8. L’histoire d’un élu de Dieu qui réalisa tous ses rêves, sauf un

8. L’histoire d’un élu de Dieu qui réalisa tous ses rêves, sauf un

Ami, il faudrait des livres et des livres pour te raconter la vie ardente et l’oeuvre inépuisable de l’apôtre Paulos – qui inspira l’âme missionnaire du christianisme naissant. Il n’y a pas de conte qui en rende compte adéquatement; il faut prendre le Livre de l’Annonce et le suivre à la trace. Je vais essayer de te donner une petite idée de ce que fut sa grande expérience de Dieu, lieu d’inspiration de son oeuvre unique; et te dire un mot de la brûlante déchirure qui accompagna son itinéraire. Ensuite, lis toi-même le livre des Gestes d’envoyés et les nombreuses Lettres de Paulos adressées aux premières communautés chrétiennes.

Il s’appela d’abord Shaoul et naquit à Tarse, ville de la province grecque de Cilicie, vers l’an dix de notre ère. Eh oui! il grandit en milieu grec, au sein d’une famille juive traditionnelle, d’allégeance pharisienne. Comme toutes les familles juives de la diaspora, la sienne était très fervente, voire rigide: la Loi et le Culte servaient autant d’identification sociale et culturelle que religieuse. La Synagogue était le lieu du ralliement, à tout niveau, qui créait l’unité des juifs dispersés. À cette époque, la ville de Tarse, située sur la Mer Égée, était un lieu prospère aux plans commercial et culturel. Des gens de toutes nations s’y installaient pour commercer et développer toutes sortes d’habiletés: métiers et professions, sports, théâtre, éloquence, philosophie…

Shaoul suivit le cours de formation courant du petit juif ordinaire. De cinq ans à dix ans, il apprit la belle histoire de ses ancêtres, le Peuple élu de Dieu, comme la raconte la Tora. Il rêvait des légendes que l’on véhiculait dans toute famille pieuse. Comme il fréquenta aussi une école grecque de la cité, il éprouva certes beaucoup de fierté à comparer les grands héros d’Israël avec ceux des pauvres mythologies de ses compagnons. À dix ans, il entreprit l’étude de la Loi à partir de la Mishná, la tradition orale, qui l’obligeait à mémoriser beaucoup de textes et d’idées. Il suivit aussi le deuxième cycle des études grecques. Mais à quinze ans, à l’âge de l’étude du Talmud, des commentaires et interprétations des grands rabbins théologiens juifs, Shaoul abandonna les études grecques, celles de la rhétorique et de la philosophie qui auraient pu faire de lui un professeur, un penseur ou un philosophe éminent. Comme il avait brillé à l’école de la Synagogue, le rabbin de la communauté et le père de l’adolescent décidèrent de lui faire suivre un cours de rabbinat. On l’envoya à Ieroushalaîm où il y avait deux grandes écoles: celle de Rabbí Shammaï, de la stricte observance, interprète légaliste de la Loi, et celle de Rabbí Gamiliél, plus souple, ouvert à l’évolution historique de la Loi de vie. Shaoul fut accepté à l’école de Maître Gamiliél. Ainsi le paternel, simple tisserand pieux, réalisait le rêve qu’il avait su transmettre à son génial fiston: Ieroushalaîm, Gamiliél, docteur de la Loi. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

De fait, Shaoul brilla “aux pieds du Maître”. Encore jeune, il fut déclaré docteur de la Loi. On sait aussi que, à cette époque, un jeune juif de son âge, fréquentait la même école de sagesse: il s’appelait Stephanos, un compagnon que Shaoul devait revoir plus tard. Sa formation terminée, Shaoul revint à Tarse où il prêta ses services à la communauté qui l’avait éduqué et soutenu dans ses études. Il pouvait avoir au plus vingt ans.

On ne sait pour quelle raison, Shaoul revint à Ieroushalîm peu d’années après la fameuse Pâque qui bouleversa le pays, où l’on mit à mort Iéshouya, le maître galiléen qui avait offensé gravement la Loi divine. Dans cette histoire, ce qui frappait le plus Shaoul était le fait que le Conseil suprême du Sanhédrin avait dû intervenir directement pour condamner le maître ambulant. Beaucoup d’autres prêcheurs avaient passé avant lui, qui ne nécessitaient pas l’intervention des hautes instances de la Loi pour disparaître. Cette condamnation signifiait d’autant pour Shaoul qu’elle fut accompagnée de la pire sentence administrée à un coupable: l’infamie de la crucifixion – ce qui exigeait l’intervention du pouvoir romain.

À son arrivée, Shaoul constata l’ampleur de la ferveur populaire envers le prétendu messie mort et ressuscité. Il fut même témoin – passif mais consentant – de la lapidation de son compagnon Stephanos dont il connaissait la culture et l’intelligence. Stepahos, en son plaidoyer, avait usé des concepts historiques du salut, en partie empruntés au Docteur Gamiliél; et cela irrita Paulos. Il n’en put tolérer davantage. Son tour était venu d’entrer en jeu, de réaliser son rêve ardent de servir la cause de son Elohîm. Quoique jeune, mais fort de son excellente formation de docteur pharisien, il obtint les mandats nécessaires pour partir à la chasse des hérétiques. Il était décidé à éradiquer impitoyablement le mal qui contaminait le peuple. Il voulait rénover la ferveur et le respect de la Loi qui sauve.

Mais il décida de ne pas s’attaquer d’abord à ses congénères juifs qu’on appelait les “Apôtres, et dont plusieurs séjournaient encore à Ieroushalaîm. Il y avait à Damas une communauté de grecs qui s’étaient ralliés à la secte de Iéshoua, et qui faisaient grand tapage auprès des juifs de la ville. Connaissant leur esprit et leur langue, Shaoul décida de s’attaquer à eux afin de les dissuader et, par là, de jeter du discrédit sur la nouvelle religion. S’ils n’entendaient pas raison, il avait pouvoir de les arrêter et de les emmener en prison.

Avec un petit contingent de gardes, il se dirigea vers la ville de Damas. Il rageait intérieurement, se rappelant les propos de Stephanos qui avaient mis le feu aux poudres. S’inspirant largement des enseignements de leur maître Gamiliél, Stephanos avait évoqué la marche du peuple à partir d’Abrahâm et de ses fils, des pérégrinations d’Israël à travers Misraîm et Kena‘ân, de Ieoshoua, David, Shelomo, des grands Inspirés du temps de la Royauté; longue marche qui avait abouti, osait affirmer Stephanos, à la venue du “messie attendu”, que les Autorités avaient mis à mort. Stephanos en accusait directement ses propres bourreaux!

Shaoul chevauchait au grand galop – ses coursiers n’allaient pas assez vite! – quand soudain une longue trouée de lumière traversa le ciel et le terrassa sur le chemin, à un ou deux kilomètres de la ville où il se dirigeait. Il y eut tellement de lumière que le pauvre en devint aveugle. Shaoul cria: “Seigneur! Seigneur, qui es-tu?” De la ténèbre lumineuse, une voix se fit entendre qui disait simplement: “Shaoul, Shaoul, je suis Jésus que tu persécutes”. Lui revint alors en mémoire la parole de Stephanos au moment de rendre l’esprit: “Ah! dit-il, je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu”.

Il fallut un bon temps de repos et beaucoup de prière pour que Shaoul récupère ses esprits et la vue. Éveillé au plus profond de sa conscience et de son coeur, il se fit baptiser et reçut l’Esprit du Ressuscité. Depuis, on l’appela Paulos.

Remis de ses émois, reposé et fermement décidé à suivre la voie lumineuse qui s’était ouverte à lui, à écouter la voix intérieure qui désormais le guidait, Paulos s’en fut en Arabie où il vécut de deux à trois ans avec les Bédouins ismaéliens, appelés aussi “fils du désert”. Il y pratiqua le métier de tisserand de tentes, appris de son père à Tarse. Mais surtout il se mit à l’école du Seigneur Iéshoua qui l’instruisit directement. L’Apôtre Paulos parlera, plus tard, de sa “rencontre personnelle” avec le Christ-Messie.

Mais nous ne savons rien de précis sur ce séjour à l’école de Iéshoua.

Ensuite Paulos revint à Damas, puis à Ieroushalaîm, au milieu de ses frères chrétiens qui poursuivaient la prédication du Royaume. Il prit la parole mais sans se prévaloir ouvertement des grâces reçues en son temps de désert. Cela restera le secret intime de son être profond. Une fois, il écrira que le Seigneur Iéshoua, après de nombreuses apparitions à ses frères, lui apparut finalement, à lui, “l’avorton”… Et beaucoup plus tard, dans une circonstance où il dut se défendre contre des calomnies qui portaient atteinte à l’instauration du Royaume, il confessera à ses amis corinthiens:

Il faut se vanter?(cela ne vaut rien pourtant) eh bien! j’en viendrai aux visions et révélations du Seigneur. Je connais un homme dans le Christ qui, voici quatorze ans, – était-ce en son corps? je ne sais; était-ce hors de son corps? je ne sais, Dieu le sait, -… cet hommes-là fut ravi jusqu’au troisième ciel. Et cet homme-là – était-ce en son corps? était-ce sans son corps? je ne sais, Dieu le sait, – je sais qu’il fut ravi jusqu’au paradis et qu’il entendit des paroles ineffables, qu’il n’est pas permis à l’homme de redire. Pour cet homme-là je me vanterai; mais pour moi, je ne me vanterai que de mes faiblesses. Oh! si je voulais me vanter, je ne serais pas fou; je ne dirais que la vérité. Mais je m’abstiens, de peur qu’on ne se fasse de moi une idée supérieure à ce qu’on voit en moi ou ce qu’on entend dire de moi.

Paulos s’était préparé à être un ardent défenseur du judaïsme auquel toute sa formation l’avait ouvert avec intelligence. La brusque intervention du Seigneur Esprit, dans le fond de son être, ne modifia pas cette ardeur native à servir; elle en changea le cap à sa plus grande surprise. Paulos se consacra sans réserve à promouvoir le judéo-christianisme. Il avait immensément désiré donner sa vie pour la cause du Royaume et de sa vérité; il y dépensa toute sa vie.

Mais, devant la fermeture de son propre peuple à l’accueil du Messie révélé, il comprit que le Seigneur l’appelait à être missionnaire du Christ, “apôtre des Gentils” c’est–à-dire de ceux qui ne croyaient pas en la Révélation divine. Depuis l’an 39 jusqu’à son martyr à Rome, que l’on situe entre les années 65 et 67, il évangélisa plusieurs peuples de la Grèce et poussa sa mission, en Europe, au moins jusqu’à Rome… Des indices inclinent à croire qu’il aurait pus se rendre en Espagne; il est sûr, au moins, qu’il en nourrit le projet à partir de Rome. Ses voyages incessants, remplis des pires épreuves témoignent de son labeur infatigable. De même, ses nombreuses lettres écrites aux communautés qu’il avait fondées ou visitées: aux Colossiens, aux Corinthiens, aux Éphésiens, aux Galates, aux Philippiens, aux Romains, aux Thessaloniciens…C’est dans la même lettre à ses amis corinthiens, que Paulos fait mention des mésaventures de ses nombreux voyages:

Souvent j’ai été à la mort. Cinq fois j’ai reçu des Juifs les trente-neuf coups de fouet; trois fois j’ai été flagellé; une fois lapidé; trois fois j’ai fait naufrage. Il m’est arrivé de passer un jour et une nuit dans l’abîme! Voyages sans nombre, dangers des rivières, dangers des brigands, dangers de la ville, dangers du désert, dangers de la mer, dangers des faux frères! Labeur et fatigue, veilles fréquentes, faim et soif, jeûnes répétés, froid et nudité! Et sans parler du reste, mon obsession quotidienne, le souci de toutes les Églises! Qui est faible, que je ne sois faible? Qui vient à tomber, qu’un feu ne me brûle!

Paulos, serviteur de Dieu et apôtre du Christ réalisa tous ses rêves… sauf un! Il souffrit toujours d’une profonde douleur qui l’obséda. Sa propre conversion avait consisté en un revirement total de son être. Il avait conscience que son peuple devrait vivre la même métamorphose pour adhérer au Royaume du Ressuscité. Paulos était mal dans sa peau parce que la grande douleur qui divisait son peuple lui passait à travers le corps. Il en souffrait de tout son corps. La cause d’un Messie qu’on avait attendu durant des siècles, d’un Messie qui était venu et qui passa sans qu’on ne le reconnaisse et qui fut rejeté par son peuple, le faisait souffrir jusqu’au fond de ses entrailles – des entrailles de son être et de celles de sa profonde culture. Le refus des Juifs le tourmenta au plus haut point. Il s’en confessa, un jour:

Je vous dis la vérité dans le Christ, je ne mens point, – ma conscience m’en rend témoignage dans l’Esprit Saint, – j’éprouve une grande tristesse et une douleur incessante en mon coeur. Car je souhaiterais d’être moi-même anathème, séparé du Christ, pour mes frères, ceux de ma race selon la chair, eux qui sont israélites, à qui appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, les législations, le culte, les promesses et aussi les patriarches, et de qui le Christ est issu selon la chair, lequel est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement!. Amen.

Toutefois l’espérance difficile de Paulos ne faillit pas; elle lui conserva une assurance indéfectible. Il ne savait comment se réaliserait le destin de son peuple, mais il était sûr que celui-ci découvrirait la Lumière. Il s’en exprima aux Romains qui, pour lui, étaient de simples païens convertis au Christ, leur rappelant que la grande espérance messianique nous est venue des Juifs et que la réalisation des promesses de salut nous vient encore par un Juif, Iéshoua de Nasèrèt:

Mais je demande: Israël n’aurait-il pas compris? Déjà Moïse dit: “Je vous rendrai jaloux de ce qui n’est pas une nation, contre une nation sans intelligence j’exciterai votre dépit”. Et Isaïe ose ajouter: “J’ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas, je me suis manifesté à ceux qui ne m’interrogeaient pas”, tandis qu’il dit à l’adresse d’Israël: “Tout le jour j’ai tendu les mains vers un peuple désobéissant et rebelle”.

Je me demande donc: “Dieu aurait-il rejeté son peuple?” Certes non! Ne suis-je pas moi-même Israélite, de la race d’Abraham , de la tribu de Benjamin? Dieu n’a pas rejeté le peuple que d’avance il a discerné.

(…) Je demande donc: serait-ce pour une vraie chute qu’ils ont bronché? Certes non! Mais leur faux pas a procuré le salut aux païens, afin que leur propre jalousie en fut excitée. Et si leur faux pas a fait la richesse du monde et leur amoindrissement la richesse des païens, que ne fera pas leur totalité! (…) Car si leur mise à l’écart fut une réconciliation pour le monde, que sera leur admission, sinon une résurrection d’entre les morts.

(…) Car je ne veux pas, frères, vous laisser ignorer ce mystère, de peur que “vous ne vous complaisiez dans votre sagesse”: une partie d’Israël s’est endurcie jusqu’à ce que soit entrée la totalité des païens, et ainsi tout Israël sera sauvé, comme il est écrit: “De Sion viendra le Libérateur, il ôtera les impiétés du milieu de Jacob. Et voici quelle sera mon alliance avec eux lorsque j’enlèverai leurs péchés”.

Ennemis, il est vrai., selon l’Évangile, à cause de vous, ils sont, selon l’élection, chéris de leur père. Car les dons de Dieu sont sans repentance…

La vie de Paulos, le ravi en Dieu, en constante prière, fut toute une aventure dans l’Esprit divin. Il nous transmit une intelligence exceptionnelle du mystère de l’Israël de Dieu. Ce mystère dont il voyait la réalisation se profiler en large dans le monde de son temps et sur le vaste horizon des peuples accueillis en Iéshoua de Nasèrèt. Conduit par l’Esprit en qui il mettait toute sa foi, il fut le plus grand penseur ou théologien du mystère chrétien… à ce jour.

Lectures

Bible – Actes des apôtres chapitres 7 à 28.

– Lettres de Paul aux Romains chapitres 9 à 11, aux Philippiens chapitre 3,

aux Galates chapitres 1 et 2, première aux Corinthiens chapitres 10 à 12,

aux Éphésiens chapitre 3.

Autres – Josef Holzner, Paul de Tarse, éd. Alsatia, Paris, 1950 (original allemand Paulus, 1949; traduction espagnole: San Pablo, heraldo de Cristo, 1986).

– Norbert Hugedé, Saint Paul et la Culture Grecque. Éd. Labor et Fides, Genève, 1966.

– Jacques Guillet, “La Justice et la Foi, la Foi et l’Évangile”in Vie chrétienne, 52 pp.

– Internet: www.air-islam.com/religions/christianisme/paul.htm.