Histoires

Par Fannie Dionne

« Le rabbin rose » photo : Archives des jésuites au Canada

Marcel Lapointe, jésuite, artiste et professeur, est né à Magog en 1928. Il a d’abord étudié au Séminaire de Sherbrooke et au Collège Sainte-Marie de Montréal avant d’entrer dans la Compagnie de Jésus en 1952. Ordonné prêtre en 1963, il s’inscrit en 1966 à l’École des Beaux-Arts de Montréal, où il s’initie à l’estampe avec l’aide d’Albert Dumouchel. 

« Chez Marcel, l’homme, l’artiste et le spirituel n’étaient qu’une seule personne. Cette personne, il l’offrait simplement à ceux qu’il rencontrait, et par son travail artistique », selon le père Daniel LeBlond, artiste jésuite. Les nombreux écrits retrouvés dans son fonds d’archives mettent également en lumière sa profonde conviction qu’il répondait le mieux à sa vocation religieuse à travers la création artistique et l’enseignement des arts, notamment aux jeunes. 

Présentation d’un jésuite en trois temps. 

L’homme 

« Marcel était avant tout un être exceptionnel, doué d’une écoute réelle et profonde et d’une amitié hors du commun. Ses fragilités construisaient l’homme et l’artiste qu’il était » écrit LeBlond. 

D’autres témoignages soulignent également sa grande sensibilité. « Il pouvait vivre des émotions très fortes, mais il pouvait aussi sentir l’humeur de l’autre, se souvient le père Bernard Carrière, SJ. Je me souviens que parfois, lorsque j’arrivais chez lui, il disait “Qu’est-ce qui te dérange ?” juste à voir mon allure. » 

Il avait aussi beaucoup d’humour et était chaleureux comme on le voit rarement. Personnalité très attachante, Marcel Lapointe avait ainsi de bonnes relations avec ses confrères. Il entretenait également beaucoup d’amitiés hors de la Compagnie de Jésus.  

Le professeur 

« Les gens qui ont eu Marcel Lapointe comme professeur, c’est sûr que 20, 30 ans plus tard, ils en parlent encore comme quelqu’un qui a marqué leur vie », soutient le père Michel « Jim » Lefebvre, SJ. De 1964 à 1996, sur fond de musique classique, le père Lapointe a donné des cours d’arts plastiques au Collège Jean-de-Brébeuf. 

Marcel Lapointe, SJ, (première à droite), enseigne les arts auCollège Jean-de-Brébeuf. Bien que ne possédant plus d’institutions d’enseignement au Québec, plusiers jésuites sont encore impliqués de diverses manières en éducation. Archives des jésuites au Canada. photo : Paul Hamel, SJ

Les propos de René Massicotte, ancien étudiant du Collège Jean-de-Brébeuf, vont dans le même sens : « Mes souvenirs sont encore très clairs et indélébiles. Je ne considérais pas Marcel comme un “père” jésuite, mais comme un artiste et un pédagogue de grand talent. Sa manière d’enseigner, sa sensibilité et sa patience étaient exemplaires ! Avoir étudié à Brébeuf a été une expérience unique, et avoir eu Marcel comme professeur d’arts a été un énorme privilège pour moi. Je garderai ses conseils jalousement toute ma vie. » 

« Avoir étudié à Brébeuf a été une expérience unique, et avoir eu Marcel comme professeur d’arts a été un énorme privilège pour moi. Je garderai ses conseils jalousement toute ma vie. »

« C’était un éducateur absolument remarquable », selon Lefebvre. Un éducateur ? « Pour moi, un éducateur, c’est quelqu’un qui transcende la matière et qui, en plus de s’attacher au contenu du cours qu’il doit donner, va accorder beaucoup d’importance à l’étudiant qui est devant lui. Les étudiants savaient qu’ils pouvaient compter sur lui au besoin. »  

En effet, il établissait des liens avec ses étudiants, considérant chacun comme un être unique avec son histoire. Par exemple, à la fin de sa carrière de professeur, alors qu’il avait les cheveux blancs, un grand jeune homme lui a demandé : « Est-ce que je peux vous appeler “grand-père” ? » Et la réponse fut : « Si ça te fait plaisir ! » 

Par exemple, à la fin de sa carrière de professeur, alors qu’il avait les cheveux blancs, un grand jeune homme lui a demandé : « Est-ce que je peux vous appeler “grand-père” ? » Et la réponse fut : « Si ça te fait plaisir ! »

Marcel Lapointe était également admiré et estimé de ses étudiants parce qu’il était un bon pédagogue. Il savait stimuler et encourager ceux et celles qu’il formait à la pratique exigeante du dessin et de la gravure.  

Et le cours d’arts plastiques n’était d’ailleurs pas un cours facile. Le professeur imposait le respect. Les étudiants arrivant une minute en retard ne pouvaient pas entrer en classe. Il exigeait aussi, le soir, que les gens mettent de l’ordre sur leur table. Si un jeune y manquait, il était certain d’avoir des remarques le lendemain. Ces leçons étaient vite comprises. La rigueur du jésuite montrait aux étudiants qu’un cours d’arts était aussi valable qu’un cours de physique ou de mathématiques et que conséquemment, il était à prendre au sérieux. Cette rigueur montrait aussi à des jeunes provenant souvent de milieux favorisés à répondre à certaines exigences.  

La rigueur du jésuite montrait aux étudiants qu’un cours d’arts était aussi valable qu’un cours de physique ou de mathématiques et que conséquemment, il était à prendre au sérieux.

L’artiste 

« Pour moi, Marcel était surtout un graveur et un dessinateur. Ses gravures expriment son extrême sensibilité et son regard intérieur dialoguant avec tout ce qui l’entourait. Regard intérieur. Il adorait particulièrement les arbres. Il en a dessiné pendant des heures. Pour lui, chacun était unique. Je sais maintenant que chaque arbre lui disait l’unicité de chaque être », écrit LeBlond. « Les arbres et leurs racines profondes représentaient les liens en profondeur », ajoute Carrière.  

Marcel Lapointe faisait de la peinture avant même son entrée dans la Compagnie de Jésus. Après ses études à l’École des Beaux-Arts de Montréal, il a pratiqué la gravure durant plus de 35 ans, sous toutes ses formes ; il s’adonnait aussi au dessin et au graphisme.  

Même s’il a beaucoup produit, il n’a pas été souvent mis en lumière. En effet, tous s’entendent pour dire qu’il n’aimait pas beaucoup les mondanités ; il a donc peu exposé. C’est le paradoxe d’un artiste qui préférait le travail solitaire et ne cherchait pas à se faire connaître ; il ne se sentait pas à l’aise quand il se retrouvait dans une foule. Mais il partageait sa passion de l’art avec les autres. Carrière se rappelle que son collègue l’a entraîné dans la vision des artistes dont ils visitaient les expositions. Il partageait également le rapport avec les choses, à la nature, ce qui est indispensable au peintre.  

photo : Fannie Dionne

Le père Lapointe a été responsable de la collection d’œuvres d’art de la province du Canada français de la Compagnie de Jésus ainsi que membre du comité de la sauvegarde du patrimoine religieux du diocèse de Montréal. Il a aussi donné des cours à l’atelier de gravure du Centre de créativité du Gesù, au centre-ville de Montréal, de 1996 jusqu’à sa mort, en 2008. 

LeBlond se souvient : « À sa table de travail, un bois en élaboration, au crépuscule de sa vie, était déposé. Son ultime création, un arbre, mais qui cette fois-ci, pour la première fois, rejoint doucement la terre. Marcel savait. »  

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