Histoires

Les études des membres de la Compagnie de Jésus ont une fin apostolique ; elles visent à mieux servir la mission que Dieu confie à la Compagnie et à chaque jésuite. Et depuis ce mois de septembre, les jésuites du Canada proposent un tout nouveau cursus à Québec pour les jeunes jésuites qui font leurs premières études !

Il faut dire que la formation des jésuites (détaillée par saint Ignace de Loyola lui-même !) est parfois actualisée. En 2014, le P. Nicolás, alors Supérieur général de la Compagnie de Jésus, publia une lettre appelant à renouveler et réviser la formation intellectuelle des scolastiques et des frères jésuites. Les sept conférences jésuites, dont celle du Canada et des États-Unis, se sont alors attablées pour adapter les lignes directrices du Supérieur à leur propre réalité.

Le cursus révisé met de l’avant quatre éléments essentiels intégrés aux cinq étapes de la formation jésuites. Ces éléments ou « 4C » sont : comprendre le contexte de la mission, explorer le contenu de la foi, développer les compétences ministérielles et approfondir le charisme jésuite.

Ainsi, les modifications sont déjà en cours d’implantation dans les centres de la conférence du Canada et des États-Unis, dont le nouveau programme mis en place pour ancrer les jésuites dans la mission canadienne.

photo: Regis College

L’importance d’étudier dans le contexte apostolique canadien

Lors de leurs premières études, en plus du cursus de philosophie (surtout ses fondements comme la métaphysique, l’épistémologie, l’éthique) mandaté par l’église, les jeunes jésuites en formation, scolastiques et frères, étudient en histoire, en sciences religieuses et en sciences sociales. « On ajoute à cela l’analyse théologique du contexte et l’enseignement social de l’Église. La compréhension approfondie du contenu de la foi pour préparer à l’ordination aura lieu plus tard. Enfin, pour bien intégrer les dimensions intellectuelle, spirituelle et sociale, on prévoit un apostolat pratique, avec un discernement personnel et en commun sur leprogrès de cette intégration », détaille le P. Gilles Mongeau, socius et responsable de formation des jésuites du Canada.

Ainsi, après l’approfondissement spirituel du noviciat jésuite, les premières études permettent un approfondissement intellectuel du contexte de la mission, grâce à des études et à l’exercice d’un ministère à temps partiel.

En quoi cet approfondissement est important ? « Les outils spirituels, comme le discernement communautaire qui permet la lecture des signes des temps, ne sont utiles que par l’analyse intellectuelle qu’on apporte à ce discernement », explique le P. Mongeau. « Il faut ainsi des outils intellectuels approfondis qui permettent de mieux comprendre des questions importantes comme des enjeux culturels particuliers à un contexte. »

Avec la réforme des programmes de premières études, les jésuites canadiens en formation sont maintenant envoyés aux États-Unis ou en France. Cela ne leur permettrait donc pas d’approfondir leur compréhension du contexte de la mission au Canada avec ses enjeux particuliers comme l’histoire des relations entre les peuples qui composent le pays (autochtones-allochtones, francophones-anglophones, nouveaux immigrants, etc.), l’interculturalité, le dialogue interreligieux dans un contexte de sécularité, l’ultra-modernité et ainsi de suite. Pour remédier à ce problème, à la rentrée 2021, les jésuites feront la première année de leurs premières études à Québec.

Québec, carrefour d’une formation bilingue, spirituelle et intellectuelle

La ville de Québec offre en effet plusieurs avantages pour les jeunes jésuites.

Au niveau linguistique, les jésuites anglophones pourront parfaire leur français en étudiant à l’Université Laval et pourront évoluer dans un milieu francophone de manière apostolique. Au contraire, des jésuites francophones pourraient tirer avantage des cours d’anglais écrit offerts à l’université, avant de compléter leurs premières études aux États-Unis.

C’est aussi à Québec que se trouve le Centre de spiritualité Manrèse, qui va accompagner le discernement spirituel lié à l’approfondissement intellectuel.

En effet, souligne le P. Mongeau, « ce n’est pas comme si vous aviez un côté spirituel au noviciat et le côté intellectuel dans les premières études ! Manrèse est le lieu rêvé pour faire l’intégration entre la dimension intellectuelle et la dimension spirituelle. »

Le centre de spiritualité offre de la formation et de l’accompagnement spirituel ignatien depuis longtemps. De plus, sa formation est déjà liée à l’Université Laval.

Enfin, les liens que les jésuites entretiennent avec le diocèse de Québec sont positifs, explique le socius des jésuites du Canada, ce qui est un autre avantage du lieu.

photo: John O’Brien, SJ

Une formation pour les jésuites d’ailleurs

Le nouveau programme des premières études n’est pas que pour les jésuites canadiens, mais aussi pour les jésuites de toute la Conférence du Canada et des États-Unis.

« Ça fait partie de la réforme », explique le P. Mongeau. « Chaque programme aux États-Unis doit envoyer ses étudiants dans un contexte autre que le contexte américain. Pour la majorité des jeunes jésuites américains, cela va être dans un contexte hispanophone. Mais il est aussi important que de jeunes jésuites qui ont des bases de français viennent mieux comprendre le Canada. C’est important de les intégrer dans la réalité complète de la Conférence. »

La nouvelle formation jésuite, ancrée dans les « 4C », permet donc d’obtenir une bonne tension entre l’appropriation critique de la tradition jésuite, la rigueur, la responsabilité personnelle, d’une part, et une ouverture et une humble attention à l’autre, la réflexion continue et la collaboration avec d’autres, d’autre part. Le tout dans un contexte non seulement mondial, mais aussi canadien.

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