par P. Richard Soo, SJ
Un :
Le fils d’un couple de paroissiens a été tué le mois dernier. C’était leur enfant unique. Il a été tué par Moscou. Tué alors qu’il défendait son peuple. C’est une perte indescriptible, infinie. Chaque fois que je les vois à l’église, je vois leur fils.
Dans les Églises byzantines, une pratique du Carême que nous aimons particulièrement est celle qui consiste à multiplier les communions, deux ou trois fois plus que le reste de l’année.
Toutefois, l’Église nous encourage également à pratiquer une deuxième forme de communion, une communion « horizontale ». Il s’agit de la communion avec nos sœurs et nos frères ici-bas, en particulier ceux qui sont opprimés, qui sont victimes et qui souffrent. Le mot « solidarité » est un terme moins religieux pour décrire ce type de communion.
Saint Dorothée de Gaza disait : « Plus on est uni à son prochain, plus on est uni à Dieu. » Le Carême signifie pour nous à la fois l’unité avec Dieu là-haut et l’unité avec notre prochain, qu’il soit à nos côtés ou à l’autre bout de la planète.
Jésus définit le « prochain » non pas par sa situation géographique, mais par sa souffrance. La souffrance de mes paroissiens est aussi la mienne, c’est aussi la souffrance de Dieu… et celle du Christ sur la croix.
Deux :
Mon ami, le père Mike, récemment ordonné en Ukraine, a failli être tué. Lorsque la sirène d’alerte aérienne a retenti, il a saisi sa jeune femme, leur bébé et sa mère et s’est précipité à l’extérieur. La roquette a immédiatement frappé leur appartement. Ils étaient sains et saufs, mais avaient TOUT perdu.
Saint Jean Chrysostome a dit : « Nourrir les affamés est une œuvre plus grande que de ressusciter les morts. » La « communion horizontale » est l’un des trois piliers selon lesquels notre Église vit traditionnellement le Carême (prière, jeûne, aide aux pauvres). J’ai des photos de mon ami, le père Mike, pendant les bombardements russes, célébrant l’Eucharistie avec ses paroissiens dans un abri souterrain anti-bombe au milieu des canalisations d’égout.
Plus je fais l’expérience de la communion dans l’Église, plus cela m’inspire à m’unir au Christ dans mon prochain qui souffre. Et plus je rencontre le Christ dans mon service et ma solidarité avec les pauvres, plus je me sens proche de Dieu.
Sainte mère Teresa disait : « Avant, je priais pour que Dieu nourrisse ceux qui ont faim… mais maintenant, je prie pour qu’il me guide, afin que je fasse ce que je dois faire. Avant, je priais pour obtenir des réponses, mais maintenant, je prie pour avoir la force. Avant, je croyais que la prière changeait les choses, mais maintenant, je sais que la prière nous change et que nous changeons les choses. »
Nous nous rapprochons de l’unité avec Dieu à la fois en recevant le corps du Christ à l’autel ET en servant et en étant solidaires avec le corps du Christ présent dans nos prochains, en particulier ceux qui sont victimes de persécutions et d’agressions.
Trois :
Je ne peux pas oublier la photo du dos de mon ami Matt, les marques de torture laissées par la « police » de Pékin.
Je veux oublier. Je veux m’enfuir, me réfugier dans un endroit heureux. Le Carême est aussi un lieu de combat spirituel. Dieu m’invite à la communion, y compris à la communion « horizontale », à l’amour et à la solidarité envers ceux qui souffrent. Dieu m’invite à ma propre guérison en accueillant la douleur avec son amour. Le père Kosicki, CSB, a dit que la miséricorde, c’est « avoir dans son cœur la douleur des autres et se donner la peine de faire quelque chose pour soulager leur douleur ».
C’est une tentation naturelle que de craindre d’être submergé par toute l’obscurité qui règne dans notre monde aujourd’hui. Mais prenons courage, en nous souvenant de ce que le grand théologien suisse Karl Barth a dit à la veille de sa mort : « Oui, le monde est sombre. Ne vous découragez pas ! Jamais ! Car il n’est pas seulement gouverné à Moscou, à Washington ou à Pékin, mais depuis les hauteurs, depuis le ciel. »
