Histoires

Par Jean Pierre Paul Durand, SJ

Le Collège Saint-Ignace est à proprement parler l’unique « collège jésuite » de tout le territoire haïtien. Fondé en 2003 par le très regretté père Claude Souffrant, SJ, et dirigé depuis 2019 par le père Achange Siméus, SJ, le collège accueille environ 550 élèves par année. C’est là, sur quelques mètres carrés de béton, dans une zone bidonvillisée, que je vis ma régence comme professeur d’espagnol. C’est le territoire ciblé par l’équipe de la pastorale juvénile ignatienne (PJI) pour l’exécution des projets et des activités en lien avec la troisième préférence apostolique universelle : « accompagner les jeunes dans la création d’un avenir porteur d’espérance ». Cette activité rime avec mon désir pastoral et la mission de la Compagnie. Le père général a lui-même reconnu que l’éducation est un domaine absolument essentiel pour accompagner les jeunes et aussi apprendre d’eux. Voilà pourquoi je me sens honoré de vous présenter cette école par laquelle la Compagnie marque sa présence dans un des quartiers populaires du pays.  

Le père général a lui-même reconnu que l’éducation est un domaine absolument essentiel pour accompagner les jeunes et aussi apprendre d’eux. 

Quand l’équipe de pastorale a commencé sa mission au collège, la première activité qu’on a mise sur pied a été une enquête afin de pouvoir identifier les vrais problèmes des jeunes et de nous orienter sur la manière la plus adéquate de les accompagner. Lors des entrevues, 80 % des élèves du collège nous ont tristement révélé qu’ils ont soif de paix et de loisirs. Qu’est-ce qui est à l’origine d’une telle carence ?  

 Le collège se situe dans la plaine du Cul-de-Sac, commune de Croix-des-Bouquets, dans la localité de Noailles. Depuis déjà deux ans, cette zone est terrorisée par les gangs armés dénommés « 400 Mawozo », « Anba piquant », « Tête de mort » et celui de « Vitelhomme ». Ces gangs, notamment les « 400 Mawozos » et celui de « Vitelhomme », se spécialisent dans le détournement des camions de marchandises et les enlèvements pour nourrir leurs membres. Outre cela, il y a la guerre entre les gangs pour conquérir des territoires. Il y a également des affrontements entre les gangs et la Police Nationale d’Haïti (PNH). Cela entraine des blocages de rues, des enlèvements, des perturbations scolaires, des déplacements de population, etc. Beaucoup de ces scènes de violence et de guerre se déroulent quotidiennement à quelques kilomètres du collège.   

Lors des entrevues, 80 % des élèves du collège nous ont tristement révélé qu’ils ont soif de paix et de loisirs. 

Cette situation tendue paralyse presque tous les secteurs d’activités de la zone; le secteur le plus touché est celui de l’éducation puisque plusieurs établissements scolaires ont dû fermer leurs portes. Pendant plusieurs jours, le Collège Saint-Ignace a dû fonctionner avec moins de la moitié de son effectif normal. La providence et l’optimisme du directeur et de son personnel, sans oublier la renommée du collège dans la zone, font qu’on n’est pas rendu au point de fermer les portes. Au contraire, on a accueilli d’autres élèves venant d’ailleurs. Toutefois, cette situation a affecté indirectement le fonctionnement du collège en privant les élèves de paix et de loisirs.

  

D’un côté, ces pauvres et braves jeunes, en majorité des adolescents, sont traumatisés par l’insécurité et par la peur; la peur qu’un projectile les atteigne en pleine tête s’ils se tiennent dans les rues. Donc, ils ne vivent pas en paix, ils sont prisonniers de leur maison. Ils vivent dans la peur et dans l’angoisse.  

De l’autre côté, la situation a entrainé un retard considérable dans le programme académique. Pour remédier à cela, le directeur a, avec raison, tout misé sur la dimension intellectuelle en organisant des journées de rattrapage pour les élèves. Bref, un travail sans relâche ! Par conséquent, les dimensions pastorale et ludique ont été plus ou moins négligées.  

La réalité, c’est que ces jeunes n’ont que le collège comme prétexte et contexte pour se rencontrer, s’aimer et s’amuser. 

La réalité, c’est que ces jeunes n’ont que le collège comme prétexte et contexte pour se rencontrer, s’aimer et s’amuser. J’ai été surpris de voir qu’il y a un responsable de la discipline qui force les élèves à quitter la cour du collège après les cours. Autrement dit, les élèves préfèrent y rester pour un temps au lieu de rentrer tout de suite chez eux. Cela m’a intrigué. Une fois, j’ai demandé à un élève pourquoi il ne voulait pas rentrer chez lui. Il m’a répondu qu’ici il voit ses amis et il s’amuse, mais chez lui, il est enfermé comme un prisonnier. Voilà pourquoi quand l’occasion s’est présentée, ils n’ont pas hésité une seconde à nous crier qu’ils ont soif de paix et de loisirs.  

De notre côté, en réponse à la situation et en accord avec le directeur, l’équipe responsable de la pastorale a mis sur pied tout un programme. Nous avons développé des activités spirituelles qui les invitent au silence, à la vie intérieure ainsi que des activités ludiques et sportives, pour qu’ils puissent se divertir. Ils ont accueilli avec enthousiasme chaque minute de paix et de loisirs que ces activités leur offrent.  

Nous avons développé des activités spirituelles qui les invitent au silence, à la vie intérieure ainsi que des activités ludiques et sportives, pour qu’ils puissent se divertir. 

 Je termine ces quelques mots en saluant la mémoire du père Souffrant pour son initiative. Je veux aussi saluer le père Siméus et les membres de son personnel pour leur courage et leur optimisme. Qu’il me soit permis de féliciter les élèves et leurs parents pour avoir cru que le chemin de l’éducation est le chemin idéal pour combattre le banditisme et s’assurer d’un avenir prometteur. Il ne me reste qu’à remercier l’équipe de la pastorale, qui soutient la formation intégrale et apporte à ces valeureux jeunes un peu de paix et de loisirs.   

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