Histoires

Par Katy Ramos-Borges

P. Ted Penton, SJ

Si vous aviez rencontré le P. Ted Penton, SJ, juste avant le début du millénaire et lui aviez dit qu’il serait ordonné prêtre jésuite en 2019… il ne vous aurait pas cru. En effet, Ted était athée lorsqu’il a décidé de faire une retraite dans un monastère bouddhiste en Thaïlande. L’expérience qu’il y a vécue a tout changé. 

Le père Ted est maintenant prêtre jésuite et secrétaire du Bureau de la défense de la justice et de l’écologie à la Conférence des jésuites du Canada et des États-Unis. Dans cette interview, il parle de son parcours spirituel, de son éveil et du lien qu’il voit entre la foi et le travail pour la justice sociale. 

Comment était votre enfance? Étiez-vous déjà intéressé par le monde religieux? 

 Je vis à Washington, mais j’ai grandi dans la banlieue d’Ottawa avec mes parents et mes deux sœurs cadettes. Ma mère était catholique et mon père s’est converti quand j’avais cinq ou six ans.  

J’étais très dévot quand j’étais enfant. Quand j’avais 8 ans environ, je voulais être prêtre. J’aimais aller à la messe, réciter le chapelet et faire mes prières. Vers l’âge de 10 ans, j’ai commencé à m’intéresser moins à ce genre de choses et à l’âge de 12 ans, je n’avais plus aucun intérêt.  

Adolescent, j’étais donc athée, et comme mon père, j’ai commencé à lire au sujet de la philosophie. Il faut dire que j’étais un très bon élève et un grand lecteur! J’ai donc fait une majeure en philosophie à l’Université d’Ottawa.  

C’était l’occasion pour moi de me pencher sur les grandes questions philosophiques comme : qu’est-ce qu’une bonne vie? Quelle est la meilleure façon de vivre?  

C’est ainsi que j’ai recommencé à m’intéresser davantage à la religion, mais je n’étais pas du tout pratiquant, juste très intéressé par différents courants philosophiques et religieux ainsi que par la psychologie de la religion et la sociologie de la religion. Je trouvais fascinantes toutes les différentes perspectives sur la croyance religieuse, la pratique religieuse et le comportement religieux.  

Et puis, après avoir terminé mes études, j’ai déménagé en Corée du Sud pour enseigner l’anglais, avant d’envoyer des candidatures pour faire des études supérieures en philosophie.  

C’était l’occasion pour moi de me pencher sur les grandes questions philosophiques comme : qu’est-ce qu’une bonne vie? Quelle est la meilleure façon de vivre?  

Est-ce que c’est à ce moment-là que vous avez fait une retraite dans un monastère bouddhiste ?  

Oui, quand j’étais en Thaïlande en voyage, j’ai rencontré quelqu’un qui m’a demandé si j’avais déjà pensé à faire une retraite de méditation dans un monastère bouddhiste. Je lui ai répondu que non et que je n’y avais jamais pensé. Et il m’a dit : « Eh bien, si cela vous intéresse, il y a cet endroit vraiment chouette où tous les mois ils organisent une retraite de 10 jours. » 

Monastère bouddhiste en Thaïlande

Beaucoup de « backpackers » se rendaient dans cet endroit pour faire une retraite silencieuse. C’était ouvert à tous, même à ceux qui n’avaient jamais médité avant.  

Cette retraite a été un vrai tournant pour moi. J’ai eu une expérience marquante et ensuite, j’ai voulu reprendre ma pratique spirituelle et travailler pour la justice pour ceux qui sont en marge. 

Cette retraite a été un vrai tournant pour moi. J’ai eu une expérience marquante et ensuite, j’ai voulu reprendre ma pratique spirituelle et travailler pour la justice pour ceux qui sont en marge. 

J’ai également eu le sentiment profond que mon propre foyer spirituel est dans l’Église catholique : j’ai donc recommencé à aller à la messe chaque semaine. 

Comment avez-vous pris la décision de vous d’entrer dans la Compagnie de Jésus? 

Quelques mois après ma retraite, j’ai commencé mes études supérieures en philosophie et j’ai intégré un groupe catholique à l’université, la Pax Christi, qui travaille pour la justice sociale. Parfois, nous allions travailler dans une soupe populaire ou visiter un refuge. Ces activités me touchaient.  

Villa de formation en première intention – Villa St Michel

J’aimais mes études, mais c’était le travail bénévole avec des gens qui étaient en marge qui m’intéressait le plus. C’est pourquoi au bout de deux ans, j’ai décidé de ne pas continuer mes études, mais de poursuivre le bénévolat.  

L’objectif du discernement de la volonté de Dieu n’est pas une sorte de volonté abstraite, mais plutôt de se questionner sur où Dieu m’appelle-t-il aujourd’hui, cette semaine et ce mois-ci?

J’ai alors passé une année comme bénévole, principalement en Équateur et au Mexique. J’ai ensuite postulé au Corps des volontaires jésuites en Caroline du Nord, où j’ai œuvré pendant deux ans. Je travaillais avec des travailleurs agricoles migrants dans un bureau d’aide juridique qui offrait une assistance juridique et qui faisait de la sensibilisation dans des camps de travail migrants, principalement auprès de travailleurs mexicains. C’est là que j’ai découvert la spiritualité ignatienne et le discernement.  

L’objectif du discernement de la volonté de Dieu n’est pas une sorte de volonté abstraite, mais plutôt de se questionner sur où Dieu m’appelle-t-il aujourd’hui, cette semaine et ce mois-ci? Cet exercice spirituel a eu un grand effet sur moi et je me suis reconnu dans mon implication avec le Corps des volontaires jésuites. Je me sentais connecté avec la spiritualité ignatienne et ses valeurs de justice sociale, de communauté, de spiritualité et de simplicité. 

Vous êtes maintenant Secrétaire du Bureau de la défense de la justice et de l’écologie à la Conférence jésuite du Canada et des États-Unis. Que pensez-vous de l’augmentation des manifestations concernant les questions sociales et climatiques? 

Il s’agit certainement d’attirer l’attention, une attention nécessaire, sur certaines des injustices structurelles profondes qui existent depuis longtemps. La première étape est en effet d’entraîner une plus grande sensibilisation du public pour faire émerger un désir de s’attaquer à ces injustices profondément enracinées. C’est là, à mon avis, l’intérêt des manifestations que nous voyons s’organiser ces derniers temps. 

Le P. Penton pendant la réunion de l’EDS.

Est-ce que vous pensez que ces manifestations auront des répercussions durables? 

Une rencontre avec Matt Cuff, du Ignatian Solidarity Network

C’est difficile à prévoir, car il y a un long chemin à parcourir pour que ces injustices profondément ancrées dans notre société soient corrigées. Nous avons besoin d’efforts majeurs pour y remédier. J’espère donc qu’il y a de l’énergie et de la volonté pour continuer la lutte sur le long terme.  

Je voudrais souligner qu’au Canada, par exemple, nous commençons tout juste à aborder la vérité et la guérison à la suite des événements survenus dans les pensionnats pour Autochtones au Canada.  

Il y a eu une attention soutenue sur cette question pendant une longue période : la Commission de vérité et réconciliation a commencé en 2008 et s’est poursuivie jusqu’en 2015. L’importance de cette question est devenue évidente cette année, et nous n’en sommes encore qu’au début du processus. Mais on remarque qu’il y a une volonté, parmi les Canadiens, de continuer à marcher dans cette voie vers de bonnes relations avec nos frères et sœurs autochtones. Cela me donne donc l’espoir que nous pourrons aussi trouver cette volonté politique aux États-Unis sur cette question et sur d’autres questions.  

Cet article fait partie de notre tout nouveau magazine.

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