés à une conversion et une transformation plus profondes, tant au niveau personnel qu’institutionnel. Les PAU concernent moins de nouvelles choses à faire que la manière dont nous menons à bien notre mission, qui est la mission du Christ. Nous devons nous laisser transformer par le travail que nous faisons et les personnes avec lesquelles nous marchons, et nous devons continuer notre travail pour transformer les structures qui perpétuent l’injustice.

Deuxièmement, un désir a émergé, celui d’une plus grande collaboration : entre les provinces, entre les secteurs apostoliques, avec les partenaires laïcs et avec d’autres organisations confessionnelles et laïques. Les contextes sociaux dans lesquels nous travaillons varient grandement, mais beaucoup de questions identiques se posent et nous pouvons apprendre beaucoup les uns des autres. Bien que cette rencontre ait rassemblé des représentants du secteur social, le besoin et le désir d’une collaboration plus profonde entre les secteurs étaient évidents. Bien qu’il puisse être tentant à première vue d’attribuer la responsabilité principale de chacune des PAU à un secteur apostolique particulier, nous sommes tous appelés à vivre pleinement toutes les PAU et à trouver des façons créatives de le faire ensemble. Nous sommes déjà engagés dans une collaboration à ce niveau. Par exemple, certains de nos délégués de la Conférence jésuite du Canada et des États-Unis venaient d’écoles secondaires et d’universités, formant des jeunes à vivre une foi qui fait justice. Mais il y avait un sentiment clair que nous pouvons aller plus loin.

La collaboration comprend aussi le travail avec nos nombreux partenaires laïcs. Étant entré dans la Société il y a seulement dix ans, ma propre expérience a toujours été celle d’une étroite collaboration à cet égard. La plupart de mes professeurs de théologie étaient des laïcs. Lors de mon stage de régence, j’étais le seul jésuite, une expérience de plus en plus fréquente. Il était donc quelque peu surprenant de voir les photos du précédent rassemblement mondial pour la justice sociale à Rome qui, il y a seulement vingt ans, était une affaire exclusivement jésuite. Cette fois-ci, la participation était d’un tiers de laïcs, dont 34 femmes, ce qui est une évolution très positive. Néanmoins, il y a ici aussi de la place pour aller plus loin. Un point que le Père Général nous a spécifiquement demandé d’examiner est le «rôle que les femmes jouent dans les processus de discernement et de prise de décision pour notre mission de vie». Le quart d’heure le plus intéressant de la semaine a peut-être été une rencontre sur ce sujet entre les déléguées et le Père Général (Jenny Cafiso a écrit plus sur cette réunion ici). Je n’y étais pas présent moi-même, mais je vais suivre de près les prochaines étapes de ce processus, qui promet d’impliquer tous les secteurs du travail de la Société, et qui, je l’espère, sera fructueux.

Le troisième thème était la synodalité, un mot très utilisé vu le nombre de délégués qui ont participé au Synode sur l’Amazonie qui s’était terminé seulement une semaine auparavant. Personnellement, j’ai préféré les termes associés comme consultation, communion, participation inclusive. Quel que soit le mot qu’on utilise, il y a eu une prise de conscience de notre besoin d’une plus grande mutualité, d’une écoute réciproque, d’une prière commune. Comment faisons-nous de la place pour que ceux qui ont été exclus puissent assumer des rôles de leadership ? Marcher les uns avec les autres n’est pas simplement une façon de servir les autres, mais une rencontre qui transforme tous ceux qui sont impliqués, et qui a un impact sur notre travail, notre style de vie et nos prises de décision.

Quatrièmement, il y a eu un appel à créer de nouveaux récits, en particulier ceux qui amènent les gens de la marge au centre des histoires que nous racontons. Notre communication doit inspirer l’espoir et témoigner des voies possibles du changement, des voies par lesquelles Dieu peut ouvrir nos yeux à de nouvelles perspectives.

Ces quatre thèmes se reflètent également dans le processus de discernement apostolique en cours dans notre propre province. Une réflexion dans la prière et une large consultation dans toutes nos œuvres et communautés ont contribué à un discernement communautaire qui engage de nombreuses voix. Le fait de réunir les directeurs d’œuvres et les supérieurs de communautés de toute la province pour prier et discerner ensemble augmente considérablement notre capacité de collaborer à la mission plus vaste que nous partageons tous. En apprenant les histoires des uns et des autres et en trouvant de nouvelles façons de travailler ensemble, nous grandissons en communion, étant transformés en tant qu’individus et en tant que province. Les processus complémentaires de discernement au niveau de la province, de la conférence et du monde nous aident à leur tour à relier notre mission à celle de la Compagnie de Jésus dans son ensemble.

Photos: [ Curie des Jésuites ]

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