Histoires

Par Fannie Dionne

Musicologue, professeur et prêtre jésuite, le père néo-brunswickois Louis Cyr (1936-2020) a mené une vie remplie de rencontres.  

Selon les témoignages de personnes l’ayant connu, il semble que le P. Cyr n’avait pas l’oreille que pour la musique, mais aussi pour écouter les gens de toutes les cultures. 

Un musicien suivant le Christ 

Au moment d’entrer dans la Compagnie de Jésus pour répondre à l’appel du Christ, Louis Cyr avait déjà fait des études en musique et était un pianiste accompli. Cette passion ne l’a d’ailleurs jamais quitté. Mais étonnamment, explique le P. Bernard Carrière, SJ, « Louis n’avait pas un tempérament d’artiste, c’était plutôt un homme très réfléchi ». 

De 1959 à 1965, Louis Cyr a franchi rapidement les étapes de la formation avant de poursuivre ses études en musique, avec l’approbation du provincial de l’époque. Il a étudié deux ans à Paris, puis à Francfort jusqu’en 1975. Il y a consacré une bonne partie de son temps à rédiger une thèse sur le Sacre du printemps de Stravinski. Les Archives des jésuites du Canada contiennent d’ailleurs pratiquement tous les enregistrements possibles de cette pièce ! Perfectionniste, il n’a pas terminé sa thèse, quoiqu’il a beaucoup publié sur le sujet. 

À son retour à Montréal, on l’a encouragé à accepter le poste de directeur fondateur du Département de musique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Le lien avec les jésuites peut sembler ténu, mais il faut dire que le Collège Sainte-Marie a fait en sorte que beaucoup de jésuites ont été des acteurs importants au début de l’UQAM. Dans ce travail, l’espoir du P. Cyr était de former des gens capables de transmettre leurs connaissances musicales aux étudiants. Il a lui-même enseigné la musicologie et l’allemand pendant près de dix ans. 

« En effet, il était très bon dans les langues et il en parlait plusieurs », se rappelle Keith Leclaire, Indigenous Health & Policy Consultant, qui a connu le P. Cyr alors qu’il était curé à Saint-François-Xavier.  

« Quand mon cousin de Détroit est décédé, sa conjointe Navajo a fait tout le chemin en avion jusqu’ici. Elle était spécialiste de l’allemand. Au salon funéraire, elle a commencé à parler au P. Cyr et lui a dit qu’elle était allée plusieurs fois en Allemagne. Ils ont parlé allemand pendant une heure ! Je pense qu’il était juste très content d’avoir pu discuter avec une autre personne qui parlait couramment cette langue. » 

Enfin, Louis Cyr était également compositeur, quoiqu’il ne nous ait laissé que peu de pièces. Le P. Carrière raconte cette anecdote : « Quand le pape Jean-Paul II est venu au Canada, le musicien qui avait été choisi au départ pour composer une messe en son honneur n’arrivait pas à livrer la marchandise. Alors Louis a composé très rapidement une pièce. Il avait un côté très disponible. » 

« Quand le pape Jean-Paul II est venu au Canada, le musicien qui avait été choisi au départ pour composer une messe en son honneur n’arrivait pas à livrer la marchandise. Alors Louis a composé très rapidement une pièce. Il avait un côté très disponible. » 

Le dernier prêtre jésuite de Kahnawá:ke 

Dès le noviciat, le P. Cyr avait exprimé l’intérêt qu’il portait à la mission de Kahnawá:ke après y avoir enseigné le catéchisme. Espérant créer de profondes relations avec les gens, il a donc accepté avec joie, en 1990, d’être nommé curé de la paroisse. 

Il était apprécié comme curé et comme personne, selon M. Leclaire.  

« Il était toujours d’un grand soutien. Par exemple, pendant la tempête du verglas, il sortait toujours pour aller s’assurer du bien-être des gens. Et il a beaucoup aidé ma mère quand mon père est mort. Il s’est assuré d’aller la voir régulièrement, et puis quand elle a commencé à devenir moins mobile, il allait lui donner la communion et les sacrements à peu près tous les dimanches. »  

Il était apprécié comme curé et comme personne, selon M. Leclaire.  

Sa passion pour la musique l’a suivi dans son nouveau travail. « Il pouvait déterminer si une œuvre était du Chopin, par exemple, après seulement deux ou trois notes », se rappelle M. Leclaire. « Il a aussi travaillé avec les choristes de l’église, qui chantaient en mohawk. Et si l’organiste de l’église devait s’absenter, il le remplaçait. » C’est d’ailleurs grâce à lui qu’un orgue a été donné à l’église Saint-François-Xavier. 

Le P. Cyr est resté à Kahnawá:ke pendant 13 ans et il fut le dernier jésuite à y travailler. Il a été marqué par la communauté.  

Le P. Carrière raconte que Louis Cyr lui avait dit : « Tu sais, les Mohawks, ce ne sont pas des gens qui regardent le monde comme s’il y a une hiérarchie. Dans une église, on doit être sur le même pied d’égalité. »   

En 2002, le P. Cyr, se sachant à la fin de sa mission parmi les Kanien’kehá:ka, a écrit un court article dans la revue Relations. « À l’origine, cette grande sensibilité communicatrice [des Mohawks] vise surtout à vivre en paix et en harmonie avec son vis-à-vis. Pour le musicien aux grandes oreilles — à l’affût de toute musique et de toute langue nouvelle — que je suis, s’ouvre là une intensité de communication inespérée. Ne serions-nous pas faits pour “nous entendre” ? » 

À partir de 2003, le P. Cyr a connu des problèmes de santé. Il s’est alors consacré à ses recherches sur Stravinski et, comme toujours, à ses amis. « Louis était aussi un homme qui était très fidèle en amitié », souligne le P. Carrière. Il est décédé en décembre 2020. 

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