10. L’histoire du chef rebelle qui ne voulut fléchir

10. L’histoire du chef rebelle qui ne voulut fléchir

Lorsque la Judée fut assujettie par la Grèce, beaucoup de juifs se rallièrent au nouveau régime qui favorisait une libéralisation inouïe des moeurs. On construisit même, en plein Jérusalem, un gymnase où les jeunes juifs pratiquaient le sport nus, à la manière grecque; et l’on fit disparaître toute trace de la circoncision rituelle qui distinguait le juif de ses concitoyens.

Alors, entre les années 175 et 164 (avant notre ère), le roi Antiochus Épiphane IV, fort des résultats obtenus sous sa tutelle, déclencha une forte répression religieuse. Il voulut que tous les peuples de Palestine ne fassent qu’une seule grande nation helléniste. Pour cela, il fallait que tous rendent un culte unique aux divinités grecques, au sein desquelles siégeait le Roi de l’Empire. Il promulgua des édits qui obligeaient tout le monde à sacrifier aux dieux étrangers. Il envoya des inspecteurs, officiers royaux, parcourir le pays et voir à ce que tous exécutent ses ordres. Quiconque refusait de manger les aliments sacrifiés aux dieux – nourriture impure pour les juifs et, de surcroît, hommage rendu aux idoles païennes – devait être tué sur place. De même, les femmes qui faisaient circoncire leur bébé naissant devaient être tuées, le poupon pendu à leur cou, et avec elles ceux qui avaient pratiqué l’opération. C’est alors qu’on vit des martyrs authentiques, comme le vieil Éléazar de 90 ans qui refusa de “feindre” rendre un culte en mangeant des viandes substituées aux autres; on l’égorgea sur place. Aussi cette héroïque mère de famille qui assista au martyre de ses sept enfants, les soutenant de son courage et de sa foi, avant d’être sacrifiée à son tour.

Or, il y avait dans la ville de Modin, un homme avancé en âge, qui s’appelait Mattathias, “fils de Jean, fils de Siméon, prêtre de la lignée de Ioarib”. Il avait cinq fils nommés Jean, Simon, Judas, Éléazar Jonathès. C’était un homme pieux, de grande foi et d’un courage à toute épreuve. Il venait d’une famille sacerdotale très croyante et facilement guerrière. Devant la persécution qui sévissait, il exhorta les siens, ses fils et ses frères, à ne pas rester les bras croisés. Le Livre sacré rapporte ses paroles face aux événements qui se produisaient dans le pays:

Malheur à moi! Suis-je né pour voir la ruine de mon peuple et la ruine de la ville sainte et pour rester assis tandis que la ville est livrée aux mains des ennemis et le sanctuaire au pouvoir des étrangers?…

Après avoir énuméré et déploré les méfaits de l’occupation étrangère, la Bible dit que “Mattatias et ses fils déchirèrent leurs vêtements, revêtirent des sacs et menèrent grand deuil”.

Un jour, les officiers royaux se présentèrent à Modin pour veiller à l’exécution des édits du roi. Mattathias se rendit sur la place, avec ses fils, et se tint à l’écart durant la proclamation du crieur public. Alors l’officier royal, qui avait entendu parler de lui, l’appela et lui dit:

Tu es un chef célèbre et puissant dans cette ville, appuyé par des fils et des frères. Avance donc le premier pour exécuter l’ordre du roi, comme l’ont fait toutes les nations, les chefs de Juda et ceux qu’on a laissés à Jérusalem. Tu seras toi, et tes fils, parmi les amis du roi; toi et tes fils serez honorés de dons en argent et en or ainsi que d’une quantité de cadeaux.

Des cadeaux pour renier sa foi! Vous comprenez qu’il n’en fallait pas tant pour mettre le feu aux poudres. Le Livre raconte que Mattathias répondit d’une voix forte:

Quand toutes les nations établies dans l’empire du roi lui obéiraient, chacune désertant le culte de ses pères, et se conformant à ses ordonnances, moi, mes fils et mes frères, nous suivrons l’alliance de nos pères. Le Ciel nous garde d’abandonner Loi et observances! Nous n’écouterons pas les ordres du roi. Nous ne dévierons de notre religion ni à droite ni à gauche.

Alors, dit la Bible, “dès qu’il eut achevé son discours, un juif s’avança à la vue de tous, pour sacrifier sur l’autel de Modin, selon le décret du roi. À cette vue, le zèle de Mattathias s’enflamma et ses reins frémirent. Pris d’une sainte colère, il courut et l’égorgea sur l’autel”. Quant à l’homme du roi qui obligeait à sacrifier, il le tua dans un même temps, puis il renversa l’autel.” Profitant alors du court répit qui suivit le meurtre de l’officier royal, Mattathias parcourut les rues de la ville en appelant à se joindre à lui tous ceux qui voudraient résister à l’envahisseur païen. Il criait: “Quiconque a le zèle de la Loi et maintient l’alliance, qu’il me suive”.

En compagnie de ses fils, de ses frères et de ceux qui répondirent à son appel, Mattathias s’en fut dans les montagnes où commença une guérilla demeurée célèbre dans les annales de Judée. De même, beaucoup de gens de Modin se réfugièrent dans des endroits cachés du désert. Avisé de tous ces événements, le roi entra en grande colère. Il regroupa un fort contingent de soldats et partit à la recherche des gens retirés au désert où ils étaient plus vulnérables. Il les trouva. Or, imaginez, c’était un jour de Sabbat, et un millier de juifs, bien fidèles à la loi sabbatique, hommes, femmes et enfants, se laissèrent tuer sans opposer la moindre résistance, sans lancer de cailloux ni sortir leurs bâtons…

Au su de cette nouvelle, Mattathias réunit ses fils et ses frères. Après mûre réflexion, on décida officiellement que, si l’ennemi attaquait encore un jour de Sabbat, il n’irait pas contre le commandement de Dieu de se défendre ce jour-là: sinon l’on acceptait le risque de voir le peuple juif exterminé de la face de la terre, rien de moins! C’est ainsi que guerres et guérillas se succédèrent durant plusieurs décennies en Judée, Samarie et Galilée. Secrètement, les hordes de Mattathias allaient détruire les autels païens, et parfois tuer les apostats qu’ils y rencontraient. Les armées du roi poursuivaient difficilement leurs attaques pour dénicher les rebelles et maîtriser toute révolte du peuple.

Cependant, vieilli par les années et le dur labeur, Mattathias sentit venir sa fin. Il appela ses fils et leur dit:

Voici maintenant le règne de l’arrogance et de l’outrage, le temps du bouleversement et l’explosion de la colère. Ayez donc le zèle de la Loi, mes enfants, et donnez vos vies pour l’alliance de nos pères. Souvenez-vous des oeuvres accomplies par nos pères en leur temps, vous gagnerez une grande gloire et un nom immortel…

Il rappela le long combat de ces ancêtres valeureux, depuis Abraham jusqu’à Daniel, repassant la liste des saints d’Israël qui forgèrent le peuple de Dieu. Il conclut en disant:

Et ainsi considérez que de génération en génération tous ceux qui espèrent en Lui ne faiblissent jamais. Ne redoutez point les menaces de l’homme pécheur, car sa gloire s’en va au fumier et aux vers; aujourd’hui il est exalté et demain on ne le trouve plus, car il retourne à la poussière d’où il est venu et ses calculs anéantis. Mes enfants, soyez vaillants et forts pour la défense de la Loi, parce que c’est elle qui vous comblera de gloire.

Puis, il nomma le troisième de ses fils, Judas, un superbe guerrier, pour lui succéder à la tête du mouvement de libération. “Après cela il les bénit et fut réuni à ses pères”. C’était en l’an 166, la neuvième du règne de l’impie Antiochus Épiphane IV.

Judas prit la relève de son père avec un tel acharnement qu’on lui donna le nom de “maccabée”, qui signifie “marteau”, tant il frappait fort et juste. On note, dans le Livre, que Judas poursuivit son oeuvre avec la foi ardente que lui avait transmise Mattathias: il n’allait pas au combat sans avoir beaucoup prié, et toutes ses victoires, spectaculaires ou pas – et parfois miraculeuses -, il les attribuait au Seigneur qu’il honorait d’un culte public. Croyez-le ou non, c’est à partir de Judas – et de ses frères qui prolongèrent la guerre de libération – que l’on commença à croire au “purgatoire”, dans le Livre de la Révélation. Car les frères Macchabées offraient toujours des sacrifices pour le repos de l’âme de ceux qui tombaient au combat. Autre curiosité, ce sont les descendants des Macchabés, ces gens de Foi et de Loi, qui donneront les futurs pharisiens et saducéens du temps de Jésus de Nazareth.

Quant au roi Antiochus, il mourut deux ans après Mattathias, en 164, lors d’une guerre qui le conduisit aux portes du royaume de Babylone où il espérait s’emparer d’immenses richesses. Il mourut d’une mort terrible, rongé par les vers, dans la solitude d’une montagne inhospitalière. La Bible prétend qu’Antiochus lui-même y aurait vu un châtiment divin pour avoir souillé le Temple de Jérusalem, volé tous ses vases d’or et d’argent, et déposé sur le grand autel des sacrifices la statue de Zeus Olympien, “abomination de la désolation”. Seul Dieu, sans doute, peut rendre compte de cette prétention.

Lectures

Bible – Premier livre des Maccabées chapitre 1 à 3.