Accompagner les jeunes à une époque d’incertitude

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Par Michael Swan

Entre la pression de la réussite, l’écho déformant des réseaux sociaux et le manque de repères solides, les jeunes adultes sont nombreux à avancer dans l’incertitude malgré toute leur bonne volonté. Ils ont soif de sens, mais se heurtent à un monde qui promeut l’épanouissement personnel plutôt que le mieux-être commun ; le faire plutôt que l’être. 

 On met plus de temps aujourd’hui, particulièrement en Amérique du Nord, à choisir une vocation. Le psychologue Jeffrey Jensen Arnett fait de l’« émergence de l’âge adulte », de 18 à 29 ans, une période distincte de la vie. À l’âge où les générations précédentes se mariaient, trouvaient du travail et fondaient une famille, les jeunes d’aujourd’hui vivent souvent une incertitude prolongée. Ils ont pourtant des outils pour avancer avec confiance. 

Une communauté pour aider à discerner sa vocation 

La thèse sur l’émergence de l’âge adulte semble s’avérer juste pour Joseph Koh, étudiant de 24 ans diplômé en génie et physique de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC). 

« Pour la vocation, je ne peux pas vous donner de réponse aujourd’hui. Je suis un cas d’école de la difficulté à prendre un engagement définitif. » 

Joseph hésite depuis le secondaire entre la vocation sacerdotale et la vie conjugale. Lui qui aime les sciences et les arts, il est aussi fasciné par la philosophie. 

Joseph hésite depuis le secondaire entre la vocation sacerdotale et la vie conjugale.

« Déjà, ce fut stressant d’entrer à l’université et de devoir choisir une seule discipline », confie-t-il. Or, il ressent le même stress aujourd’hui qu’il est diplômé en physique et en ingénierie avec une mineure en philosophie. Après deux ans de stage dans un laboratoire de fusion nucléaire, un monde de possibilités s’ouvre devant lui. Il ne pense pas être un cas isolé. « Il n’est pas rare que mes amis hésitent à s’engager dans la vie. » 

La spiritualité jésuite aide Joseph Koh à prendre des décisions éclairées.

Joseph a son idée sur les origines du problème : « Peut-être que les marqueurs ne sont plus aussi clairs, mais je suis certain que l’ère numérique a un impact sur la croissance. » 

Le jeune homme fréquente la paroisse St-Marc sur le campus de l’UBC, où il rencontre le père Rob Allore, SJ. « La spiritualité jésuite favorise vraiment la réflexion et l’introspection, elle m’aide à prendre mes décisions quotidiennes et à faire des choix à plus long terme. »  

« La spiritualité jésuite […] m’aide à prendre mes décisions quotidiennes et à faire des choix à plus long terme. » – Joseph Koh 

Entré chez les Jésuites à 36 ans, le père Allore est un scientifique reconnu pour ses recherches en génétique. Il est moins connu comme pasteur, alors qu’il guide de nombreux étudiants de premier cycle à l’UBC. Ce rôle lui a fait découvrir les difficultés auxquelles les jeunes d’aujourd’hui sont confrontés pour se donner un objectif et reconnaître un appel. 

« Les jeunes se posent des questions, dit-il. Ils ont le sentiment d’avoir plongé en eaux profondes et de se faire lancer une ancre en guise de bouée de sauvetage. » Le poids de l’endettement étudiant, une culture de la concurrence alimentée par des messages malsains sur les réseaux sociaux et la disparition des communautés qui soutenaient autrefois les jeunes et appuyaient leurs choix, tout cela n’est pas sans conséquence, observe le père Rob. 

Dans ce contexte, il estime que la communauté constitue un enjeu encore plus urgent que la vocation. « Mon rôle sur le campus est de bâtir une communauté. Jésus viendra. »  

Et à ce moment, une question importante se pose : « Quelles grâces ai-je conscience d’avoir reçues de Dieu pour me conduire à une vie épanouie dans la joie ? » C’est comme un réflexe, explique le père Rob : « Plus je grandis dans ma vocation, plus j’ai quelque chose à partager. Le don reçu se multiplie quand je le partage. »  

Former des gens pour aller de l’avant et embraser le monde  

Charlotte-Anne Malishewski, présidente intérimaire de la Commission canadienne des droits de la personne, n’a pas encore 34 ans, mais elle n’est pas de ceux qui sont restés coincés entre deux options à l’émergence de l’âge adulte. 

Les valeurs transmises par l’éducation jésuite et la foi juive guident la vocation de Charlotte-Anne Malishewski.

La jeune avocate ne pense pas que ce soit l’excès d’idéalisme qui empêche les jeunes de sa génération de trouver leur vocation. Car c’est justement l’idéalisme qui les a amenés, elle et ses collègues, à trouver leur voie et à revendiquer leur vocation. « J’ai la chance de travailler aujourd’hui dans un domaine qui attire beaucoup de gens qui veulent contribuer à notre mission : la protection et la promotion des droits. » 

Ce qui a permis à Charlotte-Anne de s’engager avec assurance à la faculté de droit et dans le monde des droits de la personne, c’est une « éducation jésuite » au Collège Saint-Bonaventure de Saint-Jean de Terre-Neuve. « On y mettait vraiment l’accent sur l’importance d’être des hommes et des femmes pour les autres, dit-elle. C’est assurément le principe directeur de ma propre vie. » 

Ce qui a permis à Charlotte-Anne de s’engager avec assurance à la faculté de droit et dans le monde des droits de la personne, c’est une « éducation jésuite » au Collège Saint-Bonaventure de Saint-Jean de Terre-Neuve.

La jeune femme ne parle pas de programme compétitif axé sur la performance à Saint-Bonaventure. Pour elle, tout était affaire de relations. « Il y avait un véritable esprit communautaire au collège, mais aussi un vrai sens des responsabilités à l’égard du vaste monde. Pour moi, il y a un lien réel entre l’approche des jésuites et la notion de tikku olam dans le judaïsme, l’appel à réparer notre monde brisé. » La foi juive de Charlotte-Anne a joué un rôle important dans sa réussite. « J’ai beaucoup de chance. Ma carrière est guidée par certaines valeurs. » 

Si la trajectoire de Charlotte-Anne sort de l’ordinaire, elle n’est pas le fruit du hasard, estime Annette Mallay, responsable de l’administration, de l’identité ignatienne et de la formation étudiante à Saint-Bonaventure. « Nous formons des jeunes pour qu’ils aillent de l’avant et qu’ils embrasent le monde. » 

Madame Mallay est convaincue que les diplômés de Saint-Bonaventure sont sur la bonne voie pour découvrir leur vocation lorsqu’ils entrent à l’université, notamment parce qu’ils ont vu la vocation incarnée au quotidien. « Nos enseignants sont moins bien payés que ceux des établissements publics, et pourtant ils restent ici, explique-t-elle. Je sais que c’est une vocation pour eux. » 

L’école St. Bonaventure

Certes, les élèves de Saint-Bonaventure lisent, préparent leurs examens, rédigent des essais et assimilent leur part de connaissances, mais ils s’engagent également dans du bénévolat pour aider les personnes âgées vulnérables à maîtriser leur téléphone intelligent, pour donner des cours particuliers à des jeunes ou pour prêter main-forte dans un centre communautaire. « Avec la rencontre de personnes moins favorisées, la découverte que la société n’est pas toujours bienveillante envers celles et ceux qui vivent dans la marge, ils prennent conscience de leurs responsabilités », conclut la responsable de l’identité ignatienne. 

En période d’incertitude, nos communautés – les paroisses, les aumôneries, les établissements d’enseignement, les centres de justice sociale – ne sont pas parfaites, mais elles sont déterminées à créer des espaces propices à une écoute profonde. Les jeunes y trouvent plus qu’un savoir ou de l’attention. Ils découvrent des points d’ancrage, des personnes et des valeurs qui les aident à aborder la vie avec lucidité, avec courage et avec le sentiment de faire partie de quelque chose de plus grand qu’eux, voire qui les pousse à s’engager, dans la foi, plus profondément. 

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Les Jésuites du Canada et d’Haïti travaillent comme aumôniers dans les établissements d’enseignement des deux pays : à l’établissement Saint-Louis-de-Gonzague de Port-au-Prince, au collège et à l’école secondaire Saint-Paul de Winnipeg, au collège Camosun et à l’Université de Victoria, à l’Université de la Colombie-Britannique, au collège Brébeuf de Toronto, à l’Université Memorial de Terre-Neuve et à l’école secondaire Loyola de Montréal. 

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