Le Carême: une liberté inattendue

par P. Gilles Mongeau, SJ

Lorsque nous pensons au Carême, nous pensons souvent à renoncer à quelque chose, comme le chocolat, les réseaux sociaux ou le café. Mais le Carême, c’est bien plus que cela : c’est la véritable liberté. La liberté du péché, de la culpabilité, de toutes les façons dont nous sommes pris au piège sans nous en rendre compte dans un monde brisé.

Au cours de la première semaine des Exercices spirituels, Ignace de Loyola nous encourage à contempler la réalité du péché. Il ne nous amène pas à nous demander : « Quelles règles ai-je enfreintes ? » Il commence par nous montrer à quel point le monde est brisé, à quel point les gens ont toujours été orgueilleux et violents, puis il nous invite à nous demander : « Quel rôle est-ce que je joue dans cette histoire ? »

Cela peut être inconfortable. Nous savons que nous ne sommes pas seulement des spectateurs innocents des problèmes du monde. Nous perdons patience. Nous jugeons. Nous colportons des ragots. Nous profitons de systèmes qui ne sont pas toujours équitables. Nous faisons parfois ce que font les autres au lieu de faire ce que nous savons être juste.

Mais voici la partie importante : après nous avoir invités à être honnêtes avec nous-mêmes, saint Ignace nous invite à nous émerveiller.

Nous émerveiller d’être encore aimés.

Nous émerveiller que Dieu ne nous ait pas abandonnés, mais qu’il nous ait soutenus à travers sa bonne création.

Nous émerveiller que la miséricorde soit plus grande que notre autodestruction.

Cette expérience d’émerveillement est la clé. Le fruit du Carême n’est pas la culpabilité, mais l’émerveillement rempli de gratitude d’être un pécheur aimé.

La vocation de saint Matthieu, Caravage

Nous voyons que le péché n’est pas seulement quelque chose de personnel ; il a un effet sur des communautés entières. Des personnes sont exclues, blâmées ou ignorées pour que d’autres se sentent en sécurité. La Croix met en lumière cet état de bouc émissaire : Jésus est l’innocent qui est rejeté et condamné. Ses persécuteurs se sentent unis, mais à un prix terrible.

Lorsque nous pensons à Jésus sur la croix, nous commençons à comprendre les moments où nous avons suivi la foule au lieu d’aider ceux qui étaient dans le besoin. Mais Jésus ne condamne pas depuis la croix. Il pardonne. Il crée une nouvelle voie.

En ce mercredi des Cendres, le pape Léon XIV nous rappelle que la conversion ne concerne pas l’apparence des choses. Il ne s’agit pas d’avoir l’air religieux ou d’essayer d’impressionner qui que ce soit. Dieu ne s’intéresse pas aux vêtements déchirés ; il veut que les cœurs changent. La prière, le jeûne et les dons à des œuvres caritatives ne sont pas seulement des moyens de montrer à quel point vous êtes spirituel. Ce sont des moyens de revenir à la maison.

La prière nous aide à nous arrêter et à écouter. Elle fait taire le bruit constant qui nous dit ce que nous devons vouloir et avec qui nous devons rivaliser.

Le jeûne nous aide à comprendre ce qui compte vraiment pour nous. Il fait de la place pour Dieu dans nos cœurs.

Donner aux autres nous rend plus généreux. Cela nous aide à soutenir ceux qui sont en difficulté, plutôt que de les ignorer.

Ces pratiques simples sont des étapes vers la liberté.

Lorsque nous sommes honnêtes au sujet de nos péchés, tant ceux que nous avons commis personnellement que ceux que nous avons commis ensemble en tant que groupe, quelque chose de surprenant se produit. Au lieu de nous sentir désespérés, nous trouvons l’espoir. Au lieu de nous sentir honteux, nous trouvons le pardon. Au lieu de la peur, nous trouvons l’amour.

Et puis nous commençons à nous poser une autre question, celle qu’Ignace de Loyola aimait poser : « Qu’ai-je fait pour le Christ ? Que fais-je pour le Christ ? Que puis-je faire pour le Christ ? »

Le Carême, c’est devenir libre. Assez libre pour aimer, pour pardonner, pour soutenir ceux qui souffrent. Libre de vivre comme des personnes qui savent qu’elles sont profondément, véritablement et toujours aimées.

Nous passons de la poussière à la miséricorde, de la miséricorde à la mission.

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