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Par Elise Gower
Les récits sont une invitation vivante, des lieux de rencontre. J’ai rencontré Meredith Bacola, professeure agrégée et directrice par intérim du Centre jésuite d’études catholiques au St. Paul’s College de l’Université du Manitoba. Ses recherches portent sur l’histoire sociale et culturelle de l’Europe du haut Moyen Âge, et plus particulièrement sur les vies des hommes et des femmes qui ont été canonisés.
Sa vie et son œuvre illustrent le fait que ces récits peuvent devenir un appel, une vocation. Selon la professeure Bacola, si nous savons aborder les vies de saints avec un esprit curieux et ouvert aux surprises, elles peuvent devenir un guide pour la mission.
Un cheminement inspiré par les saints
Le parcours personnel de madame Bacola s’inspire de figures comme saint Colomban d’Iona, en Écosse (mort en 597). À son sujet, elle évoque le concept irlandais de peregrinatio (aller là où Dieu nous appelle) et parle avec enthousiasme de l’influence que celui-ci a eue sur ses propres déplacements tout au long de sa vie.
La formation interdisciplinaire de madame Bacola lui a permis d’explorer les sanctuaires de saints en Angleterre et de découvrir les bollandistes, jésuites belges du XVIIe siècle qui souhaitaient, eux aussi, examiner d’un œil critique le culte des saints. Inspirée par leurs travaux, la professeure Bacola a entrepris de fouiller la vie des saints pour retrouver des détails oubliés ou perdus au fil du temps. Elle se donne pour mandat de faire connaître ces récits en vue de perpétuer et de développer la mission jésuite.

Elle invoque aussi sainte Brigitte de Kildare (décédée vers 525), animée par la conviction que « l’autre, c’est le Christ ». Madame Bacola est profondément consciente de la présence du Christ chez ses compagnons — collègues, parents et amis —, auprès desquels elle apprend « chaque jour à être la meilleure version d’elle-même ». Elle souligne que les saints nous rappellent que les valeurs traditionnelles peuvent trouver une application contemporaine.
Communauté de saints, discernement communautaire
En effet, madame Bacola conçoit l’étude de la vie des saints comme une piste pour explorer le discernement communautaire. Les valeurs qui se reflètent dans la vie des saints nous révèlent ce qui constitue le sacré pour les différentes communautés. Loin d’être des trophées moraux, les saints deviennent des miroirs qui reflètent une dimension de vie accessible à notre propre histoire et à notre propre devenir. Ils peuvent enrichir notre connaissance spirituelle. Le récit de la vie des saints, en tant que théologie vécue, et avant même leur canonisation, illustre ce que peut être la sainteté chez nous. L’Église, ce sont les gens, et c’est à travers les gens que Dieu continue d’agir dans le monde.
Les saints deviennent des miroirs qui reflètent une dimension de vie accessible à notre propre histoire et à notre propre devenir.
La pertinence des saints s’enracine dans le temps et l’espace, mais elle les transcende aussi, comme en témoigne l’expérience de la professeure Bacola. Lors de ses échanges avec des étudiants internationaux, elle a pris conscience de l’ampleur et de l’importance de l’acculturation dans l’Église universelle. Pour nombre d’entre eux, en effet, l’idée qu’une femme occupe un poste de direction est une nouveauté.
Madame Bacola réfléchit depuis longtemps aux valeurs féministes, mais elle a mesuré récemment l’importance de faire vraiment connaître l’histoire de saintes qui ont été des leaders et des agents de changement. Elle confie « ne s’être jamais vraiment sentie au centre des choses ». C’est ce qui l’a amenée à s’engager pour donner la parole aux personnes marginalisées.
Discernement et science
C’est avec élégance et avec passion que la professeure Bacola parle de l’interaction entre la science et la foi, et de la pratique parallèle du discernement :
« … la science part d’une hypothèse qui est essentiellement un acte de foi. Cette hypothèse n’a pas encore été prouvée, mais vos connaissances, ce que vous savez vous pousse à en explorer les conséquences.
Le discernement suit une voie comparable : ce qui lui sert d’hypothèse, c’est l’écoute des indices que l’on perçoit au fond de soi, que l’on saisit intellectuellement et que l’on ressent à travers ses émotions. »

Étudier la vie des personnes saintes ne nous conduit pas à la certitude ; il en va de même pour le discernement. Cette connaissance de la vie des saints nous invite à cheminer avec les guides qui nous révèlent Dieu en toutes choses : la diversité des cultures, des époques, des lieux, des corps et des récits qui façonnent notre foi individuelle et institutionnelle. Cette route, ce pèlerinage, est à la fois un déplacement physique et un cheminement intérieur.
La spiritualité ignatienne, pour madame Bacola, est un modèle de pèlerinage intérieur : « Elle nous offre une méthode éprouvée pour mieux comprendre notre place dans le monde et approfondir notre connaissance de Jésus. Pour de nombreux chrétiens, cette quête est l’un des chemins de foi les plus transformateurs. » À chaque pèlerinage, dit-elle, nous marchons vers un but qui reste à atteindre. Le pèlerinage nous fait passer de la méthode à la rencontre.
La route continue
Madame Bacola évoque son expérience personnelle des Exercices spirituels, enrichie par son parcours de vie. La surprise pour elle, le plus beau fruit de son pèlerinage, a été de comprendre comment l’Esprit saint l’a conduite vers ce domaine de recherche, son rôle, son lieu de vie et son lien avec ses guides. Et c’est dans la surprise qu’elle continue de découvrir les possibilités infinies de la vision de Jésus.
Lorsque nos questions, au fil de notre cheminement, quittent la page écrite pour atterrir sur la route, nous devenons des pèlerins. Le pèlerinage commence par des récits, se poursuit dans le discernement et l’expérience, et aboutit à l’instant présent : voilà à quoi nous appelle notre mission jésuite. Les récits des saints, suggère madame Bacola, ne sont pas terminés ; ils nous donnent une mission.