Beauchemin, Gilles ( père )

mars 23, 2026

Le P. Gilles Beauchemin est décédé dans l’après-midi du dimanche 23 mars 2026, à la Résidence Notre-Dame de Richelieu où il demeurait depuis juin 2019. Il avait 90 ans. Il était atteint du diabète et de la maladie de Parkinson. Malgré ses problèmes de santé, Gilles était resté en contact avec beaucoup de personnes qu’Il avait connues, surtout à Québec, où il avait habité durant de nombreuses années.

Gilles est né le 18 mars 1936, à Montréal. Deux frères et une sœur lui survivent. Après ses études secondaires et collégiales à Montréal, aux collèges Saint-Ignace et Jean-de-Brébeuf, il était entré au noviciat de la Compagnie à Montréal, le 14 août 1957. Il prononça ses premiers vœux en 1959. Après avoir étudié la philosophie au Collège de l’immaculée-Conception, à Montréal (de 1959 à 1961), il entreprit des études en sciences physiques, à l’automne de 1961, qui le mèneront jusqu’au doctorat, en 1976. Entre-temps, il se préparera à recevoir l’ordination sacerdotale, en 1969, en suivant le cycle des études en théologie (de 1966 à 1970), au Théologat de la Compagnie, à Montréal. Il prononcera ses derniers vœux en 1976.

Gilles a raconté son cheminement spirituel et apostolique, dont on peut suivre ici le déroulement:

« Fin mars 1976. Je venais d’avoir 40 ans. Je venais de déposer ma thèse de doctorat en physique à l’Université Laval de Québec. Et je venais de présenter au père provincial, Julien Harvey, un projet de vie auprès des pauvres dans la basseville de Québec. Les années précédentes, j’avais demandé au père Larivière, provincial d’alors, la permission d’aller demeurer en milieu pauvre à Québec. Il m’avait conseillé d’attendre après la rédaction et la soutenance de ma thèse.

En 1974-1975, j’ai vécu mon 3e An avec Gilles Cusson. C’était en même temps que se tenait à Rome la 32e Congrégation Générale dont le décret 4 sur Notre mission aujourd’hui m’a profondément interpelé parce qu’il venait appuyer mon désir de vivre auprès des pauvres.

En mars 1976, j’ai fait un discernement avec Rosaire Tremblay, un jésuite, prêtre ouvrier, qui m’a aidé à préciser ce que je voulais vivre. Ce n’était pas à un engagement social et politique auquel j’aspirais. Il ne s’agissait pas non plus, à ce moment-là, d’abandonner mon travail de chercheur à l’université. Deux aspects ont émergé : être une présence auprès des pauvres et avoir un lieu de prière. C’est
ce projet que j’ai présenté au supérieur provincial.

Le père Julien Harvey n’a pas tardé à me donner son accord. Je serai rattaché à la communauté du nouveau centre de spiritualité ignatienne. Le 1er juillet 1976, j’emménageais rue Caron, dans le quartier Saint-Roch, dans un logement de cinq pièces. Dans les mois qui ont suivi, je n’ai pas fait d’action sociale ou politique pour m’insérer dans mon nouveau milieu. Je célébrais la messe le soir et des personnes engagées socialement se joignaient à moi. C’est par elles que j’ai été en contact avec des marginalisés, des ex-prisonnières, des handicapés physiques et des voisins. Leur contact transformait ma prière. Puis j’ai accompagné des personnes dans les Exercices Spirituels. Mon logement devenait un petit centre d’animation spirituelle ou se regroupaient pour la prière quelques personnes engagées socialement.

Au cours des deux années suivantes, j’ai continué mon travail de recherche postdoctorale à l’Université Laval. Lorsque je suis arrivé au terme de mon contrat, qui ne pouvait être renouvelé, j’ai demandé au supérieur provincial d’abandonner la physique et de poursuivre à temps plein mon insertion dans le quartier. Ce dernier m’a donné son consentement en m’invitant à garder un contact avec le milieu universitaire. Durant plusieurs années, j’ai collaboré avec le Service de Pastorale de l’université en célébrant la messe en semaine et le dimanche. Ma présence en basse-ville me donnait le sentiment d’être un témoin des pauvres
auprès des universitaires.

En janvier 1981, mon logement a été incendié. J’ai déménagé dans un logementplus petit. Plus modestement, il était un lieu de rassemblement et de prière. Entretemps, mes activités s’étaient orientées vers l’Arche : j’allais chaque semaine à l’Arche de St-Malachie et j’étais proche de l’Arche de Québec. Finalement j’ai demeuré pendant plus de quatre ans dans un foyer de l’Arche. Tout ce temps passé auprès de l’Arche, puis dans l’Arche même, continuait à soutenir chez moi ce double aspect de présence auprès de personnes handicapées et de prière. La spiritualité de l’Arche me rejoignait profondément et j’en ai été longtemps nourri.

À partir de 1994, ma présence à la Maison Dauphine prenait aussi toute sa signification : proximité des jeunes marginalisés et lieu de prière (la chapelle de la maison) où je célébrais la messe avec beaucoup de contentement, même si l’assemblée de fidèles était clairsemée : je voyais beaucoup d signification à ce que cette maison d’accueil pour les jeunes en difficulté soit aussi, aux yeux de tous, la maison de Dieu.

Depuis 2001, ma présence en Haïti trouve aussi pour moi sa signification dans ce double aspect : être baigné dans une masse de misère et être contraint à la prière, sinon ce serait la désespérance. Il y a une continuité profonde avec ce qui m’a animé jusque-là. »

Gilles Beauchemin a demeuré en Haïti jusqu’en 2015. À son retour au Canada, il est revenu habiter à Québec, jusqu’à ce que ses problèmes de santé exigent qu’il vienne résider à Richelieu en 2019.

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