Dans son plus récent numéro, la revue Relations braque ses projecteurs sur la place des rites et des rituels dans nos sociétés postmodernes et sécularisées.

Dans l’entrevue qu’il nous accordait la semaine dernière, John Meehan SJ prenait acte de l’impact de la Révolution tranquille sur la religiosité des Québécois catholiques, ceux-ci s’étant en effet éloignés de la pratique liturgique et sacramentelle. Cette prise de distance à l’égard de l’Église rime-t-elle avec une sécularisation totale des consciences? Non, loin de là, répondait le recteur de l’église du Gesù. Les Québécois ont peut-être pris leurs distances de l’Église, disait-il, « mais pas au point d’occulter les questions existentielles, les quêtes de sens et les démarches spirituelles ».

Ce qui est vrai pour les quêtes spirituelles l’est aussi pour les rites et rituels. Plusieurs sociologues et anthropologues ont mis en évidence le déficit rituel qui a cours dans nos sociétés postmodernes sécularisées. Qui dit modernité dit en effet prise de distance à l’égard d’une Église et d’une société où la tradition le sacré étaient omniprésents, et où les grandes étapes de la vie rurale, sociale et familiale étaient marquées par des sacrements et des rituels collectifs. Cette « libération » à l’égard d’une tradition et d’une religion parfois étouffantes ont cependant généré un déficit rituel. Comment donner du sens aux grandes étapes de la vie personnelle et familiale? Comment donner du sens aux grandes joies (la naissance, le mariage), tout comme aux grands drames (la maladie, la mort, les cataclysmes) de notre vie collective? Comment incarner ces quêtes de sens dans des rites et des rituels? Quelle forme donner à ces rites et rituels? Comment injecter un surplus de sens et un supplément d’âme dans ces rituels? Et ce, sans ancrage dans la tradition?

Ces quêtes de sens et cette faim rituelle ont pavé la voie à bien des bricolages. Pensons ici aux nouveaux rituels funéraires, par exemple, mais aussi à la place importante (sinon démesurée?) qu’occupent certains « rites » de passage tels que les collations des grades et les bals de finissants. En phase avec l’autonomie du sujet propre à la (post)modernité, ces nouvelles ritualités posent cependant un certain nombre de questions. D’abord parce qu’elles sont parfois narcissiques, et privées de toute dimension collective, qui est le propre des rites. Ensuite en raison de leur pauvreté sémantique et symbolique. Enfin, parce qu’elles ont pavé la voie aux nouveaux marchands du Temple de nos sociétés de consommation, pour lesquels ces nouveaux rites et leurs accessoires sont un business comme les autres, c’est-à-dire un marché à exploiter, des marchandises à proposer et des « expériences » à offrir à leurs « clients ».

Ce numéro de Relations propose donc une incursion dans ces nouveaux rites et rituels, dont il tente de restituer la richesse et la complexité. Mais non sans questionner l’hyperindividualisme, le consumérisme et la pauvreté symbolique qui caractérise parfois ces nouvelles ritualités.

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