Histoires

Erik Sorensen au Centre de vol spatial Marshall de la NASA à Huntsville, Alabama

Par Beckly Sindelar

 

Après avoir envisagé une carrière d’ingénieur, Erik Sorensen, SJ, étudie aujourd’hui la théologie au Regis College de Toronto afin de devenir prêtre jésuite. Sa formation est axée sur l’accompagnement, elle naît des relations qu’il établit avec les personnes qu’il rencontre.

Avant d’entrer dans la Compagnie de Jésus, quelle route pensiez-vous suivre dans la vie?

Je faisais mes études de premier cycle en génie aérospatial à l’université Carleton d’Ottawa, et je pensais devenir ingénieur. C’est drôle : quand j’avais 12 ans, c’est ce que j’avais dit à mes parents que je voulais faire. C’est ce que j’ai décidé de faire, et j’ai adoré ça. Mais là, j’ai rencontré les jésuites. J’ai terminé mon diplôme et je suis entré juste après.

Vous aviez prévu de devenir ingénieur et vous êtes entré chez les jésuites ?

Quand j’étais à l’université, l’aumônier était jésuite : le père David Shulist, SJ. C’est le premier jésuite que j’aie rencontré, et j’ai commencé à travailler avec lui à la pastorale universitaire. Puis j’ai fait la connaissance d’un jésuite qui étudiait en génie à l’époque, le père Boniface Mbouzao, SJ, aujourd’hui supérieur de la communauté Bellarmin à Montréal.

J’aimais bien les études que je faisais, mais il ne m’était pas venu à l’idée qu’on pouvait être ingénieur et jésuite. Le fait de rencontrer un jésuite ingénieur m’a amené à creuser cette possibilité.

Comment en êtes-vous venu à organiser le pèlerinage en canot de 2017, un périple de 850 kilomètres pour promouvoir la réconciliation entre les Premières Nations, les francophones et les anglophones au Canada?

Pèlerinage en canoë – De temps en temps. photo : Dominik Haake & Archives des Jésuites du Canada

L’idée du pèlerinage en canot ne vient pas de moi. En 1967, un groupe de jésuites avait fait le même voyage à l’occasion du 100e anniversaire du Canada et de l’Expo 67. Avec un autre jésuite, le père Kevin Kelly, SJ, – nous étions novices à l’époque — nous avons entendu parler de ce voyage et nous avons pensé que ce serait vraiment cool de le refaire. Le 50e anniversaire de cette expédition approchait, et c’est ce qui nous a incités à l’envisager plus sérieusement.

En travaillant au projet, nous avons vu s’imposer la question des relations avec les Autochtones, et elle est devenue le thème central du voyage.

Nous avons pu prendre quelques contacts et nous avons commencé à collaborer avec un groupe plus large d’interlocuteurs pour que le pèlerinage prenne forme.

En quoi estimez-vous que le pèlerinage serve la réconciliation avec les peuples autochtones?

L’important pour nous, c’était de nouer des relations.

Le groupe de base a fini par compter environ 28 canotiers, autochtones et non autochtones : avant de parler de réconciliation, nous avons dû apprendre à nous connaître.

Un mois ensemble à pagayer, cela force à établir des relations parce que nous sommes engagés dans un même projet où, la plupart du temps, on essaie juste d’arriver à la fin de la journée en un seul morceau, et de se rendre à la fin du voyage ensemble.

photo : Dominik Haake

Cela construit des relations et à mesure que se forment des amitiés, nous apprenons à nous connaître, nous découvrons l’histoire les uns des autres, nous faisons l’expérience des problèmes qui ont affecté les communautés autochtones et ces problèmes finissent par nous toucher personnellement.

Maintenant, je peux dire que j’ai des amis qui ont souffert de ces problèmes.

Nous avions avec nous des survivants des pensionnats et ils nous ont raconté ce qu’ils ont vécu. Des rencontres comme celles-là jettent les bases d’un travail ultérieur pour la réconciliation.

Est-ce que votre travail avec les Premières Nations et leur vision de la création vous ont affecté de quelque façon?

Ç’a été très important dans ma formation jésuite. Novice, avant même le pèlerinage, j’ai passé six mois à Regina : je travaillais à notre école intermédiaire Mère-Teresa, qui dessert différentes populations, mais surtout de jeunes Autochtones urbains à faible revenu. Pour moi, c’était une première rencontre.

La vision du monde des Autochtones, leur sens de ce qui nous unit à la création ont certainement influencé mes études.

En philosophie, je me suis concentré sur la valeur et le sens de l’échange de cadeaux pour mieux comprendre nos relations avec les peuples autochtones, et cette recherche continue d’éclairer mes études en théologie aujourd’hui.

Quelles leçons avez-vous tirées des expériences apostoliques que vous avez faites pendant votre formation?

Au noviciat, j’ai fait mon expériment long à l’école intermédiaire Mère-Teresa, ce qui m’a fait découvrir le ministère auprès des Autochtones, en milieu urbain en l’occurrence. De voir les disparités entre les populations autochtones et non autochtones dans la même ville, parfois à un coin de rue de distance, cela m’a ouvert les yeux sur les problèmes auxquels ils font face.

Erik dans une communauté de L’Arche.

J’ai aussi passé six semaines à la communauté de L’Arche à Québec, toujours pendant le noviciat. J’y ai beaucoup appris sur la communauté et sur la sollicitude. Il y a chez les résidents une telle ouverture, une innocence qui vient chercher ce qu’il y a de meilleur chez les gens.

Comment votre formation vous a-t-elle mis au service des autres?

Le noviciat m’a appris à être-avec les autres, qu’ils soient sans-abri à Montréal, Autochtones à Regina, handicapés physiques et mentaux à la communauté de L’Arche: le simple fait de me trouver dans ces différents milieux, d’apprendre à être-avec, m’a fait grandir pendant ma formation initiale.

La formation ne m’a pas seulement appris à être-avec les autres, mais à cheminer avec eux. Il ne s’agit pas seulement de les rencontrer, mais de marcher avec eux. Les études de philosophie et l’expédition en canot ont eu beaucoup à voir avec tout ça.

Comment marcher avec nos frères et sœurs autochtones au Canada d’une façon qui soit constructive et qui noue des relations?

À l’école secondaire, par exemple, comment cheminer avec des adolescents et les aider à affronter les problèmes qu’ils rencontrent dans leur vie de foi, avec toute la complexité qu’il y a à être adolescent dans la société d’aujourd’hui? Et comment former le type de relations qui permettent aux deux parties de rencontrer Dieu d’une façon plus significative?

Erik avec les sans-abri à Montréal.

Pourquoi restez-vous dans l’Église alors que tant de personnes contestent l’institution?

Je reste dans l’Église parce qu’elle est contestée. Elle est contestée pour de bonnes raisons et je suis convaincu que le changement dans cette institution qui est le corps du Christ ne pourra se faire que de l’intérieur. Je reste dans l’Église parce que ce qui change me fait espérer, si lent et si frustrant que je trouve parfois ce processus de changement. Je vois de quoi espérer, je vois un processus de guérison, et je veux en être. Et je pense que la meilleure façon d’en être, c’est de l’intérieur.

Erik Sorensen, SJ avec le Père Erik Oland, SJ et le Père Peter Bisson, SJ pendant la célébration de ses premiers vœux.

Qu’est-ce que vous avez découvert de plus surprenant dans la vie jésuite pendant votre formation?

Le plus surprenant, c’est sûrement la profondeur des relations qui peuvent se former en communauté avec d’autres jésuites.

Nous ne sommes pas nés de la même famille, mais ce sont vraiment mes frères dans tous les sens du terme.

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