« C’est moi qui vous ai aimés le premier et qui vous ai choisis » : l’histoire d’un missionnaire

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Par Joanna Kozakiewicz

Jeune, je voulais être astronaute, puis plutôt photographe. À l’âge adulte, j’ai aussi voulu être missionnaire dans un pays lointain et en revenir transformée. 

Comment savoir si nous sommes sur le bon chemin? Parfois, nous oublions que nous ne sommes pas seuls à nous poser cette question. D’autres sont venus avant nous et ont fait le choix de bifurquer dans des chemins imprévus.   

Le parcours du père Roland Turenne, SJ, a ainsi pris un tournant inattendu au milieu du siècle dernier quand il a quitté le Canada pour aller de l’autre côté de l’océan Atlantique. Le pape avait confié aux jésuites canadiens l’école secondaire publique d’Addis-Abeba, en Éthiopie, à la demande de l’empereur Hailé Sélassié.   

Coïncidence ou œuvre de Dieu? En mai 1945, le novice Roland arrive à Québec le jour même où des confrères jésuites font leurs adieux avant de partir inaugurer cette mission lointaine. Des années plus tard, le père Turenne aura été le dernier jésuite d’ici à avoir œuvré dans ce pays. 

À la fin de sa vie, le père Turenne a offert cette réflexion sur son parcours : «Je n’avais pas le potentiel d’un éminent professeur universitaire ou d’un écrivain, mais je fus assez débrouillard pour m’adapter à quatre carrières différentes, selon les besoins des Éthiopiens.» C’est par le discernement qu’il a pu suivre sa route, depuis les plaines de son pays natal jusqu’aux montagnes de l’Éthiopie. 

Un pays lointain et montagneux  

Roland Turenne est né à Saint-Boniface, au Manitoba, en 1924. Après des études, il entre au noviciat de Montréal en 1943, à 19 ans. Pendant sa longue formation, il passe les trois ans de sa régence en Éthiopie, où il retourne en 1959 comme missionnaire. Il y restera 58 ans. 

Bien qu’il ait passé 18 ans à enseigner aux Éthiopiens, le jésuite restait ouvert à approfondir sa vocation. Il a ainsi passé 15 ans avec une organisation non gouvernementale française, 5 ans auprès du Service jésuite des réfugiés comme aumônier d’hôpital et une douzaine d’années dans un centre de repos et de spiritualité à Debre Zeit. Le point commun de ses tâches diverses, selon l’ancien provincial Jean Bellefeuille, SJ? Son sens de l’humour, qui a permis au missionnaire «de tout mener à bien sans trop de stress». 

La vocation du père Turenne ne consistait pas seulement à travailler, mais aussi à être avec les gens. Il a, par exemple, permis à des jeunes désavantagés de faire des études en vue d’exercer des métiers les rendant aptes à aider financièrement leurs familles. Il agissait par amour et désir de servir son prochain, particulièrement les Éthiopiens, et notamment ses anciens élèves. Ces derniers lui ont bien rendu tout ce dévouement et cette affection en lui rendant visite pendant ses dernières années de vie. 

La vocation du père Turenne ne consistait pas seulement à travailler, mais aussi à être avec les gens. 

Discerner et passer à l’action 

Mais comment faire pour choisir où avancer et savoir où bifurquer dans notre vie? Pour le père Turenne, ses choix étaient la conséquence de péripéties et de son discernement personnel. Ainsi, lorsque le régime impérial éthiopien a été renversé et remplacé par le régime communiste, il est devenu difficile pour les directions d’écoles de dialoguer avec les autorités. C’est dans ce contexte qu’il a alors quitté l’enseignement. 

Une grande famine causée par un conflit durant les années 1980 a poussé le père Turenne à changer de direction une fois de plus. Selon le père Bernard Carrière, SJ, «c’est à ce moment qu’il a commencé à s’intéresser aux questions sociales. Il a apporté de l’aide alimentaire aux personnes touchées par la famine et pour s’occuper de leur santé».  

Cet homme joyeux était très sensible aux autres et restait toujours ouvert au changement. Cela l’a amené, à 60 ans, à entreprendre une thérapie aux États-Unis avec un prêtre jésuite pour se réorienter. Puis, après avoir suivi les Exercices spirituels, il a choisi d’aller vers le travail social. «Il a eu la confirmation que sa mission était de rester en Éthiopie et de contribuer à améliorer les conditions de vie du peuple éthiopien», explique le père Carrière. 

Cet homme joyeux était très sensible aux autres et restait toujours ouvert au changement. Cela l’a amené, à 60 ans, à […] se réorienter. 

«C’est moi qui vous ai aimés le premier et qui vous ai choisis.» 

Le père Carrière souligne que la mission de son confrère n’était pas un choix personnel, mais bien un appel qui répondait à son désir profond : «Le père Roland n’a pas choisi d’aller travailler en Éthiopie. Mais il a compris que l’appel que lui a adressé son supérieur à la fin de la première étape de sa formation de jésuite en 1951 s’inscrivait dans le désir qui l’habitait depuis longtemps d’être missionnaire.» Un de ses aînés, le père Marcel Gareau, SJ, qui l’a connu de près lors de son premier séjour en Éthiopie, a aussi souligné «son dévouement, sa générosité et sa constance». 

L’Évangile de saint Jean nous révèle que seul le Christ Jésus peut vraiment nous apprendre comment répondre à l’appel que Dieu nous adresse. Lors d’une homélie prononcée dans l’hôpital Saint-Luc de Waliso, en Éthiopie, le prêtre Turenne a commenté longuement les paroles du Christ : «C’est moi qui vous ai choisis.» Il soulignait que c’est le Christ Jésus lui-même qui avait pris l’initiative d’intervenir dans la vie de ses disciples et qu’il continuait de le faire encore aujourd’hui. «Parce qu’il nous a choisis, disait-il, nous devons être habités par la joie.»  

«C’est le message que nous laisse le père Roland Turenne et c’est ce dont il a témoigné au cours de sa longue vie, même à travers les difficultés et les épreuves», souligne le père Carrière. 

«Je ressens une grande reconnaissance envers le Seigneur pour le travail accompli avec santé, courage et bonheur. » – Roland Turenne, SJ

Cette mission, le père Turenne y a répondu jusqu’à l’âge de 93 ans, avant de revenir au Canada, où il est décédé six ans plus tard. Avant de mourir, il exprimait sa consolation d’avoir suivi Jésus tout au long de sa carrière missionnaire : «De mon demi-siècle de service missionnaire, je ressens une grande reconnaissance envers le Seigneur pour le travail accompli avec santé, courage et bonheur. Maintenant plus proche de la fin de mes jours, je me sens comblé.» 

Fr. Roland Turenne est un exemple de comment les Jésuites du Canada servent différentes communautés. Apprenez-en plus sur cette manière de servir.

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