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Par John Dougherty
Il y a un peu plus de 500 ans, un jeune adulte fit le point sur sa vie et finit par comprendre que Dieu attendait plus de lui ; ainsi l’histoire des Jésuites commençait. Et c’est encore ainsi que commence aujourd’hui l’histoire des jésuites : quand des hommes de tous horizons découvrent que le rêve de Dieu pour eux est bien plus grand qu’ils ne peuvent l’imaginer.
Des plaisirs du monde à la paix de Dieu
C’est le cas d’Alejandro Lozano. Né à Ibagué, en Colombie, le jeune Alejandro a déménagé à Bogotá pour faire des études d’histoire à la Pontificia Universidad Javeriana. L’étudiant ne manquait pas d’argent grâce à l’héritage de son père, décédé quand il avait à peine quatre ans. Alejandro pouvait mener la vie dont avait rêvé le jeune Ignace de Loyola. Ses fins de semaine consistaient en un tourbillon de fêtes, de beuveries et de copines. « Pour moi, dit-il, la religion et la morale chrétienne, c’était une affaire que seule ma grand-mère pouvait prendre au sérieux. »

Leur joie a fait découvrir à Alejandro le vide spirituel de sa propre vie. Au fond de lui-même, il se sentait appelé à quelque chose de plus.
Le plus difficile, ce fut d’accepter cet appel. Vu son passé « mondain », en était-il encore digne ? Après beaucoup de prière et de réflexion, Alejandro a vu se lever ce qu’il appelle « la vérité fondamentale de l’Évangile », le paradoxe de l’amour infini de Dieu. « Je passais mon temps à lui expliquer que je n’étais pas digne de son appel. Il m’a quand même appelé, parce qu’il le voulait et pour aucune autre raison », reconnaît-il aujourd’hui. « Or, je ne suis pas du genre à tergiverser ou à me buter. Je n’avais plus qu’à dire oui. »
Étudiant en sciences humaines et élève du Christ
Après avoir obtenu un baccalauréat en histoire en 2016, Alejandro a travaillé un an au ministère colombien de l’Éducation nationale, avant d’émigrer à Vancouver, en Colombie-Britannique, pour entreprendre une maîtrise en éducation à l’Université de la Colombie-Britannique. Diplômé en 2020, il a instruit pendant un an des élèves aux besoins particuliers dans une école secondaire de Victoria. En même temps, dit-il, le Christ l’instruisait, lui. En 2022, Alejandro est devenu résident permanent du Canada et, peu après, il entrait au noviciat jésuite.
« C’est un nomade qui cherchait son chemin, et il l’a trouvé grâce à Dieu », commente Juan Camilo Mutis, un ami d’Alejandro, qui vit à Bogotá. Juan Camilo estime que son ami (qu’il appelle Diégo) est fait pour la vie jésuite, avec sa curiosité naturelle et son désir d’apprendre. « Il y a huit ans, lorsqu’il a d’abord envisagé de partir à l’étranger, il ne savait pas un mot d’anglais », explique Juan. « Regardez-le maintenant : il parle anglais et français. » Il vante le cœur de son ami Alejandro autant que son talent : « Il a été pour moi comme un roc. Diégo m’a toujours ouvert son cœur et son oreille. C’est quelqu’un en qui je pouvais avoir confiance. »
« C’est un nomade qui cherchait son chemin, et il l’a trouvé grâce à Dieu. » – Juan Camilo Mutis, ami d’Alejandro.
Un cadeau inattendu : le Québec

« Le jour de mes vœux reste gravé dans ma mémoire comme une image biblique », confie le scolastique Alejandro. « Je me vois brûler dans ce buisson ardent, prononcer mes vœux, m’offrir en sacrifice. Et je ne sais pas comment c’est arrivé. J’ai l’impression de n’avoir rien fait. Que tout cela venait de Dieu… que tout cela était un don. »
Alejandro termine actuellement une année de « juniorat », entre le noviciat et les premières études : il est venu étudier le français au Québec. Un peu nerveux au début, car on lui avait expliqué que le Québec était un monde radicalement laïque (« je pensais que mon séjour ici étoufferait ma foi et ma vocation »), il a été stupéfait de découvrir tout ce que les Québécois pouvaient lui apprendre sur l’amour de Dieu. « Les Québécois m’ont montré que la vie ne consiste pas à suivre des règles pour faire ses preuves », écrit-il. « La vie, c’est aussi la joie de vivre : les petits moments à savourer, les petits cadeaux de chaque jour, le miracle de chaque heure où Dieu est présent. »
Alejandro rencontre Dieu dans sa communauté, ce qu’il tient pour « l’une des plus grandes bénédictions » de sa vocation. « J’aime les pères avec qui je vis, dit-il, je les aime profondément, tendrement. Je pourrais écrire un poème sur chacun d’eux ! »
Si les jésuites sont devenus ses frères, le Canada est devenu sa patrie. Après trois ans de résidence permanente, le temps est venu pour lui d’obtenir la citoyenneté canadienne. « Recevoir la citoyenneté, ce sera presque aussi important que prononcer mes vœux », avoue-t-il. Toute sa vie de jésuite s’est déroulée au Canada. La migration a été un acte de foi monumental. Il estime aujourd’hui que c’est ce qui lui a permis de prendre un nouveau départ et d’accepter l’appel de Dieu. « Le Canada est ma terre sainte, mon ermitage, mon Église. En terre canadienne, j’ai été complètement transfiguré en Dieu. »

2016 : baccalauréat en histoire, Pontificia Universidad Javeriana
2017 : fonctionnaire pour l’État colombien (ministère de l’Éducation nationale)
2020 : maîtrise en éducation, Université de la Colombie-Britannique
2021 : pédagogue spécialisé dans une école secondaire de Victoria (Colombie-Britannique)
2022 : résident permanent du Canada et novice jésuite
2024 : premiers vœux comme jésuite