La formation jésuite au service des plus marginalisés

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Par Joanna Kozakiewicz

Jean Gardy Joseph, SJ, a grandi en Haïti bien enraciné dans l’amour et la foi de sa famille ainsi que de sa communauté. Au tournant des années 2000, l’Église était bien plus qu’un lieu de culte ; elle était un espace vital de formation et de rassemblement.  

Aujourd’hui jésuite, il poursuit sa formation au Canada. « Jean Gardy a une facilité avec les gens. Il est doté d’un caractère naturellement enjoué et sociable, et il établit facilement des liens avec les autres », souligne son collègue Hugo Ducharme, coordonnateur du parrainage et chef de bureau au Service jésuite des réfugiés (SJR-Canada). Ainsi ancré dans l’esprit de rencontre qui a marqué son enfance et dans le discernement qu’il a approfondi lors de sa formation, Jean Gardy s’efforce chaque jour de mettre sa foi en action. 

À la croisée des chemins  

L’appel à la prêtrise s’est manifesté tôt chez Jean Gardy, et les années d’instruction chez les pères montfortains l’ont profondément marqué. 

« En les voyant célébrer à l’autel, je sentais naître en moi ce désir simple, mais profond, de vivre comme eux, de donner ma vie comme eux », explique le jeune homme. Ce désir a progressivement mûri. Puis, Jean Gardy a fait une rencontre surprenante avec une religieuse qui lui a fait découvrir les jésuites. 

Il a alors commencé à lire sur la vie de saint Ignace et les Exercices spirituels. « Cette découverte a été pour moi à la fois déstabilisante et bouleversante. C’était quelque chose de totalement nouveau, exigeant, profond, mais étrangement familier », explique Jean Gardy. Même s’il ressentait que la spiritualité ignatienne lui correspondait davantage, la décision d’entrer dans la Compagnie de Jésus n’a pas été un choix facile.  

« Je me retrouvais alors face à un véritable dilemme : choisir entre les montfortains qui m’avaient formé, les prêtres diocésains que je connaissais bien, et les jésuites que je ne connaissais presque pas ». À la suite de son discernement, il a finalement opté pour le noviciat jésuite en 2018.  

Un appel concret pour servir les personnes réfugiées  

Après avoir prononcé ses premiers vœux, Jean Gardy est envoyé en République dominicaine pour y faire des études en philosophie et en sciences sociales. C’est durant ces années que s’est affirmé en lui un nouveau désir, qui a grandi au contact des réalités humaines et sociales rencontrées sur le terrain, soit l’accompagnement des personnes réfugiées. 

Ainsi, depuis presque deux ans, il travaille comme intervenant communautaire au SJR. Son rôle consiste à être présent, à accompagner et à créer des liens. Avec une équipe de bénévoles engagés, il va à la rencontre des personnes réfugiées afin de leur offrir un espace d’écoute, de soutien et de fraternité, particulièrement durant les premiers mois suivant leur arrivée, une période souvent marquée par la fragilité et l’isolement. Cette étape de sa formation jésuite a été révélatrice, explique-t-il : « Elle a confirmé en moi la conviction que mon appel est indissociablement lié à la mission, au service de la foi et à la promotion de la justice. » 

 « Mon appel est indissociablement lié à la mission, au service de la foi et à la promotion de la justice. » – Jean Gardy Joseph, SJ 

M. Ducharme le constate aussi au quotidien : « La manière dont Jean Gardy parle dans nos réunions, les petites allusions qu’il fait, tout cela rappelle que ce n’est pas un simple travail pour lui. Il est porté par quelque chose de plus grand. » 

Étudier pour mieux accompagner 

Selon la tradition de la Compagnie de Jésus, un jésuite est appelé à être solidement formé afin de répondre avec justesse et discernement à la mission qui lui est confiée. Dès le noviciat, Jean Gardy a reçu une préparation à la fois humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale, qui lui permet de servir de manière adéquate. « Cette formation m’a aidé à garder les deux pieds sur terre et à sortir de la caverne », dit-il.  

Ses études lui ont aussi offert une compréhension élargie et approfondie du monde et de la personne humaine. Elles lui ont appris à penser de manière critique, à dialoguer avec les réalités contemporaines et à défendre la dignité humaine jusqu’au bout.  

Cette formation a transformé profondément sa manière de réfléchir, ainsi que son comportement et ses réactions face aux différentes circonstances de la vie ; tout cela s’est fait en tenant compte du temps, du lieu et des personnes, un principe cher à la tradition ignatienne. Celle-ci lui a aussi appris la véritable définition de la dignité humaine. « En toute circonstance, il faut d’abord reconnaître la personne qui se tient devant moi, avant de voir sa situation, son statut ou son histoire », partage Jean Gardy. 

Il a ainsi appris à regarder chaque personne comme un frère ou une sœur, et non comme un dossier à gérer. Cette posture intérieure le rend capable d’accueillir la parole, les silences, les larmes et aussi les espérances qui émergent peu à peu dans les relations qu’il développe avec les réfugiés.  

« Dans cette perspective, accompagner ne consiste pas à faire “à la place de l’autre”, mais à marcher avec lui, à respecter son rythme et à reconnaître sa capacité de résilience. » 

Jean Gardy, profondément enraciné dans l’Église d’Haïti et la spiritualité ignatienne, considère sa mission auprès des réfugiés comme un engagement qui va bien au-delà d’une simple implication sociale. « Elle est un lieu de rencontre avec le Christ vivant, présent dans les visages blessés, mais porteurs d’espérance de celles et ceux qui marchent sur les routes de l’exil. »  

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