Histoires

Plusieurs jésuites participent depuis des années à des messes télévisées et/ou diffusées sur Internet. Ces messes rejoignent surtout les personnes plus âgées qui ne peuvent plus se déplacer ou n’ont personne pour les aider à se rendre à l’église.

Avec l’arrivée de la pandémie COVID-19, les oeuvres et paroisses jésuites ont dû changer leur manière de faire, mettant par exemple plus de contenu sur Internet ou rejoignant les populations vulnérables, comme les personnes âgées, autrement. Mais tous n’ont pas les moyens de Daily TV Mass, par exemple: les messes s’y font dans un studio, entouré d’une équipe de techniciens, et toute la cérémonie est chronométrée. Comment faire alors? Est-ce que cela vaut la peine?

Pour aider ceux qui voudraient faire des messes télévisées et pour élargir la réflexion par rapport au futur de ce genre de célébrations, le P. Gilles Mongeau (qui célèbre des messes pour Sel et Lumière) ainsi que les PP. Henk van Meijel et Michael Coutts (qui célèbrent sur Daily TV Mass) ont partagé leur expérience.

Les défis à prendre en compte

Il peut être difficile de faire des messes télévisées, non seulement en matière d’outils technologiques, mais aussi à cause du manque d’audience, surtout en temps de pandémie, alors que les célébrants doivent imaginer la réaction des gens. Aussi, ajoute le P. van Meijel, « dans une culture où les gens sont valorisés par la célébrité, il faut se rappeler que ce n’est pas à propos de moi, mais à propos de Dieu, de guérison. » Les limites de la télédiffusion ou de la diffusion en ligne ne concernent toutefois pas seulement les célébrants.

« Dans mon expérience, il y a un gros problème avec la plupart des messes télévisées, c’est qu’on ne conçoit pas la télédiffusion de la messe ou la diffusion de la messe à partir des outils de diffusion », souligne d’entrée le P. Mongeau. « Le problème avec une messe diffusée, c’est que les gens deviennent spectateurs plutôt que participants. » Comment faire alors pour renverser la perspective?

Selon le P. Mongeau, il faut penser l’interaction à partir de l’outil. Ainsi, il faut se demander comment la caméra, l’ordinateur ou la télévision fonctionne afin de réfléchir ensuite aux manières de faire participer les gens. Par exemple, au lieu d’utiliser plusieurs caméras distantes du prêtre qui officie, on peut essayer de créer un plan propice à l’intimité avec le participant.

 Quand le célébrant  fait la prière d’ouverture, il y a un gros plan qui donne l’impression qu’il est vraiment présent. Ou encore, à la messe télévisée de Toronto, lors de la communion, on ne voit plus la messe, mais on voit plutôt un texte et la personne qui parle invite les gens à dire la prière avec lui. On ne ferait pas cela en présentiel, mais pour la télévision, dire ou faire quelque chose est le seul moyen d’être présent à la communion d’une manière participative. On utilise l’outil pour qu’il y ait une expérience de communion et de communication, de participation.

Le prêtre peut aussi rejoindre les gens chez eux en parlant de leur contexte, de leur espace de vie. Le P. Coutts, par exemple:

Lors de la messe de Pâques de l’année dernière, j’ai mentionné aux téléspectateurs que ce serait la première messe de Pâques de leur vie lors de laquelle ils n’étaient pas sur leur 31. J’ai mentionné que certains pouvaient être habillés de manière décontractée et qu’ils pouvaient même être encore en pyjama parce qu’il était 8 heures du matin. Plusieurs d’entre eux ont écrit dans les commentaires : « Pris en flagrant délit ! », « Comment avez-vous su? » , « Pouvez-vous voir via YouTube ? » Je les attire ainsi dans l’église où je célèbre.

Internet permet d’autres moyens de participer. Ainsi, sur le site de Daily TV Mass, les gens peuvent allumer une chandelle virtuelle ou déposer une intention de prière. Les messes sont publiées sur les médias sociaux et certains y laissent des commentaires.


Un autre défi avec les messes en ligne est de recréer une communauté de chrétiens. « La messe est une communauté de gens qui se rassemblent devant Dieu. De plus, avant ou après la messe, il y a un partage, une conversation. Cela est perdu avec l’écran: souvent les gens sont seuls dans une pièce », souligne le P. van Meijel. Le P. Coutts ajoute:

 L’idée d’assister à la messe uniquement par la télévision rendrait tout le mystère de l’Incarnation vide de sens. Le Christ a pris la peine d’être en chair avec nous – et nous voulons le rencontrer virtuellement ?

« Si la messe est bien faite, ça donne une expérience de communauté. La messe de Sel et Lumière encourage les gens à téléphoner, à écrire des courriels, à envoyer des petits messages durant la diffusion et les gens répondent. Ça renforce cette idée que c’est une communauté: c’est très important », nuance le P. Gilles Mongeau en parlant des aînés qui assistent aux messes télévisées. Avant de se lancer dans les messes télévisées ou en ligne, s’agit donc de bien penser la cérémonie et les interactions, mais effectivement, permettre à la communauté de continuer à voir et entendre les mêmes prêtres permet de maintenir un contact même en pandémie, et même de l’élargir.

Une communauté étendue

En effet, si certaines personnes d’aussi loin que l’Australie assistaient déjà aux messes télévisées avant la pandémie, depuis l’arrivée de la COVID-19 et des restrictions de rassemblement, l’audience s’est élargie à des personnes plus jeunes et rejoins plus du double de personnes. Certains ont même contacté le P. van Meijel pour obtenir de l’accompagnement spirituel après l’avoir vu à la télévision ou sur YouTube.

« Nous avons un public du Moyen-Orient où, dans de nombreux pays non chrétiens, les opportunités d’assister à la messe avec une communauté de foi sont rares, voire inexistantes », explique le P. Coutts. « Un autre grand public est l’Afrique. Mais notre plus grand public se trouve aux États-Unis. »

Les messes rejoignent aussi un public qui n’était pas habitué aux célébrations dans les églises, note aussi le P. Mongeau.

Je suis étonné de voir combien de gens qui ne connaissaient pas l’Église ou qui avaient quitté l’Église pour une raison ou pour une autre, redécouvrent ou découvrent pour la première fois un accueil dans l’Église par le style, par le genre de célébration, par le message de prédication de certaines messes télévisées.

Je pense qu’il y va avoir une dimension de prise de contact essentielle si on en est vraiment conscient. La messe diffusée peut être quelque chose de très important pour présenter un visage de l’Église qui est accueillant, ouvert, quand on n’a pas peur de parler dans la prédication des choses importantes dans la vie des gens. Après la pandémie, je pense que les messages diffusés vont encore avoir un rôle à jouer pour la dimension d’accueil.

Et après la pandémie?

La pandémie a donc amené des milliers de personnes devant leur écran pour suivre les messes. Que restera-t-il de cette nouvelle habitude lorsque les restrictions seront levées et que les églises pourront être de nouveau ouvertes à la communauté des fidèles? Est-ce que les gens vont revenir? Selon le P. Mongeau, il faut se demander quelle était leur relation à l’Église avant la pandémie.

Pour certaines personnes, la pandémie a mis en évidence le fait que leur appartenance à l’Église était une question d’habitude plus que de besoin. Peut-être que plusieurs personnes dans ce groupe ne reviendront pas.

D’autres ont découvert que oui, ils allaient à la messe par habitude, mais que dans cette habitude, ils trouvaient quelque chose d’important: la communauté, l’écoute de la Parole. Ces personnes, je pense qu’elles vont revenir et peut-être un peu plus critiques. Alors, au lieu d’aller simplement à la paroisse la plus proche, elles vont se trouver une communauté d’appartenance qui leur convient vraiment.

Le troisième groupe concerne ceux qui, depuis le début de la pandémie, sont conscients qu’il leur manque quelque chose sans la messe en présentiel. Et ce groupe va revenir, c’est certain.

Le P. van Meijel ajoute: «  J’espère qu’après la pandémie, les gens vont retourner à l’église, mais les messes télévisées sont là pour rester. »

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