18. La belle histoire de l’homme libre qui libérait les autres

18. La belle histoire de l’homme libre qui libérait les autres

En ce temps-là, les gens vivaient de peur. Ils étaient terrorisés par une obsession: le contact de l’impur… qui te rendait impur. Et être impur te séparait de tous: tu ne pouvais même pas t’approcher de Dieu! Et encore moins du peuple que tu risquais de contaminer consciemment. Tu imagines la lourde surveillance quotidienne à exercer… sans être sûr de n’avoir pas succombé, de n’avoir pas été contaminé déjà par l’environnante impureté. C’était là le lourd fardeau que les Maîtres de la Loi faisaient peser sur les épaules des pauvres gens pour mieux les soumettre à leur gouverne.

Les prescriptions sur l’impur étaient innombrables. Surtout le sang rendait impur. Donc par ses menstruations la femme était impure, et l’on devait l’éviter. Même accoucher d’un enfant constituait une impureté qui mettait en quarantaine; ensuite, il fallait passer par le Temple et payer l’impôt! Tu te rappelles la fameuse “purification au Temple” de la jeune vierge Miriâm? Beaucoup de personnes étaient ainsi marquées par l’infamie et se trouvaient marginalisées: le lépreux, le publicain, le fou, le possédé, le malade, le mutilé, le paraplégique, le samaritain, l’étranger… Oui, impur si tu manges avec un publicain, un samaritain ou un non-juif. Impur si tu entres dans la maison d’un païen, touches un lépreux ou un cadavre, manges sans te laver les mains. Bien plus, non seulement les personnes impures te rendent impur, mais les animaux sont à surveiller de près. Si un animal impur – le typique lézard par exemple – passe au dessus de ton plat, tu ne peux te contenter de laver le plat, de le frotter, de le désinfecter; il faut le détruire. De même, si une bestiole ou le cadavre d’un insecte tombe dans un four, tu ne te contentes pas de le nettoyer mais dois aussi le détruire. À la longue, ça coûtait cher la pureté!

Mais vint un homme qui avait exorcisé cette obsession de sa vie. Il s’appelait Iéshoua bèn Élión, simple galiléen de naissance, fils de charpentier. Il grandit dans ce monde où l’impur guette de toute part et gâte toute joie de vivre. Il apprit certes, au début, qu’il fallait laver, nettoyer, ne pas manger, ne pas s’approcher, ne pas parler avec qui d’impur. Mais, toujours rempli du Souffle de Dieu qui l’animait, Iéshoua apprit à vivre de l’essentiel, relativisant comme secondaire ce qui est secondaire. Il était venu pour “accomplir” la Loi, c’est-à-dire lui faire atteindre son véritable but comme chemin qui conduit à l’Esprit. Et il prit conscience de l’hypertrophie que les spéculateurs puristes avaient fait subir à la Loi, la surchargeant de règles et de réglettes, de rites insignifiants pour acquit de conscience et fausse justification. Il voyait surtout l’esprit d’esclave que cette interprétation de l a Loi développait dans le coeur des pauvres gens. Le lourd fardeau des lois humaines, accrochées faussement à la Loi divine, avait marqué la culture juive qui se culpabilisait de tout.

Il fallut la liberté intérieure et le courage audacieux du jeune Iéshoua, marqué de l’Esprit, pour se porter à l’encontre des coutumes légalistes, jusqu’à contredire des impératifs culturels ancrés dans la mentalité de son peuple. Il toucha les lépreux, secs ou purulents; il se laissa toucher par la femme au flux de sang; il mangea avec les publicains; il accueillit les pécheurs et les pécheresses; il appela un publicain au rang de ses disciples; il toucha des cadavres pour les ramener à la vie; il guérit des malades le jour du sabbat, en pleine synagogue, enseignant que le sabbat est fait pour l’homme et non le contraire.

Et les gens voyaient que Iéshoua touchait et n’était pas impur, vivait et parlait du Dieu Abba. Ils voyaient que la vie, la libération, la guérison découlaient de sa parole et de son toucher. Ils voyaient surtout qu’il guérissait le monde des esprits impurs, qu’il les délivrait de cet esprit malsain qui engendrait des peurs malsaines et mortelles. Et ils commencèrent à dire: “Le royaume de Dieu est arrivé parmi nous, nous n’avons plus peur, nous croyons en l’Esprit de Dieu qui nous fait vivre, et nous connaissons la paix”.

L’Esprit impur ne désarma pas pour autant: il corrompit les cervelles pensantes des puissants du temps. On mit à mort Celui qui agissait trop à l’encontre de l’ordre établi. Et l’Esprit de mort se félicitait encore de sa victoire quand Elohîm , le Très-Haut, ressuscita Iéshoua de Nasèrèt mettant ainsi un terme au règne de la corruption et de la Mort. Bien des siècles auparavant, le vieil Iesha‘yahou l’avait entrevu et annoncé dans son livre de prophétie:

Yahvé Sabaot préparera
pour tous les peuples sur cette montagne
un festin de viandes grasses, un festin de bons vins,
de viandes grasses juteuses, de vieux vins décantés.

Il enlèvera sur cette montagne
le voile de deuil qui voilait tous les peuples
et le suaire qui ensevelissait toutes les nations,
il fera disparaître pour toujours la Mort.

Pour tous, en Iéshoua mort et ressuscité, nous vient maintenant la libération du Mal. Amen.

Lectures

Bible – Lévitique chapitres 11 à 27; Isaïe chapitre 5.

– Marc chapitre 7; Jean chapitre 18; Actes des apôtres chapitre 10; Galates chapitre 5.

Autre – Carlos Mesters, Suivre Jésus à contre courant. Éd. Paulines, 1997, surtout chapitre 1.