par Bryan Manning, SJ

L’Avent est une période d’écoute, d’attente et de réponse, une tension sacrée entre promesse et accomplissement. C’est la longue inspiration de l’Église avant l’Incarnation, le silence avant que Dieu ne se manifeste à nouveau par la chair. Comme Marie, Joseph et les prophètes, nous sommes suspendus entre la peur et la confiance, invités à dire « oui » à un Dieu qui continue de venir dans notre monde à travers nos vies fragiles. En ce sens, l’Avent et la vocation sont indissociables : chaque appel authentique est un écho de la première Annonciation, un espace où Dieu désire habiter parmi nous.
Nulle part ailleurs je n’ai ressenti aussi profondément ce paradoxe de l’Avent qu’ici, en tant que scolastique jésuite servant comme aumônier de prison à Regina. Les hommes que j’accompagne, en particulier ceux qui sont en détention provisoire, comprennent mieux que quiconque ce qu’est l’attente. Ils attendent leur condamnation, leurs programmes, leurs visites, leur résolution. Ils attendent également dans un sens plus large et plus spirituel : ils sont en suspens entre ce qu’ils ont été et ce qu’ils pourraient devenir. Innocents jusqu’à preuve du contraire, beaucoup endurent des mois, voire des années, d’incertitude profonde, et vivent dans un creuset d’anxiété, de désespoir, d’ennui, de colère et de solitude douloureuse. Pourtant, au sein de ce creuset, quelque chose de sacré s’éveille.
Un homme m’a dit que le confinement, qui est une période où les détenus sont enfermés dans leur cellule pour des raisons de sécurité, ressemblait fort à une retraite, un moment pour prier, lire et se reposer sans être dérangé. Pour d’autres, cette expérience devient un espace brut d’introspection : promesses remémorées et non tenues, regrets nommés, et la question de Dieu surgissant des méandres du désespoir. Dans ces moments-là, l’Avent révèle son visage caché.
La prison devient non seulement un lieu de pénitence (rappelons-nous ici la racine du mot « pénitencier »), mais aussi un désert où la conversion est possible, où le hamartia grec – manquer la cible – est reconnu et où le chemin de la lumière est doucement rappelé. Les souvenirs de la venue du Christ sont remués.
À l’approche de l’Avent, je me suis senti attiré par les écrits du martyr jésuite Alfred Delp, qui a rédigé des sermons depuis sa cellule de prison nazie avant son exécution. Delp comprenait ce que signifiait attendre le Christ enchaîné, entendre l’appel de Dieu dans le silence et l’ombre. Il écrivait à propos de la vocation : « Comprendre et accomplir la vocation d’un grain de blé, cet appel à se donner sans compter, à se sacrifier pour donner de soi-même jusqu’à la mort, à faire rayonner sa propre substance pour le bien des autres » [1]
largement, il saisit la nature kénotique de toutes les vocations : se donner pleinement, être rempli du Christ illuminé, afin que les autres puissent en être témoins.
Quelqu’un m’a dit un jour qu’il n’y avait pas d’athées en prison. J’ai vu des hommes demander à prier le rosaire, citer les Écritures et débattre de théologie avec sincérité et profondeur. Une nuit, en traversant la cour de la prison, j’ai remarqué comment les barbelés au sommet des clôtures scintillaient sous les projecteurs de la tour de garde. Cela m’a rappelé le clair de lune brillant sur les clochers et les flèches en tôle des églises du Québec. Et pendant un instant, la prison m’est apparue comme une étrange cathédrale, bondée de fidèles attendant la miséricorde, aspirant à la lumière, attendant la Parole.
N’est-ce pas ça, l’Avent ? Le Christ qui vient tranquillement dans des cellules fermées, des cœurs agités et des vies oubliées. Lumen ad revelationem gentium – lumière pour éclairer les nations. La vocation, ici et partout, c’est le courage de croire que, même derrière les barreaux, même dans la honte et l’échec, Dieu continue de nous appeler, continue d’attendre, continue de nous confier le miracle de sa venue. Chaque petit « oui », offert dans l’obscurité, permet à l’Incarnation de prendre à nouveau chair – y compris là où le monde s’y attend le moins.
[1] Alfred Delp, Advent of the Heart: Seasonal Sermons and Prison Writings 1941–1944, trad. par Theodore Wiesner (San Francisco : Ignatius Press, 2006), p. 19.
