Mon premier contact avec le père Rocheleau remonte à ma deuxième année de noviciat, en 1955. Il avait été nommé pour assister le jeune maître des novices, Hervé Gaulin, qui était entré dans la Compagnie la même année que lui. Je me souviens surtout d’avoir été impressionné par sa voix grave et bien posée et son air sérieux, qui me laissait croire, comme aux autres novices, que tout ce qui sortait de sa bouche était très important. Une des tâches qui étaient assignées au socius était de commenter les règles communes. Il le faisait en lisant de notes qu’il avait probablement reçues de ses prédécesseurs et qu’il n’avait pas eu le temps de bien étudier. Il lui arrivait donc, parfois, de nous lire un passage de ses notes, puis de réagir en fronçant les sourcils, pour signifier qu’il ne voyait pas la pertinence du propos qu’il venait de nous transmettre.

Je me suis retrouvé dans la même communauté que le Père Rocheleau en 1975, alors que j’étais le supérieur au Centre Vimont et que j’avais à veiller sur le bien-être de plus de 50 compagnons dont j’étais le plus jeune. Le Père Rocheleau avait, comme principale activité, le ministère des Exercices Spirituels, qu’il avait commencé à exercer en 1966, qui l’amenait à s’absenter régulièrement de la communauté. Ce ministère, il ne s’en détachera vraiment qu’au moment de la fermeture du Centre Vimont, en 2012. Durant plus de quarante ans, il accompagnera le mois des Exercices Spirituels presque à chaque année et jusqu’à trois fois dans la même année. Son public était surtout composé de religieuses, dont plusieurs venaient le rencontrer régulièrement et auxquelles il envoyait fidèlement une lettre de bons vœux, au temps des fêtes, avec son itinéraire apostolique de l’année qui allait commencer et sur lequel figuraient les dates des retraites qu’il allait donner et les communautés de religieuses auxquelles il s’adresserait.

Il n’a jamais eu le physique d’un athlète. Mais il a toujours accordé de l’importance, dans sa vie, à la marche et à la natation, pour se tenir en forme. Quand il le pouvait, surtout dans les maisons de vacances, il aimait se consacrer à des travaux de jardinage, en enlevant les broussailles. C’est ce qu’il continue encore à faire, à 101 ans, à la Villa Saint-Martin.

Le Père Jean-Marie Rocheleau est, pour moi, l’incarnation du gentilhomme, ou plus encore du jésuite distingué et réservé, tout en étant ouvert aux autres et en le manifestant dans sa manière d’entrer en relation, le sourire aux lèvres et la parole toujours respectueuse et aimable à l’endroit de celui ou celle vers qui il se porte. Il est sûrement un digne représentant du missionnaire excurrens, à la manière de saint Pierre Favre qui n’hésitait pas à aller le plus loin possible pour aider des personnes désireuses d’approfondir leur relation avec Dieu.

Bernard Carrière, SJ

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Voici l’homélie prononcée par le Père Rocheleau le dimanche 21 octobre 2018 

Aujourd’hui est pour moi un cent-unième anniversaire de naissance. Merci Seigneur.

Je reconnais que tu as été magnifique pour moi durant ces 101 années de vie. J’ai mille raisons de te rendre grâce pour tout ce que tu m’as donné de vivre.

Après des études classiques chez les Pères de Sainte-Croix à Saint-Laurent et Collège diocésain de Saint-Hyacinthe, en 1935 j’entrais chez les jésuites. Déjà un oncle, le frère Raymond Rocheleau, m’y avait précédé et accomplissait comme frère coadjuteur toutes sortes de travaux.

À 17 ans, j’entrais à mon tour chez les jésuites pour y recevoir la longue formation. Puis vint le jour où je fus appelé comme prêtre à donner des retraites de 8 ou 30 jours selon les Exercices de saint Ignace à des gens qui désiraient répondre aux appels du Seigneur.

Je vous invite à remercier le Seigneur avec moi pour m’avoir appelé à exercer cet apostolat des retraites de saint Ignace, de 8 jours et de 30 jours. C’est une grande faveur qu’il m’a faite.

Merci Seigneur pour les 101 ans de vie que tu m’as donnés de vivre en santé en exerçant le merveilleux ministère des retraites ignatiennes, dont la dernière date de 2008. Je souhaite que d’autres prennent la relève pour la plus grande gloire de Dieu.

Merci à tous ceux et celles qui m’ont aidé à accomplir les vues de Dieu sur moi et m’ont accompagné de leur prière au cours de ces 101 années, spécialement dans mes années de ministère.

Jean-Marie Rocheleau s.j.
Villa Saint-Martin
9451 boulevard Gouin ouest, Pierrefonds
En ce dimanche 21 octobre 2018

 

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