Le lecteur qui suit igNation depuis sa création aura remarqué que je présente ici mon cinquième texte sur la Pentecôte. J’ai déjà traité de quatre dons du Saint-Esprit : la piété, la sagesse, la science et le courage. J’aborde cette année la crainte du Seigneur.

C’est le don qui nous aide à appréhender la gloire et la majesté de Dieu. Mais il faut être prudent quand on parle de craindre le Seigneur. Il ne s’agit pas de grimacer ou de trembler de terreur.

Si je dis avoir peur des araignées, des serpents, des hauteurs, des terroristes ou des orages électriques, je parle d’une peur négative. Le don de l’Esprit est une peur positive.

C’est pourquoi des mots comme stupeur ou émerveillement donnent une idée plus complète de ce qu’est ce don. Une bonne analogie serait ce qu’on ressent quand on est en présence de quelqu’un qu’on admire et qu’on respecte profondément, quelqu’un en qui nous voyons un héros ou un modèle.

Si je suis nerveux à la perspective de rencontrer mon héros, quel trac ne devrais-je pas ressentir en présence de la bonté de Dieu? Même si Dieu ne m’est pas présent physiquement, il est avec moi partout où je rencontre la sainteté.

L’Écriture nous dit que la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse. C’est parce que ce don oriente notre pensée vers Dieu et nous fait saisir que nous sommes des créatures finies, dépendantes, devant Dieu le Créateur infini, tout-puissant. C’est là une des assises de notre vie religieuse.

Dans une vie spirituelle équilibrée, on craint Dieu par amour. Ça ne fonctionne pas dans l’autre sens, comme si la force pouvait nous contraindre à aimer Dieu. Paul nous dit dans sa lettre aux Romains que notre plus grand péché, c’est de n’avoir aucune crainte de Dieu. En fait nous respectons quelqu’un quand nous percevons en elle ou en lui un craignant-Dieu: quelqu’un qui a le sens de la présence du divin en toutes choses.

Quand je vie l’émerveillement et la stupeur, j’ai conscience que Dieu est la perfection de tout ce que je désire : le savoir parfait, la bonté parfaite, le pouvoir parfait et l’amour parfait. La crainte du Seigneur est le désir de ne pas offenser Dieu.

Saint Thomas d’Aquin en parle comme de la peur de se séparer de Dieu. Il décrit ce don comme une « crainte filiale », l’attitude de l’enfant qui a peur de décevoir ou de contrarier un parent. Et il la distingue de la « crainte servile », qui est la peur du châtiment. En d’autres mots, ce n’est pas parce que j’ai peur de l’enfer ou de la damnation éternelle que je rends hommage à Dieu.

L’Écriture sainte emploie le mot crainte plus de 300 fois en référence à Dieu. Un bel exemple, c’est la crainte de Moïse devant le Buisson ardent. Il adopte une attitude de respect parce qu’il a conscience de se tenir sur une terre sainte.

Un verset du Psaume 8 résume l’attitude ou l’orientation que font naître en nous l’émerveillement et la stupeur : « Ô Seigneur, notre Souverain, qu’il est grand ton nom par toute la terre! » En d’autres mots, la crainte du Seigneur est un respect profond devant la majesté de Dieu.

Je prends conscience d’être une créature qui dépend de Dieu et de ce que jamais je ne voudrais être séparé de ce Dieu vivant. Ma réaction naturelle : un élan vibrant et dynamique d’adoration et de révérence.

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Philip Shano
Philip Shano, SJ a de nombreuses années d'expériences riches et variées dans le domaine de la spiritualité ignatienne. Il réside dans la communauté jésuite de Pickering, en Ontario.

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