Le phénomène de la traite et du trafic de personnes fait beaucoup de victimes dans la société haïtienne. Personne n’en est épargné. Cependant, les catégories les plus vulnérables demeurent les femmes et les enfants.

De la lutte contre la traite et le trafic de personnes à la frontière Malpasse-Jimani

Le Service Jésuite aux Migrants (SJM-Haïti) à Fonds-Parisien, dans le cadre de son travail de défense des droits fondamentaux de la personne humaine au point frontalier de Malpasse-Jimani, en collaboration, avec les autres institutions étatiques et non-étatiques à la frontière promeuvent une culture de paix et du respect des droits des usagers. Dans cette perspective, il se met à explorer les différentes localités dans les communes de Fonds-Verrettes et de Cornillon-Grand-Bois, réputées pour l’immigration illégale et des trafics illicites. De ces explorations, le SJM-Haïti a dépêché des moniteurs et monitrices bénévoles en vue d’assurer les travaux d’observations et de vigilances sur les différents cas de violation des droits humains à la frontière pour en faire des plaidoyers. Du coup, il intensifie la lutte pour le respect des droits humains par la multiplication des rencontres avec les secteurs de défense des droits humains afin de réfléchir sur les possibilités de solution. Ces rencontres ont montré comment le phénomène de la traite et du trafic de personnes bat son plein dans toute la ligne de la frontière occidentale et devient une préoccupation pour ces secteurs.

En fait, la traite et le trafic de personnes sont considérés comme un crime transnational. Selon l’article 3 du «Protocole additionnel à la convention des Nations-Unies contre la Criminalité Transnationale Organisée, la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants est réprimée et punie». L’expression traite des personnes désigne le recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement ou l’accueil de personnes, par la menace de recours ou le recours à la force ou à d’autres formes de contrainte, par enlèvement, fraude, tromperie, abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par l’offre ou l’acceptation de paiements ou d’avantages pour obtenir le consentement d’une personne ayant autorité sur une autre aux fins d’exploitation».

Étant localisé dans les zones frontalières, la traite de personnes qui n’est pas nouvelle en Haïti, s’est développée vers les années 90 avec la période d’embargo qu’a connu le pays (GARR, 2009). À cette époque, les régions frontalières ont accusé un flux migratoire interne considérable, car la République Dominicaine était à ce moment considérée comme le principal, pour ne pas dire le seul fournisseur de produits en Haïti. Après le séisme du 12 janvier 2010, la question de la traite de personnes s’intensifie non seulement en République Dominicaine mais aussi dans certains pays de l’Amérique Latine notamment, au Brésil, en Équateur, au Pérou et au Chili. Les auteurs de la traite de personnes utilisent des procédés manipulatoires pour détourner l’attention des autorités civiles et policières présentes dans ces zones de passage.

Dans plusieurs régions en Haïti, plus particulièrement dans les zones frontalières (Ganthier-Fonds-Verrettes à l’Ouest du pays), il existe de très larges réseaux composés d’Haïtiens et de Dominicains qui s’adonnent à ces genres d’activités. Très souvent, ils sont aidés par des passeurs, aide-passeurs, chauffeurs de taxi. Dans les postes de frontières non-officiels notamment Fonds-Verrettes et Cornillon-Grand-Bois, le phénomène de la traite et du trafic de personnes est beaucoup plus fréquent, selon ce qu’a constaté le SJM-Haïti. Cependant, à la frontière de Malpasse-Jimani la stérilité et l’impuissance des autorités étatiques et non-étatiques pour contrôler les transactions relatives à la traite et au trafic de personnes se fait remarquer. Pendant que les questions de l’offre de travail et de fausses promesses deviennent une stratégie pour inciter les paisibles gens à laisser leur domicile pour se rendre illégalement et dangereusement en République Dominicaine.

La traite et le trafic de personnes : un mal pour la société

Le phénomène de la traite et du trafic de personnes fait beaucoup de victimes dans la société haïtienne. Personne n’en est épargné. Cependant, les catégories les plus vulnérables demeurent les femmes et les enfants. Même si on n’a pas les chiffres exacts concernant Haïti, mais on estime à 4 millions (GARR, 2009) le nombre de filles et de femmes victimes de la traite à des fins de prostitution.

En effet, la traite et le trafic des personnes ne peuvent pas être combattus sans passer par une amélioration des conditions socio-économiques de la population haïtienne. Le chômage, la faim, la misère, la pauvreté, le manque important d’infrastructures comme les écoles, les hôpitaux, les routes, les moyens de communication dans les zones reculées sont les principales causes qui rendent la situation des Haïtiens et Haïtiennes très vulnérable. N’est-ce pas ce qui les oblige à se laisser manipuler par des membres des réseaux établis des deux côtés de la frontière ?

En somme, il est recommandé à l’État de prendre des mesures sévères visant à lutter contre la traitre et le trafic d’êtres humains qui, sans nul doute, seraient bénéfiques aux trafiquants nationaux et internationaux. La première solution serait d’améliorer les conditions de vie des personnes dans leurs pays d’origine pour les empêcher de fuir le pays en quête d’une vie meilleure à l’étranger dans des conditions illégales. La seconde est d’intensifier les contrôles aux frontières. Aussi il lui est exigé une application rigoureuse des lois sur la traite et le trafic de personnes. Une telle application pourrait entrainer un nouveau mode de traitement accordé à l’enfance en Haïti. Elle pourrait du coup réduire considérablement le phénomène de traite et de trafic de personnes en Haïti.

Rodady Gustave
g.rodady@yahoo.fr\rodadyg@gmail.com

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