Par MegAnne Liebsch
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La première étape d’une réconciliation authentique consiste à reconnaître la dignité de la personne que nous rencontrons. Il faut plus que des excuses ou des déclarations. Il faut l’humilité d’écouter attentivement, le courage de rester présent malgré le malaise et la détermination à accompagner l’autre dans son cheminement.
« Lorsque nous créons des espaces où les gens peuvent être véritablement présents les uns pour les autres, la transformation devient possible », explique Edwina MacDonald, de la Première Nation de Michipicoten. Cette transformation, explique-t-elle, naît d’un accompagnement patient et de la compréhension mutuelle, processus qu’on ne peut ni précipiter ni imposer d’en haut.
Les leçons de l’histoire
Ce type d’accompagnement en profondeur a marqué les meilleurs moments de la relation entre Autochtones et catholiques. Lorsque les missionnaires sont arrivés dans ce qui est aujourd’hui le Canada, quelques-uns ont choisi une approche radicale. Ainsi, au lieu d’imposer leurs façons de faire, ils sont allés vivre au sein des communautés autochtones. Ils ont appris leurs langues et partagé leurs combats quotidiens. Des personnalités comme Jean de Brébeuf et ses compagnons ont incarné ce modèle en s’efforçant de reconnaître la présence de Dieu dans les cultures autochtones et de cultiver la compréhension mutuelle.

Aujourd’hui, un symbole puissant de cette histoire commune s’apprête à traverser le Canada. Depuis décembre 2024, les reliques de sainte Kateri Tekakwitha et des martyrs jésuites ont voyagé à travers plus d’une douzaine de communautés de l’Ouest canadien, attirant des milliers de personnes vers la prière, la réflexion et la réconciliation. La tournée a été accueillie avec une profonde gratitude, alors que les gens se rassemblent pour vénérer ces reliques sacrées et réfléchir à leur appel à l’unité et à la guérison.
« Ce que nous voyons, ce sont des individus, des familles, autochtones et allochtones ; ils semblent très émus par leur rencontre », a déclaré le père John O’Brien, SJ, qui a accompagné les reliques dans leur voyage. « J’ai été frappé par leur gratitude. »
« À une époque de tension entre différents groupes de la société et de l’Église, ces saints nous rappellent qu’on peut vivre ensemble en paix. Ils en étaient profondément convaincus et nous appellent à vivre cette même profondeur de pardon et d’amour. »
Le moment choisi est particulièrement significatif, car il coïncide avec le dixième anniversaire de la Commission de vérité et réconciliation. « À une époque où les relations entre différents groupes de la société et de l’Église sont très tendues, ces saints [sainte Kateri et les martyrs jésuites] nous rappellent qu’on peut vivre ensemble en paix. Ils en étaient profondément convaincus et nous appellent à vivre cette même profondeur de pardon et d’amour. Ils représentent l’unité des chrétiens dans le Christ par-delà les frontières ethniques et politiques, explique le père John O’Brien SJ, directeur du Sanctuaire des Martyrs. Ils croyaient que les gens peuvent vivre ensemble en paix. Et cela devrait nous montrer jusqu’où nous sommes appelés à aller pour pardonner et pour aimer. »
Les saints incarnent cette possibilité d’unité au milieu des différences. Les martyrs canadiens — six missionnaires jésuites français et deux laïcs qui ont vécu parmi les Wendats dans l’Ontario actuel — ont choisi la voie de l’accompagnement authentique. Loin d’imposer leur foi, ils sont allés vivre chez les Wendats, se sont mis à leur école et ont offert l’enseignement chrétien aux familles et aux communautés, dont plusieurs ont accueilli leur message avec enthousiasme.

Leur engagement à partager la vie de leurs amis autochtones n’avait rien de superficiel. Lorsque la guerre éclata entre les Wendats et les Haudenosaunees entre 1642 et 1649, les jésuites auraient pu s’éloigner et se mettre à l’abri. Ils décidèrent plutôt de rester avec leurs compagnons wendats, dont beaucoup choisirent également de rester malgré le danger. La plupart des missionnaires furent tués par les Haudenosaunees, qui voyaient en eux des alliés français des Wendats.
L’histoire de sainte Kateri Tekakwitha constitue un autre témoignage éclatant de la construction de ponts entre les cultures. Née d’un père Kanien’kehà : ka dans les années qui suivirent la mort des martyrs, elle découvrit le christianisme grâce aux missionnaires jésuites qui vinrent visiter son village. Elle se reconnut dans leur enseignement, se convertit à l’adolescence et finit par rejoindre une communauté de catholiques autochtones, où elle vécut jusqu’à sa mort prématurée.
« Les catholiques autochtones que je connais sont fiers que sainte Kateri soit reconnue comme une sainte : une personne de leur peuple qui les guide, les guérit et leur enseigne comment rendre gloire à Dieu », explique madame MacDonald. Première femme autochtone canonisée, sainte Kateri revêt une importance particulière pour les catholiques autochtones qui cherchent à intégrer leurs identités culturelles et spirituelles.

Le travail continu de guérison
Le père Cristino Bouvette, prêtre cri-métis qui qui a organisé le volet albertain de la tournée, voit dans l’histoire de ces saints un rappel essentiel de ce qui est possible. « Nous vivons dans l’ombre tragique et franchement horrible du système des pensionnats, mais cela représente 100 ou 150 ans sur une histoire longue de 450 ans », fait-il remarquer. Si ces saints représentent un modèle d’accompagnement et de solidarité, il faut également reconnaître le rôle de l’Église dans les systèmes coloniaux, y compris les pensionnats, qui ont causé de graves préjudices en gommant les identités, les langues et les spiritualités autochtones. « L’attitude de personnes comme saint Jean de Brébeuf et sainte Kateri et les rapports qu’elles savaient entretenir avec les autres nous montrent que ce qui s’est vécu dans le passé reste tout aussi possible pour nous ici et maintenant. »
« Lorsque nous créons des espaces où les gens peuvent être véritablement présents les uns pour les autres, la transformation devient possible. »
Les organisateurs ont bien conscience que cette tournée peut susciter des émotions complexes, allant d’une profonde expérience spirituelle jusqu’à la douleur et le traumatisme. Ces diverses réactions méritent d’être prises en compte et respectées au moment d’aborder ces récits et leurs répercussions aujourd’hui.
Madame MacDonald estime que « la guérison est un processus continu dans lequel chaque personne représente une pièce essentielle d’un casse-tête spirituel plus vaste. Lorsque celui-ci sera assemblé, dit-elle, cela apportera une plus grande union avec Dieu et toute l’humanité ». Si les reliques peuvent devenir des points de rassemblement, le véritable travail de réconciliation se fera par l’intermédiaire des personnes qui se réuniront, grâce à leur volonté d’écouter, de partager et d’avancer ensemble.

La tournée s’appuie sur un profond désir d’interaction et de communion spirituelle. On se souvient qu’une précédente tournée de la relique de saint François-Xavier a attiré près de 100 000 personnes à travers le Canada. La réponse jusqu’à présent suggère un intérêt similaire, avec des fidèles d’horizons divers se réunissant dans la prière, le dialogue et la guérison.
Cette initiative représente plus qu’une commémoration historique ; elle incarne une tradition vivante de mise en pratique de la foi pour le bien commun. Le choix qu’ont fait les martyrs de rester avec leurs compagnons wendats face au danger montre qu’une vraie solidarité transforme les individus et les communautés. De même, la vie de sainte Kateri nous enseigne que le fait d’assumer pleinement son identité culturelle et spirituelle peut ouvrir la voie à d’autres.
Les saints nous rappellent que la réconciliation demande plus que de bonnes intentions. Celle-ci exige des actions concrètes, une présence authentique et le courage de rester engagé même lorsque la route devient difficile. Leurs exemples nous poussent à aller au-delà des changements superficiels pour entreprendre une transformation plus profonde de nos relations avec les personnes marginalisées et exclues.

Depuis janvier 2025, les reliques de sainte Kateri Tekakwitha et des martyrs jésuites voyagent à travers le Canada. Cette tournée offre des espaces de prière, de dialogue et de guérison.
Ouest canadien : janvier-printemps 2025. Départ de Calgary, visite de communautés rurales et urbaines jusqu’à Vancouver.
Est du Canada : à l’automne 2025. Détails à venir.
La tournée de la relique de saint François-Xavier a attiré près de 100 000 personnes à travers le Canada. On prévoit un intérêt du même ordre à l’heure où les communautés recherchent des espaces de prière, de dialogue et de guérison.
Pour connaître les dates et les lieux de la tournée, visitez le site martyrs-shrine.com.