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Par Fannie Dionne
Le vendredi 30 mai 2025, les Jésuites du Canada transféraient officiellement la gouvernance du Anishinabe Spiritual Centre (ASC) à un nouveau conseil d’administration dirigé par des Autochtones, avec la participation continue du diocèse de Sault Ste. Marie pour l’orientation sacramentelle et la supervision spirituelle.
Ce changement de gouvernance entend confirmer le leadership autochtone en matière de foi, de culture et de vie communautaire, et s’aligne sur l’appel à l’action 60 de la Commission de vérité et réconciliation, qui met l’accent sur le droit des peuples autochtones à l’autonomie spirituelle et au leadership.

Au cœur de ce nouveau jalon se trouve Edwina MacDonald, directrice générale du Centre depuis deux ans. Au début de son mandat, elle avait pressenti un changement radical. Un jour qu’elle se trouvait dans son petit chalet au bord du lac, elle entendit un bruit étrange, comme un hélicoptère. « J’ai regardé par la fenêtre. Sept aigles s’étaient posés sur le terrain. L’un d’eux s’est retourné et m’a regardée. » Lorsqu’Edwina a demandé à une aînée ce que cela pouvait signifier, on lui a répondu : « Un grand changement s’annonce. Prépare-toi. » Et c’est ce qu’elle a fait, résolue à accueillir l’avenir avec détermination et dans la confiance.
« Le travail avec les peuples autochtones pour le Royaume de Dieu ne consiste pas simplement à les accompagner dans leurs besoins, mais à susciter leur spiritualité et la nôtre, afin de mieux collaborer au bien spirituel et au bien commun du monde. » – P. Peter Bisson
« Le changement est difficile, mais il est bénéfique. Nous avançons dans une nouvelle direction, toujours aux côtés de nos pères jésuites, et tout va bien. »
D’organisation jésuite à organisation autochtone
Le Anishinabe Spiritual Centre a été fondé au début des années 1980 par les Jésuites du Canada, en collaboration avec le diocèse de Sault Ste. Marie et les Premières Nations locales, pour répondre au profond désir d’un centre de formation spirituelle ancré à la fois dans la foi catholique et dans les traditions culturelles autochtones.
L’an dernier, confrontés à des difficultés financières et organisationnelles, les Jésuites du Canada ont fait connaître leur intention de se retirer du Centre. Mais avant tout, ils ont tenu à entamer sur place un processus de discernement avec un groupe restreint de partenaires autochtones catholiques engagés activement dans la vie du Centre depuis ses débuts. De ce discernement commun est née la conviction que le ASC devait poursuivre ses activités sous une direction autochtone.
Le changement reflète l’évolution des rapports entre la Province jésuite et le Centre en fonction des Préférences apostoliques universelles (PAU). « Il y a cinq ans, pour parler du ASC et des PAU, j’aurais situé notre collaboration avec le Centre dans l’orbite de la deuxième Préférence apostolique universelle (cheminer avec les exclus), explique le père Peter Bisson, SJ. Mais aujourd’hui, je suis convaincu qu’elle relève d’abord de la première : montrer le chemin vers Dieu. Le travail avec les peuples autochtones pour le Royaume de Dieu ne consiste pas simplement à les accompagner dans leurs besoins, mais à susciter leur spiritualité et la nôtre, afin de mieux collaborer au bien spirituel et au bien commun du monde. »
Au fur et à mesure de la transition, des questions se posent tout naturellement quant à l’avenir. Mais madame MacDonald, connue pour son leadership relationnel, est rassurée par le processus. « Un point positif, et j’en suis très fière, c’est que nous n’avons perdu aucun membre de notre personnel pendant toute la durée du processus. Les gens avaient entendu dire qu’ils pourraient perdre leur emploi dans les cinq mois. Mais ils ont tous cru en cet endroit – tout comme moi, comme les amis qui nous aident ici et comme les jésuites qui ont mis tant d’amour dans ce lieu. »
Sur le chemin de la réconciliation
Cette transition s’inscrit dans une démarche de réconciliation plus ample, dans laquelle les Jésuites du Canada sont engagés depuis un bon moment. Si des tensions sont apparues au début du processus en raison de problèmes de communication, les relations ont tenu bon. « Les 40 années de travail avec les jésuites sont gravées dans la mémoire des gens, explique madame MacDonald. Le bon travail accompli au fil des ans les aide à surmonter leurs premières réactions. L’histoire de cet endroit, la bonté dont il est imprégné, le projet lui-même, tout cela nous a permis d’aller de l’avant. »
Bien que les jésuites ne gèrent plus le Centre, les relations restent solides. Le ASC accueille des groupes jésuites pour des retraites ou des réunions et il est ouvert à une collaboration plus étroite. « Nous serions ravis d’avoir un prêtre ici pendant six semaines pour l’adoration et pour célébrer la messe », ajoute Mme MacDonald.
Le ASC est également associé à la faculté de théologie de Regis St. Michael dans le cadre du programme Damigong Bimiikaadwining. Chaque mois, une personne du Regis College se rend au ASC pour animer des sessions de formation sur l’Ordre diocésain du service et le programme des ministères laïcs. « Les occasions ne manquent pas de poursuivre notre relation avec les jésuites, pour leur croissance comme pour la nôtre. Nous gagnons à être ensemble et à cheminer ensemble », insiste Mme MacDonald.
Le père Gordon Rixon, SJ, s’inscrit dans ce partenariat en sa qualité de président du Regis College. « La transition s’est faite en douceur, car le programme que nous soutenons et auquel nous participons était déjà dirigé par les Autochtones. Nous fournissons des ressources, et eux portent la mission. Les personnes qui dirigent ce programme sont extraordinaires : ce sont principalement des femmes qui ont vécu une rencontre profonde, vraiment profonde, avec le Christ. Et j’estime qu’elles portent la semence du renouveau de l’Église au Canada et au-delà. »
Cette relation, ajoute-t-il, est mutuellement enrichissante : « C’est très encourageant, ce témoignage de foi, ce témoignage de leadership. J’y vois le Christ présent dans le monde. »
« Les occasions ne manquent pas de poursuivre notre relation avec les jésuites, pour leur croissance comme pour la nôtre. Nous gagnons à être ensemble et à cheminer ensemble » – Mme Edwina MacDonald.
Le rôle des jésuites en est donc un d’accompagnement : ils offrent présence, solidarité et soutien, selon les besoins. « L’accompagnement a certainement un rôle à jouer, confirme le père Bisson, car il est souvent plus facile pour les Autochtones de naviguer dans les structures de l’Église avec des collègues comme les jésuites. Mais sur le plan spirituel, je crois que cela devient de plus en plus un véritable partenariat. »
Une vision d’avenir
Fort de sa nouvelle gouvernance, le Anishinabe Spiritual Centre entre dans une phase de revitalisation pour mieux servir un nombre croissant de communautés et d’institutions. Car même si le ASC est né dans le nord l’Ontario, il aspire à devenir un centre national de formation au ministère laïc et de sensibilisation à la vérité et à la réconciliation, et voudrait accueillir des groupes de partout au Canada pour de la formation spirituelle, de la sensibilisation et des échanges culturels.
L’un de ses ministères les plus influents est l’Ordre diocésain du service (DOS) qui, depuis plus de 40 ans, forme des femmes et des hommes au ministère laïc. Sous sa forme actuelle, ce programme se démarque dans l’Église catholique. Le DOS a débuté comme un programme de formation au diaconat qui incluait les épouses des futurs diacres, mais un développement inattendu s’est produit. « Ce sont les femmes qui ont pris l’initiative de servir », explique madame MacDonald.
Aujourd’hui, les femmes du DOS suivent un programme de formation de quatre ans et participent à des sessions mensuelles au Centre. L’évêque leur a confié le mandat de jouer un rôle actif et d’assumer leurs responsabilités de laïques dans l’Église catholique autochtone. Leur ministère étendu est profondément ancré dans les besoins de la communauté, notamment lors des « veillées funèbres », qui durent souvent trois jours et comportent réflexion, accompagnement et animation liturgique. Les femmes animent également des services de communion dans les communautés où les prêtres sont rares : un prêtre consacre à l’avance un nombre suffisant d’hosties qu’il dépose dans le tabernacle du Centre ou dans une mission locale. « Avec l’aide du Regis College nous espérons affiner le modèle et le faire évoluer, notamment dans le Nord, où certaines communautés restent plusieurs mois sans prêtre », explique la directrice générale du Centre.
Le chemin à parcourir reste semé d’embûches. Comme de nombreux ministères, le ASC fait face à des contraintes financières. Mais madame MacDonald garde espoir : « je crois sincèrement que si Dieu veut que nous fassions quelque chose, et s’il le veut ici, cela se réalisera. »
Site de pèlerinage du Jubilé 2025
En reconnaissance de son importance spirituelle et culturelle, le ASC a été nommé site officiel de pèlerinage du Jubilé 2025, destination sacrée pour la réflexion, la guérison et le renouveau en cette Année mondiale de l’espérance.
Et la vision continue de se concrétiser, explique Edwina MacDonald : « Des bénévoles, de bons amis à moi, abattent des arbres pour aménager le sentier des mocassins de sainte Kateri. Les pèlerins pourront s’aventurer dans la forêt jusqu’à une statue de sainte Kateri, haute d’un mètre cinquante. Nous avons également reçu une magnifique statue de la Vierge et nous prévoyons d’ajouter un chemin de croix. »
Cette perspective vous inspire ? N’hésitez pas à prendre contact avec le ASC et à poursuivre la relation avec le Centre.
Pour en savoir plus et pour soutenir le Anishinabe Spiritual Centre (en anglais).
