Pendant la période de Noël, nous nous souvenons que Dieu ne vient pas dans le monde avec puissance et grandeur. Il vient discrètement. Jésus naît dans une famille pauvre, dont l’avenir est incertain, dans un endroit où personne ne l’attend. Ce ne sont pas les dirigeants ni les institutions qui célèbrent sa naissance, mais les bergers et les voyageurs, des gens ordinaires qui vivent en marge de la société. Ce détail n’est pas d’ordre sentimental, il est le fondement même de notre foi. Dieu se rapproche des personnes ignorées et vulnérables, plutôt que des puissants.
Il vient pour être avec nous, et non au-dessus de nous.
Cette année, nous célébrons Noël dans un monde marqué par la fragilité. Certains vivent dans le conflit ou le deuil. D’autres sont stressés ou isolés. Beaucoup sont épuisés par des fardeaux dont ils ne parlent pas toujours. Dans le monde qui nous entoure, nous voyons les inégalités s’aggraver et la confiance s’éroder. Pourtant, les paroles de l’ange continuent de résonner : « N’ayez pas peur. » Cette affirmation est loin d’être naïve, et elle n’est pas non plus une promesse que les choses deviendront faciles. Elle est le signe que la grâce pénètre même ce qui est douloureux. Quelque chose de nouveau peut renaître, même dans les endroits où règnent la fatigue et le doute.
La récente exhortation papale Dilexi Te (2025) s’adresse à ceux qui ont consacré leur vie à Dieu, mais elle invite chacun d’entre nous à retrouver l’urgence de l’amour. Elle n’évoque ni le confort ni le sentiment, mais le mouvement, et rappelle que l’amour n’est pas seulement quelque chose à ressentir. C’est quelque chose à mettre en œuvre, quelque chose qui doit prendre forme dans nos vies et nos choix. Si l’Incarnation est vraiment le mystère qui se trouve au cœur de notre foi, alors elle est plus qu’une affirmation théologique. C’est une invitation à rechercher là où Dieu réside déjà. La naissance du Christ nous pousse vers l’extérieur, et non vers l’intérieur.
Le pape Léon XIV rend cette orientation très claire. Il nous rappelle que Jésus s’est rangé du côté des pauvres et des exclus. Sa vie publique faisait écho aux circonstances de sa naissance. Le Verbe incarné a choisi de marcher avec ceux qui portaient des blessures et qui étaient souvent mal accueillis. Si nous prétendons suivre le Christ, nous ne pouvons pas le suivre uniquement avec de bonnes intentions. Nous devons également le suivre concrètement, en allant vers ceux qui sont aux marges et dans les lieux où la dignité est menacée.
En tant que prêtre jésuite, j’ai servi des hommes en prison et accompagné des personnes toxicomanes dans les rues urbaines. Ce ne sont pas des endroits faciles, mais ils m’ont révélé quelque chose d’essentiel. Jésus se trouve souvent là où on s’y attend le moins, dans les voix longtemps ignorées et les moments douloureux et bruts. Mon expérience n’est pas inhabituelle. Le charisme de la Compagnie de Jésus appelle beaucoup de gens à partager cette grâce. Mes frères jésuites et bon nombre de nos partenaires dans la mission sont attirés par les périphéries.
Si nous croyons que Jésus est le divin réconciliateur, celui qui est venu guérir les divisions, alors nous devons être prêts à nous tenir aux côtés de ceux qui sont séparés ou mis à l’écart. Ce n’est ni une stratégie ni un slogan. Mais c’est la conséquence naturelle du discipulat. La grâce de Noël refuse de rester enfermée entre des murs ou à l’intérieur de frontières. Elle s’oriente vers ce qui est fracturé. C’est là que le Christ continue d’être présent, et c’est là que nos ministères jésuites continuent de servir avec conviction et dévouement.
À tous ceux qui participent à cette mission, par leur travail, leurs prières ou leur soutien financier, merci ! Votre engagement contribue à faire de l’Évangile une vivante réalité. Que la grâce continue de guider vos pas et que la paix règne dans vos foyers. À l’aube de cette nouvelle année, tâchons de ne jamais nous lasser de rechercher notre Seigneur dans les personnes et les lieux que notre monde ignore.
C’est là que l’enfant Jésus nous attend encore.
