Les 15 mai et 22 août derniers, je participais aux travaux du comité consultatif sur la réconciliation avec les Autochtones mis en place par le Jesuit Forum for Social Faith and Justice. Ce comité rassemble 15 membres autochtones et non-autochtones, francophones et anglophones, dont Marie Wilson, l’une des commissaires de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, des collaborateurs de la Province et des représentants du Centre justice et foi. Il a pour mandat de contribuer au guide de dialogue qui sera réalisé par le Jesuit Forum en partenariat avec les éditions Novalis et KAIROS, la coalition œcuménique canadienne pour la justice, dont le plus récent portait sur l’encyclique Laudato Si du pape François.

Dialogue et réconciliation
Cettte démarche s’inscrit dans le sillage des excuses officielles adressées aux Premières Nations par les Jésuites du Canada dès le début des travaux de la Commission de vérité et de réconciliation et dans le prolongement du Pèlerinage canadien en canot. Ce guide de dialogue vise à faciliter la création d’espaces espaces de rencontre et de dialogue entre allochtones et autochtones, dans une optique de respect et de connaissance mutuels. Il s’agit de tisser des liens de confiance pour favoriser la construction d’une société canadienne véritablement inclusive, sans toutefois mettre de côté les enjeux sensibles et essentiels, dont au premier chef les effets néfastes du colonialisme au Canada et au sein de l’Église catholique. Le guide de dialogue a aussi pour objectif d’être utilisé en complément de l’exercice des couvertures de KAIROS.

L’indignation serait mortifère si elle ne débouchait pas sur l’action et la concertation, afin d’inverser le cours des choses, fut-ce à petite échelle. C’est en cela qu’un tel projet m’enthousiasme. Les premières réunions de ce comité consultatif ont fait émerger une réelle communion d’esprit entre tous ses membres, qu’ils fussent autochtones ou allochtones, francophones ou anglophones.

Comme bon nombre de Québécois, de Canadiens et de catholiques, j’ai été profondément bouleversé par les témoignages horribles que j’ai lus et entendus en marge des travaux de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada. Même si ma formation d’historien m’avait mille fois exposé aux horreurs du colonialisme, de même qu’aux violences perpétrées par les puissances coloniales contre les peuples autochtones des Amériques, j’avais eu tendance à cantonner ces horreurs et cette dépossession dans un passé lointain. Refusant ainsi de voir mais aussi d’admettre que les séquelles du colonialisme et du racisme demeurent profondément enracinées non seulement dans la psyché d’un trop grand nombre de nos concitoyens mais aussi dans les injustices bien réelles qui continuent d’accabler les peuples autochtones au Canada – dans l’indifférence la plus complète.

Cette prise de conscience citoyenne — drastique et brutale — s’accompagnait aussi d’une contrepartie religieuse pour le croyant que je suis, eu égard au rôle actif joué par diverses communautés religieuses catholiques dans ce génocide culturel perpétré contre les peuples autochtones. Je me serais cependant attendu à ce que l’Église catholique du Canada fasse acte de contrition et s’engage résolument dans une authentique démarche de réconciliation avec les communautés autochtones, inuit et métisses, dans la sillage des Appels à l’action de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada. Aussi ai-je été profondément outré par le refus du pape et des évêques catholiques du Canada d’adresser des excuses officielles aux Autochtones. J’ai également outré par le refus de bon nombre de mes concitoyens à admettre leur part de responsabilité dans ce crime collectif, les sécularistes préférant blâmer l’Église, les nationalistes blâmant quant à eux le gouvernement fédéral de John A. McDonald. Cette mémoire sélective et ce refus de faire face collectivement à cette tragédie indicible suppose un travail de longue haleine, et ce, tant au sein de l’Église que dans l’ensemble de la société canadienne.

L’indignation serait mortifère si elle ne débouchait pas sur l’action et la concertation, afin d’inverser le cours des choses, fut-ce à petite échelle. C’est en cela qu’un tel projet m’enthousiasme. Les premières réunions de ce comité consultatif ont fait émerger une réelle communion d’esprit entre tous ses membres, qu’ils fussent autochtones ou allochtones, francophones ou anglophones. Tous s’entendent sur l’urgence de faire face collectivement aux séquelles durables du colonialisme. Tous reconnaissent toutefois qu’une telle prise de conscience peut être une source de peur et d’inconfort pour nos communautés de foi et pour nos concitoyens. La démarche pédagogique qui sera au cœur de ce guide entend faire face à ces peurs et inquiétudes. D’abord, en favorisant la rencontre entre allochtones et autochtones. Ensuite en mettant en place un climat de confiance et de respect mutuels, par le biais de rencontres en petits groupes, fondée sur le dialogue et l’écoute. Enfin, en arrimant ces rencontres de dialogue avec l’exercice des couvertures développé par Kairos; exercice qui permet aux partipant-e-s de revivre et de ressentir — jusque dans leur chair — la violence du processus de dépossession coloniale.

Frédéric Barriault
Centre justice et foi

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