Écoutez cette histoire:
Le présent article s’inscrit dans une série de textes qui présentent les 8 secteurs de la Province, des vocations à la formation, en donnant la parole aux Assistants qui font le lien entre leur secteur et le Provincial.
•
Les œuvres jésuites fonctionnent encore trop en silos ; une plus grande collaboration permettrait de réduire les redondances et de conjuguer les forces.
•
On relève le besoin d’une formation ignatienne unifiée dans tous les ministères, d’où l’urgence d’un programme national de formation.
•
Un programme national de formation à la spiritualité ignatienne est en cours de lancement : un projet pilote est prévu pour mai 2025.
La formation ignatienne est au cœur de la mission des jésuites au Canada, car elle guide et inspire aussi bien les jésuites que leurs partenaires laïcs. Afin de renforcer la formation et l’accompagnement spirituel à travers le pays, les ministères axés sur la spiritualité ont entrepris de collaborer plus étroitement afin de mutualiser leurs ressources et de nationaliser la formation à la spiritualité ignatienne.
Kevin Kelly, SJ, Assistant provincial pour la spiritualité ignatienne, évoque ici les défis et les possibilités de ce secteur qui réunit les paroisses, les aumôneries, les communautés de vie chrétienne, les maisons de retraite et les centres de spiritualité. Leur travail aura un impact sur tous les apostolats de la province.
Quelle est la réalité de la Province actuellement dans votre secteur?

La Province est en pleine mutation. Avec moins de jésuites et plus de partenaires laïcs, nous avons besoin de bien asseoir la présence ignatienne dans nos paroisses, nos aumôneries universitaires, nos maisons de retraite… et dans toutes nos œuvres. La collaboration est essentielle. Mais cela suppose des changements dans certains de nos apostolats. Il nous faut adopter une approche plus ciblée, plus intentionnelle, et nous adapter à la diversité géographique, linguistique et culturelle du Canada.
Nous constatons également une forte demande d’accompagnement spirituel, de retraites et de formation, non seulement en direction spirituelle, mais aussi en ce qui a trait aux fondements de la spiritualité ignatienne. Ces besoins sont réels, mais nos ressources limitées nous obligent à y répondre de manière coordonnée. Ce qui nécessite de la collaboration et une mission de formation commune. Il faudra probablement que les équipes de formation qui travaillent dans nos œuvres à travers le Canada modifient leur façon de faire pour répondre non seulement aux besoins des personnes qu’elles servent, mais aussi aux appels des autres apostolats jésuites.
Où en sommes-nous actuellement dans le secteur de la spiritualité ignatienne ?
Le secteur Spiritualité et Pastorale regroupe une grande variété de ministères. Malgré certains points communs, chaque domaine est confronté à des défis et des opportunités spécifiques. Cette diversité constitue notre premier défi : comment fédérer ces ministères, respecter leur singularité et les aider à remplir leur mission tout en favorisant la collaboration ?
Un lien essentiel rapproche nos œuvres : c’est la nécessité d’une formation solide à la spiritualité ignatienne, que ce soit dans les paroisses, les maisons de retraite, les collèges ou les autres milieux. Nous voyons bien les fondements communs et les possibilités de collaboration, mais dans le passé, ces ministères n’ont pas toujours été connectés de manière intégrée. C’est à la fois un défi et une chance à saisir.
Pour aller de l’avant, nous devons mieux comprendre nos ministères spirituels et leurs besoins, notamment en matière de formation et de soutien spirituel. Le travail ne fait que commencer (par une évaluation des besoins), mais une première conclusion s’impose déjà : nous devons nationaliser notre approche de la formation et décloisonner nos efforts pour que nos œuvres, qui ont un personnel limité, puissent recevoir ce dont elles ont besoin.
Nous envisageons de réunir des spécialistes de différents aspects de la formation ignatienne pour leur permettre de s’adresser à un public plus large. Les maisons de retraite disposent déjà de structures pour faire ce travail, mais ce n’est pas le cas d’autres ministères. Nous possédons des compétences et une expérience précieuses : en travaillant ensemble, nous pourrons mieux déployer nos forces collectives. Pour l’instant, nous appelons cette initiative le Programme canadien de formation à la spiritualité ignatienne.
Quels sont les piliers, ou les priorités, de cette initiative nationale ?
Elle s’articule autour de trois axes clés.
- Le premier pilier soutiendra toutes nos œuvres au Canada et les personnes qu’elles servent. Axé sur la formation à la spiritualité ignatienne, il part des bases et progresse vers la pratique des Exercices spirituels, dans la vie quotidienne ou dans le cadre d’une retraite de plusieurs jours. Ce pilier veut répondre à des besoins précis : enseigner aux gens la prière ignatienne; les entraîner à développer leur conscience de soi et la reconnaissance de la présence de Dieu dans leur vie quotidienne et dans le monde; et les aider à discerner leurs choix de vie.
- Le deuxième pilier se concentre sur l’accompagnement spirituel : former de nouveaux directeurs et directrices spirituels capables d’animer des retraites, de faciliter des démarches de discernement communautaire et de fournir une direction spirituelle continue.
- Le troisième pilier porte sur le discernement communautaire : Gabriel Côté, SJ, et d’autres formeront des individus pour accompagner les groupes et les soutenir dans leurs processus de discernement communautaire.
Comment comptez-vous amorcer ce processus ?
La première étape consiste à élaborer un nouveau cours destiné aux partenaires des jésuites de tous les secteurs de la Province canadienne. Ce cours permettra aux participants de mieux comprendre les jésuites, nos Préférences apostoliques universelles (PAU), la tradition jésuite et ignatienne au Canada, la diversité de nos œuvres apostoliques, les fondements de la spiritualité ignatienne et nos priorités, comme notre présence auprès des peuples autochtones.
Même si les cours en ligne offerts par différentes conférences jésuites fournissent une partie de ce contenu, notre contexte canadien est unique. Ce nouveau Programme permettra à tous les jésuites et partenaires en mission de la Province, du préposé à l’entretien dans un centre de retraite à l’enseignant dans l’un de nos collèges, d’acquérir une compréhension fondamentale de la spiritualité jésuite et ignatienne. On cherche aussi à créer des liens et à décloisonner les différents ministères. Le programme pilote sera lancé en mai à la Villa Saint-Martin.
Travaillez-vous également avec la Conférence jésuite du Canada et des États-Unis ?
Dans le domaine de la formation, la Conférence offre des structures et des ressources précieuses dont nous bénéficions et auxquelles nous collaborons. Les provinces américaines partagent généreusement des programmes qui nous aideront à élaborer une programmation adaptée à la réalité canadienne. Par ailleurs, nous avons aussi une expertise, notamment en accompagnement spirituel et en formation au discernement communautaire, que nos collègues américains souhaitent utiliser. Les Assistants provinciaux et moi-même sommes à même de mesurer les avantages de cette mise en commun des ressources.
