L’engagement social des jésuites

Brève histoire de l’engagement social des jésuites au Canada français

L’École sociale populaire

En 1911 les jésuites du Canada français fondèrent l’École sociale populaire. Cette dernière avait pour objectif de diffuser la pensée sociale de l’Église par des publications et des activités de formation. C’est d’ailleurs une équipe de l’École sociale populaire qui fonda, en 1941, la revue Relations (toujours publiée aujourd’hui). En 1950, on changea le nom de l’École sociale populaire pour celui d’Institut social populaire, lequel a grandement contribué à l’essor des sciences sociales au Québec et à l’avènement de la Révolution tranquille.

Création du Centre justice et foi

Dans les années 1980, avec la disparition de la plupart des activités rattachées à l’Institut social populaire, un groupe de jésuites a voulu relancer un projet de centre d’études, de recherche et d’action sociale autour de la revue Relations, des Soirées Relations et d’une bibliothèque appelée à devenir un centre de documentation sur les questions sociales. C’est ainsi qu’est né le Centre justice et foi en février 1983.

D’autres œuvres associées

Plusieurs jésuites, dans la foulée de la 32e Congrégation générale et des congrégations générales subséquentes, ont poursuivi un engagement auprès des plus démunis, en faveur de la justice sociale et internationale ou au sein du mouvement écologique. Certains ont même fondé, avec des collaborateurs laïcs, des œuvres aujourd’hui associées à la Province jésuite du Canada français. Pensons à la Maison Dauphine pour les jeunes de la rue à Québec, à la Ferme Berthe-Rousseau à Durham-Sud ou encore à l’organisme de solidarité internationale Mer et Monde.

Quelques témoins

Julien Harvey, s.j. (1923-1998) : Supérieur provincial du Canada français à l’époque de la 32e Congrégation générale, il fut un fervent promoteur du fameux Décret 4 sur le lien entre la foi et la justice dans la mission de la Compagnie de Jésus. Il fut par la suite le principal inspirateur et artisan du Centre justice et foi. Il conseillera le gouvernement du Québec sur les questions d’immigration et contribua aux débats de la société québécoise – particulièrement sur l’enjeu de la culture publique commune.

Karl Lévêque, s.j. (1937-1986) : Présent en des milieux très divers, à l’écoute du monde et de sa culture, Karl Lévêque s’efforçait de maintenir le lien entre le monde intellectuel québécois et les gens de la base; entre le Québec, sa terre d’accueil, et Haïti où plongeaient ses racines. Pour lui, il était essentiel d’interpeller la société à partir du message chrétien tout en se laissant interpeller par la réalité contemporaine. Il a été un acteur important de la naissance du Centre justice et foi.

Jacques Couture, s.j. (1929-1995) : Engagé dans la vie communautaire du quartier populaire Saint-Henri de Montréal, Jacques Couture a part>icipé à la fondation du Rassemblement des citoyens de Montréal, un parti politique municipal de gauche. En novembre 1976, il est élu député à l’Assemblée nationale du Québec sous la bannière du Parti québécois. Nommé ministre de l’Immigration dans le gouvernement Lévesque, il ouvra largement les portes du Québec aux réfugiés et facilita la régularisation de 5000 Haïtiens. Après cet interlude politique, il termina sa vie comme missionnaire jésuite à Madagascar.

Michel Boisvert s.j. (1944-2006) : Il exerça le ministère des Exercices spirituels au Centre de spiritualité Manrèse (Québec), principalement auprès des jeunes (1979-1992). En 1992, avec la collaboration de ses confrères jésuites et de laïcs, il fonde la Maison Dauphine. Cette œuvre sise dans le Vieux-Québec est un milieu de vie permettant aux jeunes de la rue de recevoir protection, support, aide et conseils. Au fil des années, la Maison Dauphine, dirigée par le père Boisvert jusqu’à sa mort, développe divers services, dont l’École de la rue, première école du genre au Québec, qui permet aux jeunes de « raccrocher » et d’obtenir leur diplôme d’études secondaires. Le P. Boisvert a su transmettre non seulement sa foi en l’immense potentiel des jeunes, mais aussi la valeur fondamentale qui guidait son action : l’accueil inconditionnel de ceux-ci.

Guy Paiement, s.j. (1935-2010) : Animateur social engagé dans plusieurs groupes communautaires et cofondateur d’une communauté de base, Guy Paiement a été l’âme dirigeante des Journées sociales du Québec pendant les 20 dernières années de sa vie. En plus d’avoir œuvré au Centre St-Pierre comme formateur, il a aussi siégé au comité de rédaction de la revue Relations pendant 30 ans où il aura nourri la conscientisation d’un nombre incalculable de lecteurs et de militants sociaux.