Le monde est son monastère : le parcours du P. Jeffrey S. Burwell, SJ

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Par José Sanchez et Fannie Dionne

Le père Burwell photographié lors d’une promenade par son collègue et ami Daniel MacLeod.

On nous décrit parfois des conversions dramatiques ou des cheminements laborieux pour trouver sa voie. Et si les transformations les plus profondes se tramaient dans le calme et la sérénité, en observant un danseur autochtone autour d’un feu de camp, en servant des repas à des inconnus ou en se laissant surprendre par la fraternité dans les couloirs d’une prison? Des rencontres ordinaires éclairent souvent les vérités les plus profondes de la vie. 

À l’heure des réseaux sociaux et du réseautage professionnel, nous avons du mal à établir des liens authentiques. Nous aspirons à quelque chose de vrai, qui dépasse ce qui est superficiel et touche à notre humanité profonde.  

La première fois qu’on rencontre le père Jeffrey S. Burwell, SJ, on remarque ses bottes de cow-boy, un accessoire plutôt improbable pour un provincial jésuite. Pourtant, elles ne détonnent pas chez quelqu’un qui passe sans effort d’une séance de négociation avec des leaders autochtones à un entretien à bâtons rompus, d’un amphithéâtre universitaire aux corridors d’un pénitencier. 

«En jeans et coton ouaté, vous ne devinez pas qu’il est prêtre, confie Daniel MacLeod, professeur au St. Paul’s College de Winnipeg. Quand il est venu me prendre à la maison pour mon premier jour de travail, mes enfants n’arrêtaient pas de me demander : “Quand est-ce que le curé va arriver?” Il est venu et reparti sans qu’ils réalisent qui il était. Il n’a rien de l’ecclésiastique austère des romans du XIXe siècle. Il est dans le coup.» 

Des feux de prairie aux pénitenciers  

Enfant, le père Burwell se rendait souvent à Grayson, petite ville qui avoisine la communauté autochtone de Cowessess. «Dans l’un de mes premiers souvenirs, je me revois à 14ans assis autour d’un feu de camp. L’oncle de quelqu’un était de retour; il dansait avec des cerceaux… et s’est métamorphosé en aigle. C’était la chose la plus incroyable que j’aie jamais vue.» Dans les années qui ont suivi, le jeune Jeffrey Burwell est souvent retourné dans cette communauté. 

À 16 ans, une amende pour excès de vitesse l’a conduit à la mission de Souls Harbor et à un certain moment, quelque part entre le nettoyage des toilettes et le service des repas, principalement auprès d’Autochtones des quartiers défavorisés, un changement s’est produit en lui. «Je suis tombé amoureux du service aux personnes brisées et dans le besoin, et j’ai aussi pris conscience de la dignité humaine et du courage qu’il faut pour dire : “J’ai besoin d’un repas.”» Ces premières expériences ont façonné sa compréhension du monde et sa foi dans le pouvoir transformateur de l’humilité et du service. 

«Chaque personne a quelque chose à nous apprendre si nous savons nous ouvrir à une véritable conversation.» 

Construire des ponts : là où la tradition rencontre la vie réelle 

Son parcours amorcé avec une éducation catholique traditionnelle a emprunté des chemins inattendus. Lors d’un programme d’échange, il a rencontré sœur Olivette Poulin, une Augustine de la Miséricorde de Jésus au monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec. Elle avait un don. « Elle m’a dit tout de suite : “si tu veux être prêtre, tu devrais entrer chez les jésuites”», se rappelle le père Burwell. La passion avec laquelle elle évoquait les missionnaires jésuites de la Nouvelle-France a touché une corde sensible chez lui. «C’était une grande aventure et ça correspondait à ma personnalité.» Cette conversation a changé le cours de sa vie. 

Le P. Burwell a été aumônier de la Gendarmerie royale du Canada.

Daniel MacLeod peut témoigner de la diversité des engagements du père Burwell : «Il faisait toujours autre chose, littéralement un tout autre travail. Que cela soit dans les prisons, avec la GRC, dans les communautés rurales ou au collège. » Il ajoute que pour préparer son premier entretien d’embauche, il a fait une recherche sur Google et il a découvert que ce dernier préparait sa licence de pilote tout en poursuivant son doctorat en éducation et en enseignant à l’université. 

«Le monde est notre monastère», dit Jeffrey Burwell. Cette prise de conscience découle de son expérience de novice dans un monastère trappiste. Cela l’a enraciné encore plus profondément dans sa vocation jésuite; une vie de service, fondée sur les rapports humains et sur l’action, où s’estompent les frontières entre prière et présence. 

Le pouvoir de la présence 

Le ministère du père Burwell l’a amené à visiter des endroits où la plupart des gens ne s’aventurent jamais, comme les couloirs rébarbatifs du pénitencier de Stony Mountain, à l’extérieur de Winnipeg. Il parle avec révérence de la sagesse qu’il y a trouvée. «Les détenus que j’ai rencontrés possèdent des qualités qui font peut-être les meilleurs chrétiens», dit-il. «Ils ont perdu leur liberté, leur réputation et leurs biens, tout ce que le monde juge important. Ils sont obligés de se demander : ‘Qu’est-ce qui est important pour moi maintenant?’ Les transformations les plus profondes se produisent souvent lorsque nous sommes aimés dans notre fragilité, lorsque disparaît tout ce que le monde juge important.» 

Dans son travail auprès des communautés autochtones du nord du Manitoba et de la Saskatchewan, le père Burwell montre comment la simple présence peut guérir et unir les gens. «Son travail était presque entièrement de nature pratique », observe Daniel MacLeod. « Il connaissait ces personnes personnellement et entretenait des relations avec elles depuis des années. Il était un phare pour ces collectivités qui semblaient coupées de l’Église. Il administrait les sacrements pendant une partie de pêche ou lors d’une sortie en motoneige avant la messe de Pâques.» 

Le père Burwell passe Pâques à La Brochet, une communauté des Premières nations du Manitoba.

Pour quelqu’un qui a grandi en Saskatchewan, il n’est pas difficile de nouer des liens. «Je n’ai pratiquement jamais rencontré un Autochtone qui n’aime pas le hockey, la pêche blanche, la chasse ou les camions, observe le père Burwell. Je viens de la Saskatchewan, ces gens-là sont mes frères.» Un mois après une messe de Noël, quelqu’un l’a attrapé par-derrière dans une prison de Regina; il lui a dit : «Tu étais là pour la communauté quand elle était dans le besoin. Tu ne peux pas imaginer à quel point ça a été important.» 

«Les transformations les plus profondes se produisent souvent lorsque nous sommes aimés dans notre fragilité, lorsque disparaît tout ce que le monde juge important.» 

«J’ai toujours aimé être avec les gens, dit le père Burwell. Lorsque mon mandat de provincial sera terminé, je serais très ouvert si la Compagnie de Jésus me renvoyait travailler avec les pauvres et les personnes vulnérables;  parce que je suis aimé, je peux partager cet amour avec tout le monde. En devenant jésuite, vous savez que vous ne serez jamais le numéro un dans la vie d’une personne. Mais vous savez aussi que vous pouvez devenir le numéro deux dans la vie de plus de personnes que vous ne l’auriez jamais imaginé. Pour moi, c’est magnifique.» 

 

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Le père Jeffrey S. Burwell, SJ, est un spécialiste de l’éducation. Ses recherches doctorales l’ont conduit en Terre sainte, où il a travaillé sur la réalité des écoles catholiques de Jérusalem-Est et de Cisjordanie. Lorsqu’il était chargé de cours en études catholiques (au St. Paul’s College de l’Université du Manitoba et au Campion College de l’Université de Regina), il équilibrait son emploi du temps en servant à titre d’aumônier de la police (GRC) et des personnes incarcérées. Pendant ses vacances universitaires, il allait faire du ministère dans les communautés autochtones dénées et cries de la Saskatchewan et du Manitoba. Depuis le 31 juillet, il est le provincial des Jésuites du Canada. 

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