Histoires

Par Eric Clayton

Anishinabe Spiritual Centre

« Papa était organiste à la paroisse, se rappelle Rosella Kinoshameg. Il nous a appris à jouer. C’est une des choses qui me sont restées. Ma participation à l’église se résumait à cela. À l’époque, on ne nous permettait pas de faire autre chose, je pense. Nous ne faisions pas les lectures ou des choses comme ça. »  

Rosella est Ojibwée Odawa et vit sur le territoire non cédé de Wikwemikong. Bien des gens de son âge ont grandi en estimant que la foi catholique et leur culture traditionnelle étaient incompatibles.  

« On nous interdisait de célébrer nos cérémonies et de parler notre langue. Beaucoup ont perdu leur langue. Certains refusent encore de parler la langue, de croire à nos traditions et à nos cérémonies. » 

« Et je me suis dit : comme c’est beau ! C’est vraiment bien de prier dans sa langue, je voudrais pouvoir faire ça un jour. » 

Heureusement pour Rosella, son père ne voyait pas le catholicisme et la tradition comme des modes de vie contradictoires.  

« C’était un homme profondément spirituel, dit-elle. Il jouait l’orgue à l’église et célébrait nos cérémonies à la maison. » Elle sourit en évoquant ce souvenir : « Nous observions certaines de ces cérémonies, vous savez comme les enfants sont curieux ! »  

Membres de la communauté pendant un rituel de purification

Un dimanche, lors d’un pow-wow, Rosella se souvient d’avoir vu un Ancien se lever pour réciter l’invocation. « Et il a prié dans notre langue. » C’était impressionnant d’entendre réciter ces prières dans ma langue, dit-elle. « Et je me suis dit : comme c’est beau ! C’est vraiment bien de prier dans sa langue, je voudrais pouvoir faire ça un jour. » 

Les espoirs de Rosella sont devenus réalité. Ils font maintenant partie du travail et de l’héritage du Anishinabe Spiritual Centre. 

« Comme je le dis aux gens, c’est mon deuxième chez-moi. J’éprouve ici un vrai sentiment d’appartenance. » 

« Le Centre est l’un des grands foyers spirituels des jésuites du Canada », explique le père Gerry McDougall, SJ, qui a passé la plus grande partie de sa vie jésuite aux côtés des communautés autochtones. « Il a été construit à l’origine en vue de former des diacres, des prêtres et des ministres laïques pour la nouvelle communauté catholique anichinabée. » 

Un dialogue de spiritualité 

Le Anishinabe Spiritual Centre est né du programme de formation au ministère que les prêtres jésuites Michael Murray, SJ, Dan Hannin, SJ, James Farrell, SJ, et Lawrence Kroker, SJ, ont lancé en 1972. À l’heure du renouveau mondial des traditions spirituelles et culturelles autochtones, et dans l’esprit du concile Vatican II, ces jésuites avaient pour objectif de doter les leaders autochtones des outils nécessaires pour servir l’église locale, notamment à titre de diacres.  

Des membres autochtones et non autochtones participent ensemble.

« Quelques-uns des premiers diacres n’avaient que des études secondaires, mais ils étaient très doués sur le plan spirituel et ils avaient une foi profonde, explique Gerry McDougall. Il s’agissait de cultiver chez ces eux l’assurance qui leur permettrait de se tenir devant leur communauté pour servir leurs gens. » 

Mais l’éducation n’était pas à sens unique. 

« En matière de spiritualité, les jésuites ont beaucoup appris de ceux qu’ils formaient, remarque le père McDougall. Ils ont découvert la roue médicinale, par exemple, et la façon de l’appliquer à la spiritualité catholique. Il y a eu beaucoup de dialogue. » 

Les Premières Nations et les jésuites avaient un défenseur en l’évêque du diocèse. 

« À Sault-Sainte-Marie, nous avions un véritable évêque de Vatican II, Alexander Carter, qui appuyait réellement ce projet jésuite pour revitaliser l’Église. » 

« J’ai été étonnée par ce que l’évêque Carter avait en tête à l’époque où il travaillait avec les Premières Nations et les jésuites, se souvient Rosella. Je ne savais pas ce qu’il voulait faire. Mais quand j’ai lu cette histoire, ce qu’il avait écrit : encourager les Autochtones à redécouvrir leurs racines et à valoriser leur propre culture et la beauté de leurs cérémonies. Je me suis dit : “Wow !” » 

« En matière de spiritualité, les jésuites ont beaucoup appris de ceux qu’ils formaient, remarque le père McDougall. Ils ont découvert la roue médicinale, par exemple, et la façon de l’appliquer à la spiritualité catholique. Il y a eu beaucoup de dialogue. » 

Quelques années plus tard, après que la province jésuite locale eut acheté un ancien centre de villégiature, elle y a installé le programme de formation au ministère autochtone, qui allait devenir le Anishinabe Spiritual Centre. Il revient maintenant à Rosella, en tant que présidente du conseil d’administration, de contribuer à cristalliser une nouvelle vision. 

Pour une Église dirigée par les Autochtones 

« Waase’aandimikaaning, c’est le nom ojibwé que nous avons donné à l’endroit : un lieu d’illumination, un lieu de nourriture spirituelle, de croissance et de guérison, explique-t-elle. Car nous savions qu’une conception plus profonde du lieu nous aiderait à formuler une mission. » 

« Waase’aandimikaaning nous permet de trouver notre Créateur en nous-mêmes, chez les autres et dans toute la création, en nous laissant guider par nos ancêtres, nos aînés et la tradition jésuite. » De ce sens de la mission est né un engagement renouvelé envers nos valeurs. « Nous accordons une grande importance au respect et à la dignité, à la communauté, à l’hospitalité, à la guérison et à la réconciliation, au dialogue, à l’écologie, à l’éducation, aux arts et à la santé. » 

Le centre accueille les particuliers et les groupes pour des retraites ou des conférences.

Ces valeurs rappellent à Rosella et à ses collègues les racines profondes du centre : « nous entendons poursuivre le programme de formation au leadership anichinabé pour les diacres » et les autres leaders de la communauté. 

Il faut un nom ojibwé, a dit quelqu’un. Nous l’avons donc appelé Damigong Bimiikaadwining : appel au service. 

Le Centre spirituel anichinabé n’offre pas seulement un programme de formation au ministère ; il propose des activités pour les jeunes, des possibilités de retraite, et on y partage de l’information sur la santé. Rosella est infirmière, elle travaille à un programme de sensibilisation et de prévention du diabète. 

Mais ce qui est au cœur de la vie du Centre, c’est la promotion d’une vision autochtone de l’Église. 

Il faut un nom ojibwé, a dit quelqu’un. Nous l’avons donc appelé Damigong Bimiikaadwining : appel au service. 

« Le programme des ministères a un objectif : c’est que d’ici quelques années, les Autochtones dirigent le programme et l’Église, dit McDougall. Les autres jésuites et moi-même sommes très heureux de soutenir l’Église autochtone tant qu’elle en a besoin, mais je pense qu’à terme, il y aura moins de jésuites. Nous faisons partie d’une Église vieille de 2 000 ans. L’Église a toujours été une Église en devenir. Il y a beaucoup de choses qui nous semblent aller de soi, mais qui n’existaient pas au début de l’Église ; elles sont arrivées en cours de route, alors que l’Église est passée d’une culture à une autre. » 

Les espaces riches en nature offrent des possibilités de guérison

Il y a de moins en moins de prêtres. Le dernier Autochtone formé par le Anishinabe Spiritual Centre pour devenir diacre a été ordonné en 1994. Mais il y a beaucoup de femmes : elles forment vraiment la colonne vertébrale de l’Église.  

« Conscient de la situation, l’évêque du diocèse a conféré à plusieurs femmes un mandat de ministre. Cela leur permet d’animer un service de communion et de donner l’homélie ou une réflexion sur les textes de l’Écriture ; elles président aussi les funérailles et les veillées au corps », précise le père McDougall. 

Rosella a reçu l’un de ces mandats. Elle préside les funérailles et transmet les traditions à la prochaine génération.  

« Je leur enseigne la langue, je leur apprends à prier dans notre langue, à chanter dans notre langue. C’est énorme de pouvoir chanter dans sa langue, souligne-t-elle. Il y a une grande différence entre l’anglais et notre langue et, comment dire, ça pénètre plus profond. » 

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Le P. Carl Starkloff, jésuite américain et professeur de théologie au Regis College de Toronto, a enseigné plusieurs années au Anishinabe Spiritual Centre. Inspiré par les réflexions et les témoignages de la communauté autochtone, il a travaillé avec Rosella Kinoshameg et 39 autres personnes à une adaptation autochtone des Exercices spirituels de saint Ignace. Après trois ans, ils ont publié un livre : The Quest for Spiritual Wisdom [La quête de la sagesse spirituelle].

Cet article fait partie de notre tout nouveau magazine.

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