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Histoires

Par Jean Francky Guerrier, SJ, Coordonnateur de Programmes pour Haïti 

Le Père Jean-Francky Guerrier, SJ, coordinateur du programme pour Haïti au Bureau de développement des Jésuites du Canada (au centre), célèbre la messe. Scott McMaster, directeur de l’avancement (à droite), assiste à la liturgie.

En tant que coordonnateur de programme pour Haïti au bureau de développement des Jésuites du Canada, je me suis rendu en Haïti le 19 mai dernier pour une mission de cinq jours. Scott McMaster, directeur du bureau de développement des Jésuites pour le Canada, m’accompagnait. L’objectif était de visiter les œuvres Jésuites en lien avec le mandat de transformation.

Notre visite s’est déroulée dans un contexte de violence des gangs dans la capitale haïtienne et dans d’autres zones environnantes. Nous avons dû éviter Port-au-Prince pour nous rendre directement à Ouanaminthe, située dans le nord-est du pays et dont la population est estimée à quatre-vingt-quinze mille habitants. Ouanaminthe partage la frontière avec Dajabón (République dominicaine), qui a une population de soixante-cinq mille habitants. Le commerce est la principale source de revenus pour la plupart des habitants de la région.

Nous avons été accueillis chaleureusement par les membres du noviciat des Jésuites à Ouanaminthe, notamment par le supérieur Stanley Charles, SJ, et le régent Jean Pierre Paul Durand, SJ. Depuis la messe du matin de 6 h 15 et tout au long de la journée et de la soirée communautaire, nous avons été reçus comme des amis et des frères bien-aimés. Scott, profondément touché par l’accueil a déclaré : « Je n’avais jamais rencontré aucun des membres de la communauté, mais j’ai été accueilli chaleureusement. Je n’oublierai jamais leur générosité. »

En tant que natif d’Haïti, je peux témoigner que la vie continue grâce à la persévérance et à la foi du peuple haïtien.

Un peuple d’espoir et de foi

Contrairement aux allégations concernant la violence généralisée des gangs en Haïti, la région de Ouanaminthe est relativement peu dangereuse. Par ailleurs, il est injuste de dire que tout le pays est totalement paralysé. En tant que natif d’Haïti, je peux témoigner que la vie continue grâce à la persévérance et à la foi du peuple haïtien. Je cite Scott : « Au milieu de toutes ces difficultés, de ce chaos et de cette pauvreté, il y a de l’espoir et de la foi. L’éducation sera la clé qui permettra aux prochaines générations de prendre les mesures adéquates au changement. »

Des étudiants témoignent du fait que l’éducation est la clé de l’autonomisation de la prochaine génération d’Haïtiens et de la transformation de leur pays.

Formation intégrale

Notre première visite a été celle du Centre Éducatif de Bédou dirigé par les religieuses de la Compagnie de Marie Notre-Dame, en collaboration avec les Jésuites. Nous avons visité un projet d’apiculture initié par Sœur Carmen Rodriguez en collaboration avec le Jésuite Emilio Travieso. Dans notre entretien avec Sr. Carmen, elle a parlé de l’importance de ce projet pour le développement durable d’Haïti, car il contribue à la production de miel du pays. Ce projet s’inscrit dans la lignée de la formation intégrale impulsée par les Jésuites. Ceux qui viennent à l’école ne reçoivent pas seulement une éducation conventionnelle, mais développent également des compétences et des connaissances qui contribueront à la croissance et au développement de leurs talents. Sr. Carmen a souligné les progrès réalisés dans la formation des étudiants qui au début étaient réticents vis-à-vis d’un tel projet qu’ils considéraient comme conçu pour des personnes non éduquées. Avec le temps, ils en ont compris le sens et ont développé ce que Sr. Carmen appelle « une sorte de respect et de protection » pour les abeilles.

Le lundi 22 mai, Scott et moi, ainsi que le directeur régional de Foi et Joie, le Père Johnny Masseba, SJ, avons à nouveau visité l’école de Bédou, mais cette fois pour rencontrer les autres élèves, les enseignants et la directrice, Sœur Marie Rose Kahongya. La joie ressentie était contagieuse. Les élèves nous ont accueilli avec la danse et la chanson traditionnelles haïtiennes « Tonton Bouki eya eya ». À cela s’ajoutent la montée du drapeau et l’hymne national, « pour le drapeau pour la patrie marchons unis… », chanté en chœur avec fierté, et la prière du matin dite avec révérence et dévotion. Tout cela m’a persuadé qu’Haïti continuerait à se relever parce que la joie, l’harmonie et la foi sont très visibles au milieu du chaos et de la misère.

Scott a été accueilli à la porte de l’école par son nouvel ami « Dodo », un garçon de quatre ans qui s’est précipité vers lui lorsque nous sommes arrivés au Centre Éducatif de Bédou. Ce petit garçon lui a pris la main et lui a dit en créole « viens avec moi ». Cet enfant innocent, au cœur d’une pauvreté et d’un chaos extrêmes, l’avait vu à la messe et voulut le présenter aux autres enfants de 4 à 18 ans. La poigne de Dodo était un signe d’espoir et de fierté pour son école. Nous avons appris plus tard que Dodo était élevé par sa mère, âgée de 21 ans, qui était la meilleure étudiante lorsqu’elle est tombée enceinte et a mis au monde ce joyeux petit garçon. Grâce au soutien des Jésuites et de la Compagnie de Marie Notre-Dame, ce petit avait plus d’espoir et d’amour dans son petit doigt que la plupart d’entre nous ne pourraient jamais l’imaginer.

J’ai également été touché par le dévouement des professeurs qui enseignent aux enfants avec passion, malgré leurs faibles salaires. Dans un entretien avec Sr. Marie Rose, elle décrit les besoins les plus pressants de l’école. Il s’agit notamment d’augmenter la capacité d’accueil et de moderniser le laboratoire de biologie et de chimie, ainsi que la salle d’informatique. Elle explique qu’environ 900 élèves reçoivent une éducation de qualité à l’école, mais que plus de 1 000 autres sont refusés chaque année par manque de capacité d’accueil. En entrant dans le laboratoire de sciences et la salle réservée aux cours d’informatique, si on peut les appeler ainsi, les élèves apprenaient la chimie en utilisant des produits chimiques très dangereux, comme le montraient clairement les brûlures d’acide sur le lavabo en acier de base. Pourtant, ceux et celles qui s’y trouvaient étaient assidus dans leurs études et utilisaient les deux microscopes disponibles pour l’ensemble de l’école, ainsi que l’équipement scientifique rudimentaire. Leur joie d’apprendre et les opportunités que cette connaissance leur offrira rayonnaient dans leurs voix, leurs sourires et leurs actions. C’était une expérience inspirante à entendre et à observer. La classe d’informatique disposait de 10 ordinateurs partagés entre une classe moyenne de 40 élèves et un ensemble d’environ 900 élèves. Sr. Marie Rose a lancé un appel à l’aide auprès de tous pour soutenir les enseignants dans leur tâche de formation de ces jeunes.

Grâce au soutien des Jésuites et de la Compagnie de Marie Notre-Dame, ce petit avait plus d’espoir et d’amour dans son petit doigt que la plupart d’entre nous ne pourraient jamais l’imaginer.

Les deux autres écoles que nous avons visitées, le Centre Éducatif de Bassin Grand Chemin et le Centre Éducatif Welsh, sont des exemples flagrants de la façon dont les jeunes enfants survivent, malgré leur situation précaire. Outre le manque de structures de base dans ces deux écoles, telles que des salles de classe ventilées, des terrains de sport, des aires de jeux sécurisées, de l’eau potable et des laboratoires, les enfants doivent parcourir quotidiennement plusieurs kilomètres à pied sur des routes montagneuses et traîtresses que notre camion équipé d’une suspension à usage intensif pourrait à peine survivre.

Le vide et l’espoir

J’ai été profondément attristé de voir le bureau de SJM (Services Jésuites aux Migrants) – Solidarite Fwontalye qui avait été vandalisé et pillé dans la nuit du 16 septembre 2022. De 2015 à 2017, j’ai collaboré au bureau national de SJM à Port-au-Prince, et j’ai souvent visité le bureau de Ouanaminthe. Toutes les belles structures que j’avais connues et que nous avions pris des années pour construire n’existaient plus. Je me trouvais au milieu d’un espace vide de structures brisées et démolies. Les mots de Scott retentissaient : « ils ont tout saccagé, mais le sentiment d’espoir demeure ». Le père Edward Luc, SJ, directeur national, a décrit l’événement avec une profonde tristesse. Cependant, je me suis réconforté lorsqu’il a lui-même déclaré : « tout n’est pas fini. Nous continuons en effet le travail d’accompagnement aux migrants tout en offrant d’autres services de base à la communauté ». Le personnel du SJM occupe une partie du bureau d’Espessil (dirigé par les Jésuites, Espessil est un programme de formation des enseignants de deux ans. Il est reconnu par l’Université du Cap-Haïtien qui dispense une formation pédagogique). Nous avons été touchés par le fait que le personnel du SJM a réussi à poursuivre leur travail d’accompagnement même après le pillage de leur bureau.

La collaboration entre Espessil et le SJM est vraiment encourageante. Elle témoigne de la collaboration entre les différents projets et œuvres des Jésuites.

Des personnes qui espèrent, prient et résistent

J’ai eu le privilège de présider la messe de 8 h le dimanche 21 mai à la paroisse Jésuite Notre-Dame du Perpétuel Secours à D’Osmond, un village près de Ouanaminthe. J’ai livré un message d’espoir, de paix et de réconciliation à des centaines de fidèles, en particulier des jeunes, désireux de cheminer avec le Christ dans un Haïti très complexe et difficile. Je les ai encouragés à travailler ensemble avec les Jésuites pour le développement durable du pays.

Scott McMaster rencontre « Dodo », un garçon plein d’espoir et fier de son école.

Un parmi tant d’autres : le visage de la pauvreté en Haïti

Nous avons clôturé notre série de visites et d’entretiens par la rencontre d’une femme que nous appellerons « Jeanne », veuve et mère de neuf enfants, qui nous a fait part de ses difficultés à subvenir aux besoins essentiels de sa famille. Avec le soutien des Jésuites et des sœurs de la Compagnie de Marie Notre-Dame, elle a pu envoyer ses enfants à l’école, et les plus âgés terminent leurs études secondaires. Il y a beaucoup d’autres parents qui, comme cette femme, ont tout sacrifié pour que leurs enfants puissent aller à l’école. Ils comprennent que l’éducation est le seul moyen d’échapper au spectre atroce de la pauvreté dans un pays qui n’offre que très peu d’options.

Un appel majeur : aller aux frontières

Nos frères Jésuites en Haïti sont très engagés dans la promotion et la défense des droits et de la dignité des migrants, dans la formation intégrale des plus pauvres et dans l’accompagnement spirituel aux laïcs. Là où il y a de l’agonie et de la souffrance, nous rencontrons le Christ pauvre et humble, qui nous invite tous à faire l’expérience de Kenos. Le décret 2 de la 34e Congrégation Générale de la Compagnie de Jésus indique que « notre service, surtout parmi les pauvres, a approfondi notre vie de foi, tant individuellement qu’en tant que corps : notre foi est devenue plus pascale, plus compatissante, plus tendre, plus évangélique dans sa simplicité ». (CG, 34)

Nous implorons le soutien de tous ceux et celles qui souhaitent soutenir le travail des Jésuites en Haïti pour aider les familles démunies qui n’ont pas les moyens d’acquitter les frais de scolarité. Votre aide et votre soutien nous aideront à promouvoir un meilleur Haïti où les gens n’auront pas à faire face aux gangs et à la violence pour satisfaire leurs besoins fondamentaux. L’éducation doit être le fondement de la pérennité d’Haïti.

La mission de Scott et la mienne a été une expérience positive pour les gens de la région et pour nous-mêmes.

Soutenir les oeuvres jésuites en Haïti

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