1ère période: Québec, centre missionnaire au XVIIe siècle

1ère période: Québec, centre missionnaire au 17e siècle
La saga missionnaire des jésuites en Nouvelle-France commence en 1611 avec les pères Pierre Biard et Ennemond Massé, venus fonder la Mission Saint-Sauveur , non loin de la colonie française de Port-Royal, sur la côte atlantique, dans l’État du Maine actuel. Cette mission n’aura toutefois qu’une durée éphémère de deux ans, la jeune colonie française ayant été dévastée par les Anglais, établis plus au Sud, en Virginie.
La ville de Québec: point de départ de l’aventure
À LA MAISON DES JÉSUITES, À SILLERY, ON COORDONNAIT L'ACTIVITÉ MISSIONNAIRE À PARTIR DE QUÉBEC.La véritable évangélisation commence en fait en 1625, à Québec, alors que cinq jésuites français, Jean de Brébeuf, Charles Lalemant, Ennemond Massé, Gilbert Burel et François Charton, viennent prêter main forte aux Récollets, arrivés dix ans plus tôt. Seuls autorisés à revenir à Québec au moment du Traité de Saint-Germain-en-Laye en 1632, les jésuites seront pendant longtemps les seuls missionnaires en Nouvelle-France, alors que plus de 325 d’entre eux viendront exercer leur apostolat sur un territoire démesuré allant de Québec aux Rocheuses, et de la Baie d’Hudson jusqu’au Golfe du Mexique.
Les missionnaires de la première évangélisation étaient des hommes d’une trempe peu ordinaire. Plusieurs comme les pères René Ménard, Claude Allouez, Charles Albanel, Gabriel Druillettes, Jacques Marquette, Pierre Aulneau, accompagnèrent les explorateurs français dans les régions de la Baie d’Hudson, des Grands Lacs, du Mississipi et de l’Ouest canadien, préparant ainsi le terrain à l’établissement des futures missions. Plusieurs moururent au cours de ces périples exténuants, comme le P. Marquette, mort dans la solitude, sur les bords d’une rivière qui porte aujourd’hui son nom, et dont l’historien Garneau a écrit : «Ainsi se termina dans le silence des forêts la vie d’un homme dont le nom retentit aujourd’hui plus souvent dans l’histoire que celui que celui de bien des personnages qui faisaient alors du bruit sur la scène du monde, et qui sont pour jamais oubliés.» D’autres s’illustrèrent dans plus d’une vingtaine de missions établies par les jésuites dans la vallée du Saint-Laurent, notamment à Tadoussac, Sillery, Trois-Rivières, Ville-Marie et Laprairie, et dans les régions des Grands Lacs et du Mississipi. La Mission de la Huronie sur les bords de la baie Georgienne, au lac Huron, constitue cependant le principal champ missionnaire des jésuites de 1625 à 1650. C’est là que Jean de Brébeuf, Gabriel Lalemant, Noël Chabanel, Antoine Daniel et Charles Garnier trouvèrent la mort en 1649, martyrisés par les Iroquois qui avaient fait subir précédemment le même sort à Isaac Jogues, René Goupil et Jean de La Lande. Ces huit martyrs jésuites seront canonisés en 1930, avant d’être reconnus comme patrons du Canada.
Des héros et des hommes de foi
François Roustang a écrit au sujet de ces premiers missionnaires «qu’il n’était pas douteux que les conditions de vie qui leur étaient imposées aient été parmi les plus rudes qu’aient jamais connues des missionnaires. On s’imagine mal comment des hommes qui ont été transplantés brusquement d’un climat à l’autre aient pu résister, en particulier, à un hiver plus rigoureux que celui de Sibérie et qui dure près de six mois. Comment ont-ils pu supporter ces voyages interminables durant des centaines de kilomètres par voies d’eau, avec les portages nécessaires d’une rivière à l’autre ; ou ces longues marches, raquettes aux pieds, sur la neige et dans les tourbillons de vent? Comment ne sont-ils pas morts d’épuisement, n’ayant pour s’abriter que le ciel ou de misérables cabanes et pour se nourrir qu’un peu de blé d’Inde, c’est-à-dire du maïs, et du poisson? Comment l’insupportable cohabitation avec les Indiens a-t-elle pu les trouver demeurant dans la patience? La force physique n’a certes pu leur suffire».
Une expérience d’inculturation intense
CARTE DES TERRITOIRES PARCOURUS PAR LES JÉSUITES AU 17 E SIÈCLEEn demandant de venir en Nouvelle-France, ces premiers missionnaires étaient conscients qu’ils devaient chercher avant tout à s’imprégner des coutumes et de la culture autochtone. Ils s’employèrent au premier chef à maîtriser les langues indiennes, à rédiger des dictionnaires et des grammaires sur les langues huronne, iroquoise et algonquine. Ils cherchèrent aussi à regrouper de jeunes Indiens dans des séminaires pour mieux les instruire, comme à Québec en 1635, et à les sédentariser dans des villages, à l’image des célèbres Réductions du Paraguay, comme à Sillery en 1637. C’est ainsi que le P. Paul Le Jeune, le véritable fondateur de la Mission canadienne et l’initiateur des Relations des jésuites qui deviendront de 1632 à 1672 un organe de propagande extraordinaire, va se transformer en missionnaire-colonisateur, faisant des appels pressants dans les Relations pour que les Français s’établissent en Nouvelle-France et servent ainsi de modèles aux Indiens. Cette saga missionnaire se poursuivit pendant près de deux siècles et prit fin en mars 1800, avec le décès du dernier jésuite, le P. Jean-Joseph Casot, après que les autorités britanniques eurent interdit aux jésuites de recruter de nouveaux membres. C’était au lendemain de la Conquête de la Nouvelle-France par les Anglais. L’historien Georges Goyau a qualifié à juste titre cette saga missionnaire d’épopée mystique.
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